‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 68 sur 288 · LIVRE Vil · texte numérisé non relu

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rent leurs mines avec des morceaux de bois et des poutres , puis mirent le feu à tout cela , et les murailles s'écroulèrent avec les tours. Après dix-huit jours de défense, les assiégés demandèrent merci, et Timur l'accorda, mais seulement aux moslims : les chrétiens , et particulièrement les cavaliers arméniens, dont quatre mille avaient pris une part si vaillante à la résistance , durent être réduits à l'esclavage (1). Le vainqueur les distribua parmi son armée, avec l'ordre de les enterrer vifs; et les raffinements des tortures surpassèrent encore l'atrocité du supplice en lui-même. On leur lia la tète entre les cuisses, et, afin de retarder l'heure de la mort, les fosses dans lesquelles on les jeta dix par dix ne furent pas complètement remplies de terre : on les recouvrit d'abord avec des planches sur lesquelles la terre fut répandue , afin que les victimes se sentissent ainsi lentement mourir dans les angoisses du désespoir. Après avoir livré au supplice les plus vaillants des habitants par crainte de l'influence de leur exemple, le tyran fit mettre à mort tous 1rs lépreux , afin qu'ils ne corrompissent point les autres habitants par la contagion de leur maladie ; les femmes, les enfants et les vieillards ne furent point épargnés (2) Ertoghrul, fils de Bajesid, tomba comme la garnison au pouvoir de Timur, qui le traîna pendant quelques jours avec lui, puis le fit exécuter.

La chute de Sébaste retarda celle de Constantinople ; l'effroyable nouvelle , appelant ailleurs le sultan des Ottomans, lui fit abandonner cette proie qu'il allait saisir, et Paléo- | logue eut encore quelques instants la liberté de respirer dans son empire qui, se bornait à sa capitale. Bajesid s'élança en Asie , frémissant de rage et de douleur sur la perte de la plus forte de ses villes et du plus vaillant de ses fils (3). Sur sa route , entendant un pâtre jouer paisiblement sur son chalumeau, il s'écria : «Chante-moi plutôt : Tu ne devais pas laisser prendre Siwas , ni laisser périr ton fils (4). »

(1) Scherefeddin, 1. v , ch. 15 , p. 266.

(2) Chalcoodylas , i , 46, édition de Basle.

(3) 7bid.,\.iu, p. 47.

(4) Ibid. ; sur la conquête de Siwas, voy, Seadeddin, dansBratutti ,p.196, et Neschri , fol. 105.

TOM. I

Avant qu'il eût atteint la frontière orientale de son empire , déjà les flots des Tatares avaient roulé loin vers le sud , désolant tout sur leur passage. Si Timur avait eu à venger les insultes et l'arrestation de ses ambassadeurs sur Bajesid , il voulait maintenant châtier une plus grande violation du droit des gens sur le sultan d'Egypte. Déjà Berkuk, pour toute réponse , avait fait exécuter l'ambassadeur tatare, le savant scheich Sawe, dont il a déjà été question, et Ferrudsch, fils de ce prince, sultan régnant , retenait encore dans les fers le gouverneur d'Awenik (Wan), l'un des meilleurs généraux de Timur, Otlamisch- Kutschin (1), qui dans un combat avait été fait prisonnier parKara-Jusuf , le Turkmandu Mouton-Noir, et envoyé en présent au sultan. De nouveaux ambassadeurs que Timur avait envoyés pour demander satisfaction de l'attentat commis sur le premier, et la mise en liberté de son général , furent arrêtés aussitôt qu'ils atteignirent Alep, place frontière du sultan , et enfermés dans ce lieu (2). Dans sa marche au midi, Timur emporta d'assaut Malatia, le jour même où il parut devant ses murs (3); Behesna , après une courte résistance, en dépit de son château bâti sur un rocher à pic (4), laissa de côté Kalaater-Rum , après une attaque inutile, et entra dans Aintab, dont les portes lui furent volontairement ouvertes (5). Devant Alep il y eut une action décisive avec l'armée égyptienne, formée de troupes réunies de toutes les villes de Syrie (6). Timur, placé au centre de la sienne, dirigea le combat derrière une rangée d'énormes éléphants, du haut desquels les archers et les artificiers lançaient des flèches et le feu grégeois. D'abord ces animaux se tinrent tranquilles , les trompes retirées (7); mais lorsque la mêlée s'engagea , ils s'y jetèrent, lancèrent les ennemis en l'air avec leurs trompeset les foulèrent sous leurs pieds(8).

(1) Arab-Schah nous apprend qu'il était le mari de la nièce de Timur. DansBratutti , p. 169, Otlamis Cocino.

(2) Scherefeddin, 1. v , ch. 17, p. 227.

(3) Ibid.,ch. 17, p. 278.

(4) Arab-Schah.

(5) Scherefeddin , 1. v , cb. 19, p. 282.

(6) lbid., 1. v , ch. 20 , p. 288.

