‹ Histoire de l'Empire ottoman (volume 2)Chapitre 72 sur 288 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

u tambour, et en faisant retentir le nom d'Alan ! Timur, sur l'invitation d'un derwisch, desendit de cheval pour faire sa prière et donner ordre de l'attaque. Mirsa Ebubekr, qui, sous e commandement supérieur de son père Miranah, conduisait l'avant-garde de l'aile droite, précipita sur les derrières des Ottomans; les rviens, combattant commedeslions, châtièrent m audace. Alors Mirsa Mohammed-Sultan, mmandant du centre, s'agenouillant devant rimur, demanda la permission de voler au seours de l'aile gauche < ompromise. Les troupes uropéennes combattaient avec un courage exraordinaire ; mais tandis que les Serviens faiaient des prodiges de valeur, à la droite les ;roupes d'Aidin, qui voyaient leur ancien prince 9ans les rangs ennemis, passèrent de ce côté, et forent suivies par celle->de Ssaru-Chan, Mentes- :he, Kermian, et par les Tatares, que les émissaires secrets de Timur avaent poussés à la dé- ■ection. Déjà les Serviens étaient coupés , lorspie leur vaiilant chef Etienne, s ouvrant avec ses :avaliers pesamment armés un sanglant passage l travers les ennemis, pénétra jusqu'au suliau, ît lui conseilla de fuir. En voyant le courage héoique des Serviens, Timur s'écria : «Ces dervischs, ces pauvres, n'ont failli en aucun joint (1)!» Bajesid, toujours inébranlable, tint 'erme sans reculer à la tète des dix mille janitschares avec lesquels il avait occupé une colline, tienne, voyant que la bataille était perdue et ni'il ne fallait plus songer à sauver le Miltan, couvrit la retraite du fils aîné Suleiman , que le prand vesir Ali-Pascha, l'aga des janitschares lasan, et le subaschi Aine-Beg arrachèrent du jarnage ; et ils se dirigèrent avec lui à l'ouest (."ers la mer, tandis que les émirs d'Amasia, plaçant au milieu d'eux le prince Mohammed, s'enfuirent avec lui du côté de l'orient, dans les nontagnes. Bajesid, abandonné de ses auxiliaires et des troupes de sa maison , de ses vesirs, de ses émirs , de ses paschas et de ses fils , persista néanmoins à rester toute la journée sur la îauteur qu'il occupait avec ses janitschares brùés par la chaleur, dévorés par la soif. La plu- | part de ses fidèles soldats étaient tombés d'émisement ou frappés par le fer des Tatares. orsque la nuit fut venue , sur les instances

(1) Neschri , fol. 107.

pressantes de Minnet-Beg, le sultan essaya en" fin de s'échapper; mais son cheval tomba , et il fut pris par Mahmud-Chan , descendant de Dschengis-Chan titulaire de Dschagatai.

Avec Bajesid, son fils Musa, ses émirs Minnet-Berg, Mustapha-Beg, Ali-Beg, le chef des eunuques, le commandant du harem Firus-Beg, le beglerbeg Timurtasch et son fils Jachschi-Beg, tombèrent entre les mains de Timur [20 juillet 1402]. Les princes Suleiman, Mohammed et Isa s'étaient enfuis, le premier à l'ouest, vers la mer, le seconda l'orient, vers Amasia, le troisième au midi, du côté de la Karamanie ; le prince Mustapha avait disparu dans la bataille , sans que l'on sût ce qu'il était devenu. D'après l'historien byzantin Ducas, Timur était à jouer aux échecs avec son fils Sehahroch, tandis que Bajesid lui était amené prisonnier, et il échangeait son roi (schah) contre la tour (roch) au moment où le sultan paraissait à l'entrée de la tente; cette circonstance avait fait donner au jeune prince tatare le surnom de Sehahroch, qui rappelait le moment où le sultan des Ottomans avait échangé son trône contre la captivité dans une tour. Au moins, Persans, Turcs et Grecs s'accordent sur ce point, que Timur se montra d'abord plein de grandeur et de noblesse en recevant le souverain abattu et captif. Le voyant devant lui accablé par la chaleur du jour et les fatigues de la bataille, souillé de poussière, haletant , prêt à défaillir, il lui parla avec bienveillance, le fit asseoir à ses côtés , et lui assigna trois tentes magnifiques , lui assurant avec serment qu'il n'avait rien à craindre pour sa vie. Bajesid ayant demandé que l'on fit des recherches après ses fils, et qu'il pût avoir la consolation de leur compagnie, des émissaires furent expédiés dans toutes les directions; mais on ne découvrit que le prince Musa, qui fut couvert d'un vêtement d'honneur et conduit devant Timur. La garde d'honneur placée auprès de Bajesid fut confiée à Hasan-Berlas , l'un des premiers émirs tatares, parent de Timur, et à Tschempai, qui avait été envoyé comme ambassadeur auprès du sultan. Nous raconterons dans le livre suivant les circonstances qui déterminèrent un traitement plus rigoureux, et donnèrent lieu à la fable de la cage de fer.

Comme l'importance d'une bataille doit être appréciée d'après la force des armées, les talents

et la renommée des généraux, l'ardeur et la durée de la lutte, la nature du théâtre de l'action, les progrès signalés dans l'art de la guerre , et surtout d'après les résultats de la victoire ou de la défaite pour le destin des chefs et des rois , de la campagne et des empires ; sous tous ces rapports, la bataille d'Angora est l'une des plus importantes dans les annales de la guerre et des nations. Là lesTurcs et les Tatares se heurtèrent, et pour la dernière fois les premiers furent courbés sous le joug de leurs terribles vainqueurs ; là commandaient le conquérant impétueux de tant de contrées, Bajesid, surnommé la Foudre, et le plus rude, le plus impitoyable des destructeurs, Timur, surnommé le Fer; sous eux les mouvements étaient dirigés par des princes et des gouverneurs de peuples venus des frontières de la Chine et des rives du Bosphore. On voyait autour d'eux se presser une foule de guerriers du sang royal. Les peuples

qui luttèrent avec acharnement durant toute une journée dévorante n'étaient pas seulement des Tatares, des Persans et des Turcs ; il y avait aussi des Européens, des chrétiens même, et des hommes tirés de toutes les nations. Sur la plaine d'Angora, en vue de ces montagnes au nord où les ancêtres de Bajesid avaient reçu des sultans seldschukides les premiers pâturages pour leurs troupeaux, où Pompée avait vaincu Mithridate, Ildirim, jusqu'alors triomphant, fut vaincu et chargé de fers. Après ce coup effroyable, l'empire ottoman, privé de sou chef, parut amené au point de se dissoudre , ou du moins il semblait ne devoir plus inspirer de crainte. Les triomphes de Bajesid furent arrêtés ; mais en même temps fut terminée la carrière des conquêtes de Timur, qui mourut trois, années après, sans avoir exécuté d'autre grande entreprise, au moment où il se disposait à marcher contre la Chine.

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