LIVRE PREMIER
Sandschar , Mohammed et Mahmud. Leur mère i seulement se renouvela l'exemple de plusieurs
(Turkan-Chatun), dont les intrigues avaient déjà renversé le grand Nisamul-Mulk , voulait élever sur le trône, au préjudice de l'aîné, le plus jeune de ses fils. Elle y aurait peut-être réussi , si une maladie subiten'avait pas enlevé ce'jeune prince, qui donnait les plus belles espérances.
Barkjarok, attaqué par deux de ses oncles, les vainquit. Il fit crever les yeux à l'un d'eux (Tekesch ou Tukusch), et le fit jeter dans une prison à Tatrik; l'autre, Tetesch ou Tutusch, se noya. Les serviteurs d'un troisième oncle (Arslan-Arghun-Ben-AIparslan), gouverneur du Chorasan et de Ghasna, mirent fin à sa tyrannie par une mort tragique.
Barkjarok remit le gouvernement de Chorasan à son frère Sandschar, et celui de Chuaresm a Mohammed-Ben-Nuschtegin-Ghardscha, fondateur de la dynastie des schah de Chuaresm (1 ). Attaqué par son frère Mohammed, Barkjarok fit avec lui un traité de paix d'après les conditions duquel il renonçait aux pays orientaux de l'empire ( Aserbeidschan et Yrak ), mais sous la condition que pendant tout le temps du règne de Sandschar dans le Chorasan. dans toutes les prières publiques on ne prononcerait jamais que le nom de Barkjarok. Le grand vesir Nisamul- Mulk avait laissécinq fils : Asul-Mulk (honneurde l'empire), Siaul-Mulk (splendeur de l'empire), Moéjidul-Mulk (prospérité de l'empire). Fachrul- Mulk (gloire de l'empire). Ils succédèrent tous les cinq à leur père dans la charge de grand vesir. Le premier n'en exerça les fonctions que quelques jours, pendant lesquels il se rendit indigne par ses débauches d'occuper le poste élevé qui lui était confié; son frère et successeur, Moejidul Mulk, coupable de trah ison envers Barkjarok, en portant son frère Mohammed à la- révolte, fut jeté dans les fers. Rentré en grâce et rappelé à la cour, il fut néanmoins quelque temps après décapité par la main du sultan luimême. Fachrul- Mulk, l'aîné des fils du grand vesir , mérita par sa fidélité à son prince et sa foi religieuse de tomber frappé par le poignard des assassins, sous le gouvernement de Mohammed-Schah, frère et successeur de Barkjarok (1). Dans le long espace de mille ans , quatre fois
(1) Désignes , Hist. généal. des Huns,liv. x, p. 2Î0, 228-232.
membres de la même famille exerçant successivement le souverain pouvoir en qualité de grand vesir. Ainsi, avant les fils de Nisamul-Mulk, on avait vu les Barmek,souslesAbassides: après eux on cite les Dschenderilis, enfin les Kœprilis, sous les Ottomans. Siaul-Mulk ( splendeur de l'empire ) troisième fils de Nisamul-Mulk , fut élevé au grand vesirat sous le règne de Mohammed- Schah qui, à la mort de son frère Barkjarok, avait réuni sous son pouvoir tous les États de la domination des Seldschuks persans, à l'exception du Chorasan où régnait son frère Sandschar. Siaul-Mulk ne succéda pas immédiatement à son frère Fachrul-Mulk, mais à un grand vesir d'une autre famille, Seadul-Mulk ( bonheur de l'empire), qui, gagné par la secte des assassins, avait formé le complot d'empoisonner le sultan. 11 fut découvert au moment de l'exécution et mis à mort avec ses complices. Les assassins tirèrent vengeance de cet échec par le meurtre de Siaul- Mulk. C'est alors que le sultan prit le parti de détruire quelques-unes de leurs forteresses dans l'Yrak (1). Ainsi Nisamul-Mulk et deux de ses fils, périrent par le poignard des assassins, victimes de leur fidélité. Le troisième , MoéjiduI-Mulk, fut décapité par le sultan lui-même à cause de sa trahison; le quatrième, Asul-Mulk, ne dut son salut qu'à son incapacité absolue. Moharamed-Schah fit la guerre sacrée dans la Syrie contre les croisés, et dans les Indes contre les idolâtres. Il enleva à ces derniers une idole colossale qu'il fit placer comme seuil de la porte de l'académie d'Isfahan , voulant ainsi que le vrai croyant ne put entrer dans le sanctuaire de la science qu'en foulant les idoles sous ses pieds. Ce prince , poète lui-même , combla de faveurs et d'encouragements tous ceux qui s'occupaient de poésie, et prit le surnom de refuge du bonheur et du monde
Sandschar, fils de Melek-Schah, qui du vivant de Barkjarok et de Mohammed avait partagé avec eux les domaines des Seldschuks , réunit après leur mort sous son sceptre unique tout ce vaste empire , avec un trésor immense qui s'accrut encore par la conquête de Ghasna [1114]. Dans cette résidence de son oncle maternel
(I) Lan s'étend très-longuement sur ces rapports hostiles de Mohammed-Schah avec les assassins, p. 516.
