LIVRE PREMIER
lui était le plus dévoué, fut opposé à Chosrew, ■ le plus acharné de tous. Au milieu des combats entre les flls, le père tomba malade [1193), et mourut après vingt-neuf ans de règne durant lequel il a bati la ville d'Akserai(l). Après sa mort, la guerre fratricide s'enflamma de plus en plus pour la domination unique et absolue. D abord Mahmud et Kotbeddin se frappèrent; bientôt mourut le dernier, après avoir attiré par de perfides apparences d'amitié son ennemi dans un piège pour l'immoler (2). A leur place aussitôt s'élancèrent sur le premier plan de cette sanglante arène Keichosrew, souverain d lconium, et Rokneddin-Suleiman, maître de Tokat. Celui-ci enleva Siwas et Casarée , chassa Keichosrew d'Iconiuin, puis lui donna en dédommaternent Klbistau dont il avait dépouillé son frère Moghaieszeddin, et peu à peu réunit sous son sceptre l'empire démembré par son père. Keichosrew s'enfuit d'Elbistan auprès du maître d'Alep, de là, auprès de Léon , roi d'Arménie; puis il gagna Trapezunt (Trébisonde), et enfin se rendit a Gonstantiuople, où, avec ses fils Alacddin - Keikobad et Aseddin-Keikawus, il attendit onze années la mort de son frère (3). Rokneddin avait adopté en secret la doctrine impie des Ismailites. Un jour, à la cour, un philosophe et un derwisch disputèrent en sa présence. Celui-ci, vaincu par les arguments de son adversaire, eut recours à la violence, et s'emporta jusqu'à le frapper au visage, sans que le sultan fit le moindre mouvement pour empêcher une telle scène. Lorsque le derwisch*e fut retiré, le philosophe se plaignit de ce que Rokneddin l'eût ainsi laissé maltraiter : a Si j'avais pris ouvertement, dit le sultan, la doctrine des philosophes sous ma protection contre celle des derwischs, toi et moi nous eussions été assommés par le peuple. »Rokneddin avait reçu du chalife égyptien le titre honorifique d'es-sultan cl kahir, c'est-à-dire le puissant, le vengeur, et le mérita par ses rigueurs. Il fit ouvrir le ventre i ton favori chéri, le bel Ajas, qui avait pris du lait caillé à une pauvre femme (4). Après avoir dépouillé ses frères de leur héritage paternel, il
(1) tHcbenabi, Netchri, Nochbetet, Lan.
(2; Dscbenabi , p. 201.
(3) Netchri, Lari , Nochbetet -Tewaricb.
(4) DKhMfti, p. 202; Lari, p. 527.
t rencontra une résistance opiniâtre dans son neveu, fils de Mohieddin, mal ire d'Angora, qui tint contre lui trois années dans le château situé sur un rocher escarpé. Libre sortie fut assurée aux assiégés; mais, au mépris de la parole donnée, le neveu fut immolé avec toute sa famille (1). Cinq jours après, la mort frappa le meurtrier, et son fils, âgé de onze ans, Aseddin- Rilidscharftlan, ne régna que cinq mois (2).
Ghajaszcddin-Kcichosrew, qui , à la nouvelle de la mort de son frère, était accouru de Constant inople, fut d'abord battu par les troupes de son neveu ; mais bientôt les habitants d'Akserai et de Konia se déclarèrent pour lui et le proclamèrent sultan. 11 se saisit de son neveu et de tous ses émirs , et reçut l'hommage de Melek- Efdhal, l'Ejubid, souverain de Samosata, et de [Sïsameddin, maître de Charpurt [1203]. Le dernier, pressé par les armes du souverain d'Amid, Nasireddin-Mahmud, et de Melek-Eschret, appela l'assistance de Keichosrew, qui envoya à son secours Melek-Efdhal avec une armée. Le souverain d'Amid quitta Charpurt, et Keichosrew se mit en marche pour aller assiéger Atta« lia, sur la côte de Cilicie. Les Grecs appelèrent à leur secours les Francs de Chypre; mais, ne pouvant s'accorder avec ces auxiliaires, ils livrèrent la place au sultan. Bientôt après, Keichosrew fondit sur l'Arménie; il enleva Karakos [1206]; mais, après avoir triomphé de Laskaris près d'Amurium [ 1 208], il se laissa surprendre par un Franc qui le tua [1211] (3). Melek-Efdhal, prince de Samosata, pleura sa mort dans une élégie arabe pleine de charme et de tendresse (4).
Aseddin-Keikawus, fils aîné de Keichosrew, prince jeune, beau, instruit et vaillant, reçut l'hommage des souverains d'Amid, Hoszin Keifa , Mardin , Charpurt et Samosata , qui frappèrent de la monnaie avec son empreinte, et firent réciter les prières en son nom ; mais , dans sa propre famille , il lui fallut abattre les prétentions de son oncle, Toghrul ben-Kilidsch Arslan , maître d'Erserum , et de son frère puîné , Alaeddin-Keikobad. Toghrul assiégea
(1) IHchenabi, p. 203.
(2) Dschenabi , Nescbri , Lari.