(7) Ibid., 1. v,ch.20,p. 295.

L'entassement des vaincus auprès des portes de la Aille en rôt Faire un horrible carnage; les fuyards se précipitèrent pèle-mèle dans les fossés, qui bientôt furent comblés par toutes ces masses dans lesquelles s'enfonçaient ensuite les lances ennemies, perçant d'un seul coup plusieurs corps. Les vainqueurs pénétrèrent ainsi dans la ville sur ce pont de cadavres [30 octobre 1400]. Le pillage fut général; tous les habitants passèrent sous le tranchant du sabre; le château se rendit ensuite. Timur y resta pendant deux jours pour y jouir du spectacle de la destruction. Ensuite [2 novembre"!, il envoya le fils du gouverneur qu'il avait fait prisonnier dans le château, proposer au sultan l'échai'ge d'Otlamisch contre les générai x égyptiens Timurtaseh et Schadun.

Pendant son courl séjour dans le château , Timur occupa ses loisirs à proposer aux légistes la solution de questions captieuses, pour trouver dans leurs réponses des prétextes â de nouveaux châtiments , à de nouveaux supplices, «il vous faut me résoudre, disaft-il, des points sur lesquels nies légistes de Samarkand, Boc ara et Herat n'ont pas pu me satisfaire.» Le grand juge d'Alep (1) déclina le dangereux honneur de la réponse, se rejetant sur Ibn-Scliobne , l'historien d'Alep, comme le plus savant mufti, le professeur le plus habile. «Parmi les guerriers tombés dans la bataille d'Alep, quels sont les martyrs?» demanda Timur. Le mufti échappa au piège par la réponse que le prophète avait faite à un Arabe sur une question de même nature : « Ceux qui combattirent pour la parole de Dieu. » Ensuite Timur sortit de sa sombre réserve : «Je ne suis, disait-il, qu'un demi-homme (faisant allusion A son infirmité), et néanmoins j'ai conquis la Perse, l'Irak, l'Inde et la Tatarie. — Rends des grâces â Dieu et ne tue personne , répondit le mufti. — J'atteste Dieu que je ne tue personne avec préméditation, reprit Timur; c'est vousmêmes qui tuez vos âmes. Je le jure, je ne tue personne, et. quant â vous, je vous garantis la vie et vos biens. » Cette assurance ouvrit les lèvres aux scheichs et aux professeurs; ils se mirent à parler cornu e ils auraient fait du haut de la chaire, jusqu'à ce que le grand juge

(1) Scherefeddin, 1. v , ch. 21 , p. 3D1

leur cria : « Taisez -vous et laissez parler cet homme qui sait ce qu'il dit. Voici la seconde question : Que pensez-vous de Moawia et de Jesid (dont le premier avait expulsé Ali du chalifat et le second avait fait exécuter Husein, fils d'Ali)?» Un juge sunnite répondit : «Ils soutinrent la guerre sainte pour la vraie foi.» Alors Timur s'enflamma de colère et s'écria : «Moawia fut un usurpateur et Jesid un criminel, et vous, habitants d'Alep, vous êtes, comme ceux de Damas, coupables du meurtre accompli sur Husein.» Ibn-Schohne excusa son collègue, dont les paroles étaient la conséquence de ce qu'il avait lu dans les livres. Le conquérant loua le grand juge pour sa rectitude, l'historien pour son savoir et son éloquence, leur demanda leur âge; et l'heure de la prière du soir étant arrivée, il accomplit avec eux ses dévotions, suivant tous les mouvements d'Ibn-Schohne , se tenant à ses côtés, s'asseyant, se levant, s'agenouillant en même temps que lui (1). Le lendemain, Timur quitta le château qui était rempli de malheureux prisonniers enchaînés, torturés de mille manières, et se rendit au palais du gouverneur de la ville, où fut disposée une grande fête suivant l'usage mongol (2). Pendant que le vin se versait, le sang ruisselait dans les rues de la ville; les maisons, les écoles et les mosquées furent dévastées; le sac dura quinze jours. La veille de sou départ, Timur manda encore le grand juge et le mufti pour avoir de plus grands développements sur les questions relatives à Moawia et Jesid. L'historien s'expliqua sui- ] vant les idées du vainqueur, disant qu'il n'y avait aucun doute que le droit ne fût du côté d'Ali et que Moawia n'eût pas été chalife lé- .; gitime; d'après les paroles du prophète: «Le chalifat ne durera que trente années après moi;» nrais, ajoula-t-il, selon l'expression d'un des plus grands docteurs (3), des souverains illégitimes pourraient conférer valablement des fonctions de juge. Cette reconnaissance de là validité de ses actes de gouvernement plut à celui qui dominait par la force, et il recommanda le kadi et le mufti aux soins particu-

(1) Arab-Schab.

(2) lbu-Schohne , dans Arab-Schab.

(3) Selon le rédacteur de l'Hedajet, Arab-Schah.

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