LIVRE V11I
loi
tement coupable, prolestant de son repentir, et I implorant son pardon (1). Les princes de karamanie et de kerraian trouvant le matin la tente de Dschuneid déserte, levèrent le camp tout en desordre, et marchèrent en toute hâte pour gagner les défilés voisins du Méandre. Suleiman fit passer son infanterie sur les ponts établis non loin du mont Galesus,c< il enlra triomphant dans Éphèse , où il s'arrêta avec Psehuneid, se livrant â ses penth au l s voluptueux (2).
Cependant l'armée de Suleiman, commandée par le vesir Ali-Pascha, s'était avancée vers Angora, et assiégeait le châ'eau de Selasel, vigoureusement défendu par Jakub-Beg, fils de Fi- 'rus-Pascha. Mohammed, placé dans une position très-difficile à Tokat, par la défection de ' Ïuguran-Beg, envoya un message à Jakub pour l'encourager a persister dans sa résistance, lui promettant une prompte délivrance. Ali-Pascha. qui intercepta !a lettre, en écrivit une autre dans un sens opposé, par laquelle Mohammed aurait enjoint a Jakub de rendre la p'ace qui ne pouvait plus être secourue (3), Ainsi Angora était au pouvoir de l'ennemi, lorsque .Mohammed paru! pour faire Lever le siège; il n'en continua pas moins sa marche vers Brusa, où Suleiman passait lous ses instants dans le bain j ou dans l'ivresse. C'est au bain qu'il reçut la nouvelle par le ssubaschi Suleiu an, qui commandait les avant-postes de son armée sur le Sangarius, que Mohammed se disposait à franchir le fleuve. Suleiman voulait retourner en Europe ; mais Ali-Pascha s'opposa énergiqueraent à cette lâche résolution, et fit adopter i'oi pinionqu il fallait mareherdruit sur Jenitscliehr •et présenter la bataille a l'ennemi près du dé- . filé de kafirbinari (4). Le vesir, aussi rusé que vaillant, se mit à méditer quelque nouveau strai tagème. 11 écrivit a Mohammed un,1 lettre pleine de protestations d'affection et de dévouement, lui dévoilant en même temps une conspiration de ses guerriers les plus déterminés, pour le li- 4 vrer à Suleiman. D'abord Mohammed dédaigna 1 l'avis comme une manœuvre de l'ennemi ; mais
(1) Ducas , I. xvui , p. 47.
(2) Jbid., p. 47.
(3) Neschri , Idris , Seadeddin , dans Bralutti , p. 29t.
(4) Siadeddin , dansBralulti , p. 291.
bientôt après son échanson Elias étant passé eu effet du côté de Suleiman, il délibéra avec son fidèle serviteur Bajesid-Pascha : et. d'après son conseil, il se retira sur Tokat et Amasia(l). Cependant Suleiman marcha contre Siwrihiszar, parce qu'il avait eu avis que le château était disposé à se rendre. Il campait sous les murs de cette place avec quelques troupes seulement, lorsque le prince de karamanie, jugeant le moment favorable, accourut avec des forces considérables pour l'attaquer. Suleiman envoya contre lui Ewrenos , qui le rejeta au delà d'Akserai. Vivement poussé par les troupes de Suleiman, le prince de karamanie sentit la nécessité de se lier étroitement avec Moha Mincd, qui alors se trouvait dans les environs de kirschehr. Dans le château de Dschemale, il eut une entrevue avec Mohammed, et tous deux conclurent un traité d'alliance et d'amitié contre Suleiman [1406]. Ewrenos-Beg, alarmé de cette union, se retira sur Angora (*2); Mohammed accueillit la proposition de son frère Musa de passer en Europe, pour y combattre Suleiman au sein même de ses Klats. Musa se rendit dans cette vue auprès d'isfendiar; mais ne rencontrant de la part de ce chef qu'un accueil amical sans appui effectif, il revint dans la Karamanie; et lorsque le prince de Yalachie détermina Isfeudiar à donner Musa comme chef aux peuples mécontents de Suleiman alors seulement Musa alla retrouver Isfeudiar; puis, soutenu par ce chef et par le prince de Yalachie, il s'élança en Europe, et porta la guerre au cœur des Étals de Suleiman.
Le voluptueux sultan, en revenant d'Asie en Europe, combla de présents le Génois Négro qui fortifia Gallipoli , et menant avec lui Dschuneid , il le fit gouverneur d'Ochri (3). Le premier engagement entre Musa et Suleiman eut lieu dans les environs de Constantinople(4), où Suleiman avait cherché secours et appui auprès de son beau-pere l'empereur grec , tandis que Musa était entré en campagne avec des troupes auxiliaires serviennes et valaques, fournies par
(1) Seadeddin, p. 296.
(2) Ibid. , p. 298.
(3) Ducas , I. xix, p. 48.
(4) Chalcondylas , I. îv, p. 55.
