LIVRE PREMIER
teuir paisibles et tributaires. Us étaient chargés de fournir la viande pour la cuisine du roi. Mais un jour ils tuèrent l'officier qui levait cet impôt avec trop de rigueur, et l'émir Karoadsch, gouverneur de Balch, qui voulut les forcer par les armes à expier ce crime, resta sur le champ de bataille avec son fils. Alors le sultan s'avança en personne avec 100,000 cavaliers. Les Ghuses lui envoyèrent d'abord des députés, pour s'excuser, implorer leur pardon, et offrirent cent esclaves du Ghatai comme prix du sang de Kamadsch . et deux livres d'or pour chaque famille; mais tous les émirs ne s'étant pas accordes, des négociations on en vint aox armes, et le grand monarque des Seldschuks devint le prisonnier des Ghuses.
Par la défection des Uses , l'empereur de Byzance Romanus Diogènes était tombé entre les mains d'Alparslan; par la révolte des Ghuses, Sandschar, petit-fils d'Alparslan, se trouva leur captif. D'abord leurs émirs baisèrent la terre devant lui, et le traitèrent avec tout le respect dû au grand souverain qui naguère leur dictait des lois; mais ensuite, sur son refus inflexible de leur céder la contrée de Merw, où il résidait, ils en vinrent à des insultes, à des outrages. On imagina déjà sur lui la fab'e d'une cage de fer renouvelée plus tard au sujet de Bajesid. Les Ghuses se répandirent comme un torrent sur le Chorasan, dévastèrent Niscbabur, brûlèrent les mosquées, massacrèrent les savants après leur avoir fait subir mille supplices , et voulurent par le fer et le feu ramener les Moslimes de l'islam au culte des idoles. Après une captivité de quatre ans , Sandschar leur échappa dans une chasse, et, favorisé par le seigneur de Termed, parvint â franchir l'Oxus. Comme bientôt après mourut le chef des Ghuses, ils se soumirent à l'autorité de Sandschar, avec lequel s'éteignit la grande domination seldschuke, en Perse [1 167J. A cause de ses conquêtes, les peuples l'appelèrent un second Alexandre. Des rois revêtirent les dignités de sa cour ; les sultans Kotbcddin et Itsis, l'un fils, l'autre petit-fils de ceNuschtegin, auquel Barkjarok avait conféré le gouvernement de Chuaresm, remplirent successivement les fonctions d'échanson de Sandschar. Des poètes et des savants distingués illustrèrent son règne. Enweri, le plus grand rhéteur des Per-
ses (1), et Abdolwasi , furent ses panégyristes. Samachschari , fameux commentateur du Koran, et non moins célèbre philologue (*2), et Ncsefi , dont la dogmatique forme encore aujourd'hui la base de la doctrine des Sunnites (3), moururent tous deux dans l'année qui suivit la grande défaite subie devant les troupes de Char-Chan [1 142-1143]. Hariri, connu depuis longtemps dans l'Occident comme en Orient, par le chef-d'o?uvre de la rhétorique arabe , la makamat , dédia cet ouvrage à son protecteur Scherefeddin-Chaleb, grand vesir de Mohammed , fils de Melek-Schah, auquel Sandschar- Aserbeidschan avait confié le gouvernement d'Irak et de Fars.
Les descendants de Mohammed-Schah , fils de Melek-Schah, maître de l'Irak, les schah de Chuaresm, les princes des Ghurides, et les quatre branches des Atabegs, se partagèrent les débris de l'empire seldschuk de l'orient, tandis que s'élevait celui de l'ouest dans l'Asie Mineure. Tournons maintenant nos regards sur celui-ci , car sur son tombeau fut dressé le berceau de la puissance ottomane. Malgré les rapports multipliés des Srldschuks d'Uonium avec les croisés et la liaison des deux histoires , les écrivains contemporains des croisades, comme ceux de Byzance, ne nous ont donné que des notions très-incomplètes sur les souverains de l'Asie Mineure; nous serions donc autorisé à combler cette lacune par des matériaux jusqu'alors inconnus, alors même que l'enchaînement intime des destinées des derniers princes seldschuks avec celles des premiers Osmans n'imposerait point à l'historien le devoir indispensable d'éclairer les unes par les autres.
kutulmisch, fils d'Israil, fils de Seldschuk, dès le règne d'Alparslan dans Rum, c'est-à-dire dans l'Asie Mineure, avait déjà tenté, avec une armée de Türk ma ns rassemblés à la hâte, de se former un pouvoir indépendant. Vaincu, il périt dans sa fuite d'une chute de cheval. L'alné de ses fils, Manszur , fut quelque temps tributaire d'Alparslan et de son successeur Melek-
(1) Histoire de la rhétorique persane , p. 88.
(2) l^ri.
(3) C'eat ledogmeque Muradjead'Ohnoo a traduit, expliqué, el qui forme la base de son ouvr.iße. Tableau général de l'empire ottoman, i , 8 vol., p. 58.
