‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 64 sur 288 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

| dragon (1 ). La conquête du Masenderan fut sii gnalée par la défense opiniâtre des villes d'Amul , de Sari et de Mahanasar, et par le massacre régulièrementordonné de tous les Fedajis ou

> Assassins. Depuis que Halaku avait renversé

> leurs forteresses , des disciples de ces sectaires l s'étaient conservés dans la contrée, et beaucoup [de soldats de Timur étaient tombés sous leurs Ipoignards; l'un de ses généraux avait à venger [sur eux la mort de son fils , un autre celle d'un Ipère : ainsi tous furent enveloppés à Amul dans lun massacre général que l'imagination se refuse là peindre ; l'historien persan lui-même le si- Ignale comme la plus effroyable scène qui ait jamais ensanglanté le théâtre de l'histoire (2). Du [•nord de la Perse, Timur tourna ses armes triomphantes contre les provinces méridionales, con-

jftre le Loristan et le Chusistan, et enfin contre Pars, où avaient été tolérés jusque-là cinq ou six .princes de la famille Mosaffir comme gouverneurs de certaines villes. Du Chusistan, il pénétra dans Fars par les défilés des montagnes, conquit le Château-Blanc (Kalai-Sefid), si fameux .parla force naturelle de sa position, où il fallut ;briser des rochers avec la hache pour ouvrir un passage à l'armée (3) ; puis, traversant la vallée merveilleuse de Schaabbewan, l'un des quatre paradis de l'Asie, il marcha au-devant de Schahmanszur , qui avait arraché le pouvoir aux autres princes de la famille Mosaffir. Les Tatares triomphèrent, et Schahroch-Mirsa, âgé seulement de dix-sept ans, s'élança sur Schahmanszur, lui abattit la tète, et vint la jeter aux pieds de Timur, en prononçant la formule usitée : « Ainsi tombent les tètes de tous les ennemis sous les pieds de ton cheval! » Timur embrassa ses fils et petits-fils, accueillit les vœux des émirs , qui, selon l'usage mongol , touchèrent neuf fois la terre de leur front, et lui présentèrent la coupe d'or à genoux (4). Dans cet instant parut sur les derrières une armée ennemie nouvellement formée; battue comme la première, elle se retira sur le Château-Rouge (Kalai- Surch). Timur entra en vainqueur dans Schi-

(1) Seherefeddin, 1. m , ch. 17, p. 137.

(2) Jbid., l.m,ch. 19, p. 153.

(3) Ibid.,\ m. çh. 24, p. 189.

(4) Ils lui présentaient la coupe d'or, selon la maxime le Mongol. Seherefeddin , 1. ni , ch. 25 , p. 198 et 1 i :h. 11, p. 78.

ras; huit portes furent fermées; la neuvième seulement, sur laquelle il planta sa bannière, demeura ouverte; les trésors de Schah-Manszur furent recueillis et distribués parmi les émirs de l'armée ; les habitants payèrent d'énormes sommes pour avoir la vie sauve. L'on amena les princes de la famille Mosaffir , qui tous furent exécutés, à l'exception de deux, privés de la vue parleurs parents, auxquels il fut permis de continuer à vivre à Samarkand (1). Des savants et des artistes émigrèrent des rives du Roknabad à celles du Dschihun. Ensuite Timur investit son fils Miran-Schah de la souveraineté de la Perse, dans toute son étendue, ainsi que l'avait possédée jadis Holaku-Chan , frère de Kublai, grand chan des Mongols (2), et le diplôme fut revêtu, selon l'usage des empereurs mongols, de l'empreinte de la main de Timur trempée dans l'encre rouge (3).

L'armée se dirigea ensuite à l'ouest, vers le Kurdistan, qu'elle traversa pour se rendre à Bagdad, résidence d'Ahmed-Dschelair, prince de la dynastie d'Ilchan. A Akbulak , non loin d'Arbelle, où Alexandre décida du sort de la Perse, parut l'ambassadeur d'Ahmed-Dschelair, le grand mufti , le fameux savant Nureddin-Abderrahman-Isferaini, qui apportait des assurances d'amitié et des présents , tous par neuf, selon l'usage latare, parmi lesquels se trouvaient des cerfs, des léopards, des chevaux arabes avec des selles d'or. Mais comme cet envoyé n'avait pas de pleins pouvoirs pour renoncer, au nom de son maître, aux deux droits de souveraineté, celui de battre monnaie et celui de faire réciter la prière publique , ses protestations restèrent sans crédit, quoique Timur lui montrât personnellement la plus haute estime, A cause de son vaste savoir (4). 11 le congédia avec une réponse vague, et le suivit aussitôt de près avec son armée, dans l'espérance de surprendre le sultan dans sa résidence. En effet, à peine Ahmed avait-il eu le temps de rompre les ponts du Tigre et de faire couler bas les bâtiments qui étaient sur le fleuve, que déjà l'armée de Timur était devant les murs de Bagdad , qui fut occu-

(1) Seherefeddin , I. m , ch. 27 , p.

(2) Jbid., ch. 28.

(3) Jbid.,], m, cb. 27, p. 206.

