LIVRE VI
lit
charmes; où, sur la scène, Sophocle et Euripide savaient émouvoir les passions , Aristophane et Ménandre excitaient ie rire de leurs concilo) ens ; où , du haut de la tribune, Eschine et Démosthène exercèrent le pouvoir de leur éloquence ; la ville de Minerve et de Neptune, avec ses temples et ses académies, avec son Parthénon, son Panthéon, son Pandroson, son Erechthéon, avec les temples de Pallas Polias, de Thésée, de Thémis et d'Aphrodite, ïvec le Cynosarge et l'Olympion, avec l'Aréopage et le Pnyx , avec le Pirée et l'Acropolis,avec le Lycée, le Musée, l'Odéon et le Prytanée, avec le Poikile et les Propylées, avec le Gymnase, le Stade, avec le théâtre dTlérode, avec les longs murs et les vastes salles, avec lare de triomphe d'Adrien, la Tour des vents, le monument de victoire de Philopappos, avec les cavernes de Pau et de Phœbus, avec l'ilissuset la source d'Enneacrynos, avec les tombeaux de Thaïes et de Thëmistocle ; cet unique sanctuairt des sciences et des arts, en proie tour à tour aux incendies, aux déprédations, aux ravages des Barbares, des Perses, des Goths,des Catalans, tomba avec les débris de toutes ces grandeurs dans les mains d'autres barbares, qui, du moins, conservèrent les ruines de la ville des philosophes ,dans l'état où ils les avaient trouvées. Pendant ces événements, surtout après la perte de ces mêmes conquêtes dans le Péloponèse, pendant qu'Ewrenos et Jakub souillaient le sol de la Grèce par les premières incursions turques (en supposant que cette expédition n'ait eu lieu qu'après la bataille de iVicopolis) , l'empereur .Manuel parcourait l'Europe, faisant entendre d'inutiles prières aux puissances chrétiennes, et son neveu, Jean, régnait alors dans l'enceinte de Constantinople; car la banlieue 'même de la ville, entourée par la grande mu- 'raille d'Ana6tase qui comme çait à Selymbria, [jetait tombée au pouvoir des Turcs avec cette dernière ville. Les Turcs étaient logés dansl'intérieurdeces longsmurs.et des colons turkmans établissaient leur demeure dans les faubourgs de la capitale, et, dans le sein même de Constantinople, l'imam priait dans sa mosquée, le ltadi siégeait sur sou tribunal.
Ainsi s'écoulèrent quelques années dans le calme de la honte. Pendant ce temps, dit l'historien Ducas, Bajesid se tenait à Brusa, où ne lui manquait aucune jouissance : animaux de forme extraordinaire, métaux précieux, tout ce que Dieu a créé dans ce monde pour satisfaire la vue , tout se trouvait dans ses palais. Des esclaves des deux sexes, choisis entre des milliers pour leurs grâces et leur beauté, se tenaient sans cesse autour de lui. 11 y avait des Grecs, des Valaques, desServiens, des Albanais, des Hongrois, des Saxons, des Bulgares et des Latins, qui tous devaient chanter dans leur langue, selon sa volonté; pour lui, au milieu de cette foule, il se livrait sans cesse à la volupté dans les bras de ses femmes. Tout à coup il fut tiré de ce sommeil de l'indolence par un message de Timur, dont le nom remplissait a'ors le monde. Bajesid crut l'effrayer par une réponse insultante; et arrêter sa marche en allant conque; ir Ersendschan en Arménie L1400J. Ensuite il revint à Brusa, puis franchissant l'Hellespont, de sa résidence d'Andrinople , il fit dire à l'empereur Jean : « Quand j'ai jeté tm prédécesseur Manuel hors de sa ville, ce n'était pas dans Ion intérêt, mais dans le mien. Si lu veux rester notre ami, quitte la place et je te donnerai le gouvernement qui te plaira; si tu refuses, je jure par Dieu et son prophète, que je n'épargnerai personne, et que vous serez tous exterminés (1). » Les Byzantins, s'élant pourvus de vivres pour un long siège, firent à l'ambassadeur cette réponse pleine d'une confiance toute chrétienne : « Allez dire à votre maître que faibles comme nous sommes , nous ne connaissons nulle puissance à laquelle nous puissions avoir recours, sinon à Dieu, qui soutient les faibles et abat les forts. Maintenant que le sultan fasse ce qui lui plaira(-)». Mais laconquète d Ersendschan ei le massacre de Siwas, empêchèrent la poursuite du second siège dont les Byzantins étaient menacés, et Bajesid courut d'Europe en Asie où se roulaient les flots de Talares qui allaient l'emporter.
(1) Ducas , c. iv, p. 31.
(2) ma. p. 52,