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Histoire de L'Empire Ottoman

Trente ans se sont écoulés depuis que Jean de ■ Müller m'engageait à me consacrer à l'étude de l'histoire, à m'appliquer de préférence â celle d'Orient, à suivre surtout les destinées des Ottomans ; il m'exhortait à subordonner la con- : naissance des langues aux recherches et aux ; écrits historiques. Dieu le veuille ! répondis-je, : en considérant l'importance du sujet, la gran- j deur et l'abondance des matières, la longueur de ! Uœuvrc, la difficulté des travaux préparatoires, j et les obstacles à surmonter pour se procurer les secours nécessaires. L'empire ottoman, dont ; le berceau apparaît à la sortie du moyen âge, | dont la jeunesse, l'âge viril et la vieillesse remplissent les trois siècles de l'histoire moderne, est un vaste corps d'une haute importance dans l'histoire du monde. Ses destinées sont étroitement liées à celles des États voisins en Asie et en Europe, et agissent sur les mouvements de tous les États d'Europe et d'Afrique , depuis la mer du Nord jusqu'à la Méditerranée, des rivages de la Bretagne et de la Scandinavie aux colonnes d'Hercule et aux cataractes du Mil. Ce colosse puissant, un pied en Europe, l'autre en Asie, tenant sous lui le passage pour la navigation et le commerce entre ces deux divisions du monde, quand l'heure de sa chute aura sonné, couvrira de ses débris trois parties de la terre. Fondé sur les ruines de la puissance des Césars d'Orient, l'empire ottoman comprend encore aujourd'hui une plus vaste étendue que | l'empire byzantin au temps de sa plus grande splendeur, et quoiqu'il ait à peine atteint la moitié de la durée de son devancier, il offre déjà les trois phases de la croissance, de la vigueur et de la décrépitude. Aux trois anciens empires d'Assyrie, des Mèdes et des Perses, ont succédé, dans le moyen âge et les temps modernes, ceux des Arabes, des Mongols et des Turcs, comparables aux premiers en grandeur et en puissance et placés sur un théâtre historique plus assuré. L'histoire du chalifat , qui', comme celle des empereurs mon- ! gols, n'a pas encore trouvé d'écrivain en Eu- |

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rope, a aussi comme elle sur l'histoire ottomane l'avantage de présenter un tout complet. Mais outre la grande iucertitude résultant du grand éloignement de temps et de lieu, ces histoires n'offrent pas non plus les secours et les sources nécessaires, sources à peine connues de nom, et qui ne sont pas toutes à la portée de l'écrivain. L'histoire ottomane, au contraire, a l'avantage d'être plus rapprochée de nous, soit pour les temps , soit pour l'espace; elle offre l'immense intérêt d'une liaison immédiate entre le passé et le présent ; il est possible de réunir tous les matériaux. Jusqu'ici cependant l'ignorance de leur existence, leur dispersion, la difficulté d'en approcher, les grands frais à faire pour en disposer, ont empêché qu'on en tirât parti en Europe.

De deux cents ouvrages turcs, arabes et persans traitant de l'histoire ottomane en général, ou de l'une de ses parties, ou qui offrent un ensemble de matériaux pour cet objet , le grand orientaliste anglais, sir Williams Jones , n'en a connu lui-même qu'une douzaine ; et dans les bibliothèques publiques de Constantinople même on trouve tout au plus vingt ou trente volumes historiques. Pendant trente années, je n'ai reculé devant aucune peine, aucune dépense, pour arriver et puiser aux sources, et quand l'acquisition de l'objet utile à mes études ne pouvait avoir lieu, je faisaisen sorte de pouvoir au moins le consulter. Dans ce but, j'ai, pendant mes deux séjours à Constantinople, et dans mes voyages au Levant, non-seulement visité assidûment les bibliothèques et les librairies, mais encore depuis lors, par mes correspondances actives, j'ai cherché et découvert des ouvrages historiques à Constantinople , à Bagdad , a Alep et au Caire. Dans ce but, j'ai consulté pour mes travaux, en Allemagne, les bibliothèques de Vienne, Berlin et Dresde; en Angleterre, celles de Cambridge et d'Oxford; â Paris, la bibliothèque Royale et celle de l'Arsenal ; en Italie, celle de Saint-Marco à Venise, l'Ambrosiana à Milan , la Lorenziana et la Magliabechiana à Florence, celle du Musco Borbonico à iNaples ,

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