Schah; puis, sur Tordre de ce dernier, il fut attaqué par l'émir Pursak, battu et tué(l). Le même sort était réservé à Suleiman, son frère puîné encore mineur, parce que Melek-Schah avait résolu d'extirper entièrement ces rejetons qui portaient ombrage de plus en plus à la branche principale de la famille régnante en Perse (2). Grâce aux représentations et aux instances du grand vesir Nisamul-Mulk, la vie fut laissée à Suleiman , et on lui confia le commandement des armées seldschukes de Rum. La reine des cités de la Syrie, la superbe Antioche, fut alors arrachée pour la quatrième fois à l'empire byzantin par les conquérants orientaux : deux fois elle était tombée au pouvoir des chosroësde Perse, Schabur et Nuschirvan ; les Arabes l'avaient enlevée quatre ans après la mort de Mohammed, et maintenant elle fut surprise par les Turcs sous Suleiman, avec deux cent quatrevingts chevaux, à l'aide de la trahison du fils du gouverneur Philaretos. Alors deux lieutenants de Melek-Schah gouvernèrent en Syrie, son frère Tutusch, fondateur de la dynastie syrienne des Seldschuks à Damas, et Moslim , fils de Koreisch, de la famille Okail, à Alcp. Celui-ci réclama de Suleiman le tribut d'Antioche; sur son refus, il courut aux armes et perdit la vie dans cette lutte [1085.1- Suleiman, vaincu luimême par Tutusch, se donna la mort pour échapper a la captivité 1 1086].
Les fils de Suleiman, David et Kilidscharslan, furent amenés à la cour de Melek-Schah. Après la mort de ce prince, David fonda à Konia le siège d'une souveraineté indépendante que maintint ensuite son frère. Le dernier arracha aux Danischinendes , régnant en Cappadoce, leur capitale Malatia et la Karamanie, siège de leur puissance, battit les croisés qui, dix années après la mort de son père, avaient conquis Nicée, enleva Moszul, combattit l'émir Dschcwali, et finit par trouver la mort dans les flots du Ghaboras par accident peut-être, ou noyé par des traîtres qui le tinrent de force sous les eaux. De ses deux fils, Melek-Schah (3) prit possession de l'Asie Mineure, où il se trouvait à la mort de
(1) Dscbenabi.p.197.
(2) Lari.p. 525.
le présumait déjà , le saiaan setubi sebaban , c'est-à-dire,
son père. Mesud, que Kilidscharslan avait jadis établi gouverneur de Moszul , et qui, après la mort de son père, avait été envoyé par l'émir Dschewali, vainqueur de ce prince, à la cour de Mohammed -Schah, souverain scldscb.uk de la Perse, Mesud fut replacé par Mohammed dans le gouvernement de l'héritage paternel, et, par la mort de son frère Melek-Schah, ce gouvernement s'étendit sur toute l'Asie .Mineure. Mesud fut un prince juste et pieux, fondateur de cloîtres et de mosquées; il bâtit, près d'Amasia, Samara, où l'on voit son tombeau recouvert d'un dôme. Il régna vingt-sept ans (1).
Son fils et successeur, Aseddin-kilidscharslan (honneur de la foi, lion d'épée), maria sa fille Seldschuk-Chatum au chalife Naszir-Lidinillah (2), reprit Malatia, jadis arrachée par son aïeul aux Danischinendes [1171], leur vendit une seconde fois celte place, sur les instances de Nureddin, le plus grand des Atabegs de Syrie ; après la mort de ce prince, il conquit de nouveau Malatia , ainsi que Siwas et Cadrée [II72J: puis il fit empoisonner le dernier prince des Danischinendes (3), et incorpora leurs vastes possessions à son empire (4). Mais, en le partageant aussitôt entre ses dix fils, il l'affaiblit intérieurement autant qu'il l'étendit au dehors [1188]; aussi devint-il facile aux croisés, conduits par l'empereur Frédérich Barberousse, de conquérir lconium que remit Katbeddin, fils d'Aseddin. Frédérich emmena vingt otage», et poussa sa marche par Tarsus vers Maszissa ( Mopsuestia ), où il trouva la mort dans le Selefkc, le Calycadnus 1.1190] , moins heureux qu'Alexandre , qui échappa aux eaux froides duCydnus, voisin de ces lieux, seulement avec la fièvre. Plus tard, Kilidscharslan se repentit du morcellement de l'empire ; il voulut le réunir de nouveau sous l'autorité de Katbeddin, et, dans cette vue, il rechercha pour ce prince la fille du grand Salaheddin; mais alors tous les autres fils se révoltèrent contre leur père , qui vit que ç'en était fait de sa puissance. 11 chercha un abri et un appui auprès de l'un contre les autres ; Mahmud , qui
(1) Dschenabi.
(2) Dschenabi.
(3) Nocbbetet-Tewaricta.p. 120.
(4) Ucbeujbi, p. S» et 213.