Etienne Kral de Servie et Mirtsch, prince de Valachie. Gagnées par des émissaires byzantins, les troupes d'Etienne, dès le commencement du combat, passèrent du coté deSuleiman, qui, à l'aide d'un stratagème, se relira contre les fossés de Constantinople; et lorsque Musa se mit à poursuivre les troupes asiatiques, sortant de son embuscade avec cinq cents des cavaliers les plus déterminés qui s'étaient cachés dans le fossé, il tomba sur le camp ennemi alors abandonné. Musa, au retour de la poursuite des Asiatiques, voyant son camp enlevé, se jugea perdu, et s'enfuit auprès du prince de Valachie qui lui était resté fidèle ; là, il trouva un abri et sut se dérober aux poursuites en s'enfonçant dans les gorges de l'Hœnius (1) [1406]. Suleiman reprit sans difficulté possession d'Andrinople comme souverain absolu et sultan des Ottomans, et il fut reconnu , non-seulement par l'empereur de Byzancc, mais encore par les autres puissances chrétiennes voisines , dont ses troupes ravageaient les territoires. Sous Suleiman, les armées turques pénétrèrent pour la première fois dans la Garniole. dévastant le pays; elles enlevèrent de Mœttling un riche butin et de nombreux esclaves (2) [9 octobre 1408]. Alors Venise, qui, après la conquête de Smyrne, avait conclu le premier traité avec les Turcs, en faisant la paix avec Umur-Beg (Morbaszan), souverain de Ssaruchan, négocia aussi pour la première fois avec les Ottomans. Zenon, seigneur de l'île d'Andros , qui déjà avait obtenu de l'empereur de Byzance, pour la république, la cession de Patras [1408], amena maintenant Suleiman à un accommodement. 11 fut convenu que, pour la sécurité des possessions vénitiennes en Albanie , il serait payé annuellement un tribut de 1600 ducats (3) [1409]. Aussitôt Thwarko et Ostojo, qui se disputaient la couronne de Bosnie, offrirent chacun de son côté un tribut annuel de 20,000 ducats pour obtenir l'appui d'une aimée ottomane; la condition fut acceptée,et néanmoins dix mille Turcs se mirent à ravager le pays (4).
(1) Chalcondylas, l.iv.
(2) Valvasor, I. xv, t..iT, p. 329 , et I. xi ,p. 389 des manuscrits.
(3) Laurier , Histoire de Venise, t. v , p. 308.
(4) l.ucius , t. v , c. 4 , p. 261 , et Histoire politique de a Bosnie et de Ruina, p 98 et 100.
Cependant Suleiman se livrait à la mollesse et aux plaisirs dans Andrinople, sans souci des efforts que Musa poursuivait en silence pour lever de nouvelles troupes. En vain une ambassade de l'empereur de Byzance vint pour éveiller ses soupçons, el le provoquer à l'activité, à des mesures de prudence contre les entreprises de son frère. Le prince restait plongé dans la débauche; la nuit se passait dans l'orgie; il sommeillait le jour. Un jour qu'un tumulte s'était élevé dans le camp par l'apparition d'un cerf qui s'y était précipité, Suleiman demanda si cet animal ne portait pas un flacon de vin al- j taché à son bois, ajoutant que dans ce cas il se lèverait volontiers pour le lui enlever (1). Au milieu de ces grossiers excès, il étouffa ses bonnes qualités : il avait de la valeur, de la générosité, des dispositions à l'équité, tandis que Musa, au contraire, plein d'activité et de prudence, était en même temps dur et emporté, et se montrait cruel et tyrannique lorsqu'il s'abandonnait à la colère (2). Ainsi, tandis que Suleiman libre de tout souci s'abandonnait à la débauche à Andrinople, Musa parut tout à coup aux portes avec une armée. Michaloghli courut le premier dans la salle de bain porter la triste nouvelle de l'apparition de l'avant-garde de Musa; Suleiman, sans s'émouvoir, se conlenla de prononcer un vers persan; le vieux Ewrenos. qui vint ensuite s'efforcer de tirer son maître du sommeil de l'indifférence, reçut cette réponse : «Penses-tu donc, vieillard, que tu vas troubler mes plaisirs avec de tels cris? Qu'est-ce donc que Musa avec quelques misérables ramassés à lai hâte, pour qu'il ose disputer le trône?» Ewre-. nos, congédié de la sorte, se plaignit à l'aga des janitschares Hasan,qui tenta aussi d'exciter son maître par des paroles piquantes : Suleiman, irrité de la liberté des représentations de l'aga , ordonna de lui couper la barbe avec un sabre. Hasan, le visage tout sillonné, parcourut le camp ; et en étalant le traitement qu'il venait de subir, il provoqua les émirs à se réunir à lui pour passer dans le camp de Musa. Tous le suivirent, à l'exception de trois (3), qui seuls rcs-
(1) Chalcondylas , 1. îv, p. 55 et 56.
(2) Jbid., p. 56.
(3) Seadeddin , fol. 167 ; Idris, Neschri , Aali , Ssulaksade.