Urslan-Arghun-Bcn-Alparslan , il avait saisi toutes les richesses accumulées par le sultan Mahmud, conquérant del'lnde. La se trouvaient cinq couronnes, chacune d'une valeur d'un million de ducats; seize trônes d'or et d'argent; treize cents bijoux d'or garnis de pierreries, et treize cents armures d'or et d'argent pour hommes et pour chevaux de bataille (1). D'après le partage de l'empire fait avec son frère, dans les prières publiques, Mohammed était appelé schah, et Sandschar, sultan des sultans. Durant le règne de Barkjarok et de Mohammed , Sandschar avait gouverné vingt années le Chorasan ; après la mort du dernier , il monta sur le trône , qu'il occupa vingt-quatre ans , dernier grand dominateur des Seldschuks persans , depuis Kaschghar jusqu'à Antioche, de la mer Caspienne au détroit de Babolmandeb. La durée de son règne fut en rapport avec la vaste étendue de son empire et de sa puissance , mais ne le vit pas accompagné d'une fortune constante. Il soutint dix-neuf guerres , et triompha dix-sept fois de ses ennemis ; mais , dans une campagne au delà de l'Oxus [1140], il fut défait par Kurchan, souverain de Karachatai, et ne lui échappa qu'à l'aide d'une prompte fuite, avec quelques-uns des siens , abandonnant son camp et son harem. Plus tard [1156], il fut vaincu et pris par ses sujets révoltés, les Ghuses ("2).
Cette invasion des Oghuses dans le Chorasan est le second grand mouvement de translation opéré par ces peuples de l'est à l'ouest , dont les histoires moslimes font mention. Déjà il a été parlé de la première migration de quelques milliers de familles sous Kara-Chan, deux siècles auparavant; alors elles s'établirent sur les rives orientale et occidentale de la mer Caspienne , sous le nom de Turkmans. Cette fois ces tribus paraissent dans les historiens byzantins , appelées Ghuses ou Uses , dans la race desquels sont comptés aussi les Kumans (3), et les Petschenegues ou Kanglis (4). Les souve-
nt) Dscbenabi.
(2) Lari , Dschenabi , Mirchoud.
(3) Suivant toute probabilité , il faut compter dans les races turques, outre les Kumans et les Petschenègues, aussi les Jazyges et les Jasses ; car le nom de Jazyges et de Jasses indique visiblement leur ancienne demeure au delà de l'Oxus, dans l'ancienne ville de Jas.
(<i) Quatremère , Recherches sur les langues tatares ,
rains du Karachatai se servirent de ces peuples comme de gardes des frontières contre les invasions à redouter du Sud, et leur donnèrent pour cela une solde annuelle. Arslan-Chan, prédécesseur de Kur-Chan, maître du Karachatai (la petite Bucharie), ayant rompu avec eux, non-seulement leur retira le subside annuel , mais encore enleva leurs femmes , pensant ainsi détruire cette souche indocile. Dépourvus de notions sur le monde par delà leurs steppes, ils saisirent des marchands que l'amour du gain avait conduits auprès d'eux, et les prirent pour guides vers un autre pays fertile. Les mains liées derrière le dos , les marchands montrèrent le chemin de Balasghun, où les fugitifs tremblèrent encore sous la main d' Arslan-Chan. Mais sous son successeur Kur-Chan , moyennant une pièce d'or par famille , il leur fut permis de s'étendre dans le Turkistan.
Kur-Chan, qui désirait établir de bons rapports avec Sandschar, maître du pays au delà de l'Oxus et du Chorasan, lui adressa une lettre pleine de déférence et de soumission. Sandschar lui répondit par une ambassade qui l'appelait à l'islam , et comme moyen de conversion, l'épître orgueilleuse du sultan menaçait Kur-Chan d'armées innombrables, dont les archers fendaient un cheveu avec leurs flèches. Kur-Chan fit arracher la barbe aux envoyés; puis, leur mettant dans une main cette outrageante dépouille , dans l'autre une aiguille : «Si vous ne pouvez , dit-il , partager ces poils de barbe avec une aiguille , comment fendrez-vous avec des flèches les cheveux qui sont encore plus fins? » La réponse plus sérieuse fut un armement formidable, puis la défaite de Sandschar , après laquelle les gouverneurs du Chuaresm et de Ghur, ltsif et Husein, commencèrent aussi à lever la tète avec des mouvements d'indépendance , et firent réciter les prières en leur nom, jusqu'à ce que Sandschar, rassemblant ses forces, sut courber à l'obéissance les gouverneurs rebelles, et les Ghuses qui s'étaient établis dans le Chorasan et dans les environs de Balch , où ils devaient se
p. 320,321; Déguignes, Histoire généal. des Huns , x, p. 256. Dans Lari , p. 58 , au lieu de Kangli , il y a Kareghli, ce qui probablement est une faute du copiste , comme Betscher au lieu de Betschnak.