(4) Jbid., ch. 19, p. 220.

pée sans résistance. La galère du sultan , appelée le Soleil, fut employée a transporter le souverain tatare; la cavalerie traversa le Tigre à la nage; Timtir. a la tète de ses meilleurs cavaliers, poursuivit le sultan, qui fuyait du côté de l'Euphrate. Dans la plaine de Kerbela il l'atteignit, mais n'ayant plus avec lui que quarantecinq émirs tatares, dont les nobles chevaux avaient pu supporter cette course Trois fois le combat fut renouvelé avec les forces bien supérieures du sultan, qui échappa de sa personne, mais fut réduit à laisser ses femmes et son fils entre les mains du vainqueur (I). Les savants et les artistes de Bagdad furent transportés à Samarkand, ainsi qu'il était arrivé à ceux du Chuaresm et de ^chiras, et parmi eux se trouva le fameuxChodscha-Abdu!kadir,auteur d'une théorie des sons. Dans tous les pays de l'Asie furent répanduesles proclamations de la conquète;Timur passa deux mois à Bagdad, et montra si peu d'indulgence pour le penchant de ses troupes à l'ivrognerie, qu'il fit jeter dans le Tigre fout le vin trouvé dans la ville (2). De ce lieu il envoya aussi le savant scheich Sawe comme ambassadeur au sultan Berkuk, souverain de l'Egypte \ et de la Syrie, avec une lettre oh il était dit : Qu'envoyé par la Providence pour relever l'empire deDschengis-Chan, tombé sous ses descendants , il désirait entretenir avec lui des rapports de paix et d'amitié, en laissant la liberté aux relations commerciales entre leurs États (3). Les places de Mésopotamie ne tombèrent point aussi facilement que Bagdad ; elles ne furent conquises qu'après une défense opiniâtre. Takrit, qui, par la solidité de ses ouvrages, passait pour être a l'abri des machines de guerre (4); Boha ou Edessa, bâtie par Nemrod , et célèbre par le four ardent d'Abraham (5) ; enfin, Hoszn- Keif, accessible par un seulpomt, abondamment pourvue d'eau, et Mardin, soumise au sultan Isa, de la famille souveraine d'Ortok, ne r. curent pas les conquérants dans leurs murailles. Tiraur se contenta des présents offerts par les assiégés, suivant le nombre accoutumé , et de la

f 1) Schefereddin , 1. m , ch. 30 , p. 233.

(2) Ibid., cb.3l , p. 248

(3) Ibid., ch. 31, p. 2-10.

(4) Ibid., p. 241.

(5) Ibid., ch. 3U , p. 265.

promesse d'un tribut annuel (1). Le mécontentement de cette espèce d'échec et la douleur de la perte de son fils Omar-Scheich (2), furent adoucis par l'heureuse nouvelle de la naissance d'un petit-fils issu deSchahroch, qui devint le prince l'lug-Beg, si fameux dans l'histoire de l'astronomie (3). Amid, capitale du Diarbekr, fut conquise, pillée, condamnée à disparaître; mais la solidité des murailles de rocher résista à toutes les tentatives, et les destructeurs durent se contenter d'avoir élargi les crénaux 4). Alors Timur donna 20,000 kopeks pour élever deux dômes au-dessus des tombeaux du prophète Jonas et de saint Sergius, qu'il visita en pèlerin, distribuant de riches aumônes aux pauvres (5).

La conquête de la Mésopotamie et du Kurdis- . tan fut suivie de celle de l'Arménie et de la Géorgie. La campagne s'ouvrit par la prise d'Alaudschik , dont le souverain, Kara-Jusuf, prince de la dynastie du Mouton-Noir, au premier avis de Timur, s'enfuit avec précipitation. Dans la plaine d'Achlath, ancienne résidence des princes turkmans, Timur reçut l'hommage du prince d'Aadildschuwas (6), de Taherten, souverain d'Ersendschan, qui jurèrent de rester ses fidèles vassaux. Au dernier, que le voisinage des Ottomans faisait trembler pour la possession de sa ville, cet État fut assuré comme principauté indépendante; le diplôme en fut rédigé, sanctionné par l'empreinte de la main trempée dans l'encre rouge, et cet acte fut accompagné par le don d'une couronne ornée de perles (7). Sur les montagnes de Mingœl ou Bingcel (ries mille lacs), où plusieurs fleuves, entre autres l'Euphrate, prennent leur source (8), furent célébrés la naissance du prince Ibrahim , second fils de Schahroch, et le triom; he de l'armée en Géorgie. L'empereur des Tatares assista aux fêtes, assis sur son trône, la tète ceinte du diadème, tenant en main la massue. Autour de lui étaient rangées les beautés de

(I ) Schefereddin , ch. 37 , p. 275.

(2) Ibid., ch. 37, p 268.

(3) Ibid.,K\\. 40, p. 284.

(4) Ibid., ch. 41, p. 289.

(5) Ibid., ch. 35 , p. 262.

(6) Ibid., 1. ui.ch. 43, p. 296.

(7) Iibid.,ch. 45, p. 314.

(8) Dschihjiiuuiiia, p. «E5, et Mémoires de M. "Ktunier, p. 8.

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