(3) Lulfl, Ducheubi , Nescbri , Lari.
(4) Dschtoahi , p. 203 , en dooM le cofnmeocetnf ot
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le sultan dans Siwas, et ne se retira qu'à l'approche de Melek-Eschrat , appelé de Syrie au secours de la place. Plus tard, tombé entre les mains de son neveu, il fut étranglé avec tous ses émirs [1213]; son frère Keikobad fat assiégé par le sultan dans Angora . pris et envoyé dans les fers à Malatia ( 1 ). Quant aux émirs du prince rebelle , Keikawus leur fit couper la barbe , et ordonna qu'on les promenât par le camp sur des ânes, en proclamant que c'était le châtiment des traîtres envers les princes (2). taskaris n'échappa à la vengeance que le sultan voulait tirer de la mort de son père, qu'en lui abandonnant un grand nombre de v illes et de châteaux. Aux Francs de Chypre Keikawus arracha la ville d'Attalia, dont ils s'étaient emparés [12I4J; il prit la place de Luluc en Arménie , et Sinopc , sur les rives de la mer Noire [1215J (3). Après la mort de Tahir, fils de Salaheddin, souverain d'Alep, il voulut se saisir de celte ville , mais il lui fallut se retirer. Rejetant la faute de cet échec sur ses généraux, il les fit renfermer dans une maison à laquelle on mit le feu , et ils périrent dans les flamme* (4). Le sultan n'obtint pas plus de succès dans son expédition contre Melek-Oleschref-Musa, maître de la Mésopotamie; au retour, il tomba malade et mourut à Siw as [1220] ; lâ il repose sous un dôme élevé à coté de l'hôpital bâti par lui.
Son frère, Alaeddin-Keikobad, s'élança de la prison au trône : une captivité de cinq années, un séjour de onze ans à l'étranger, à Constantinople , lui avaient donné les loisirs de la méditation et l'expérience des infortunes, propres â développer les hautes facultés dont la nature l'avait doué. Quinze ans il exerça le pouvoir suprême , et se montra le plus grand prince des Seldschuks de l'Asie Mineure; et il marque la place la plus remarquable pour leur histoire , et particulièrement pour celle des Ottomans: car sous lui elle grandit et s'éleva à une plus haute importance. Au commencement de son règne, époque contemporaine de Dschengis-Chan, la race des Ottomans , par Suleiman , père de To-
(1) Neschri.
(2} DKbeoabi.p. 204.
(3) loitfi, Nrtchri.
(4) Dscbenabi, p. 204, Nochbctet-Tewaricb, fouille 121 du Mirftul Edwar.
ghrul, aïeul d'Osman, surnage au-dessus du flot de la conquête mongole, puis disparaît un demi-siècle, emportée par le courant de« événements, jusqu'à ce que, sous le règne du troisième et dernier Alaeddin, elle reparaisse avec un nouvel éclat, s'arrête enfin , et fonde son trône sur le théâtre de l'histoire. Pour ne pas rompre l'enchaînement des actesdes Ottomans , il ne faut pas encore nous détacher des Seldschuks d'Iconiura ; nous devons plutôt suivre leurs destinées jusqu'à la fin de leur empire , avec les sept princes qui resteut encore, depuis le plus grand de tous , Alaeddin Ier , jusqu'au plus impuissant et au plus débile, Alaeddin III; embrassant les faits, comme jusqu'ici, par un coup d'œil rapide. Aussitôt après son avènement au trône, Alaeddin le Grand conclut paix et amitié avec Melek-Eschrcf, souverain de l'Arménie , arracha au prince de Mésopotamie, Melek-Kamil-Mohammed , quelques châteaux [12251 , prit , l'année suivante, au prince d'Amid , Melek-Mesul-Ben-Ssalih , de la famille Ortok, deux forteresses [1226] (l),et triompha de cet adversaire avec l'assistance de son allié, Me!ek-Eschref(2).
Dans la septième année du règne d' Alaeddin, commença la guerre de sept ans avec Dschelaleddin, le plus grand des princes de Chuaresm 11229] , qui , dans l'histoire de Dschengis- Chan, joue un rôle si important, pour avoir opposé une digue longtemps inébranlable au débordement des peuples mongols, et qui s'écrouly enfin en ébranlant le pays. Gomme des historiens européens d'un certain poids ont fait des Ottomans des Chuaresmiens (3), parce que leur auteur, Suleiman, quelques années avant la chute de Dschelaleddin , parut sur les frontières d'Arménie, pour déraciner cette opinion , il est nécessaire ici de dire quelques mots sur le Chuaresm et ses habitants, et de donner une explication à laquelle nous autorisent de vieilles sources orientales. Le Chuaresm est celte bande étroite de terrain entre l'Oxus à
(1) D'après Dscbenabi, p. 205, le nom de la première est Husznmanszur ; le nom de la seconde Alkahaszio, ou Alkabscbin , est incertain à la lecture, parce qu'il est écrit d'une manière douteuse.
(2) Dscbenabi , ibid.
(3) Dcßuigne« , Histoire geuéal. de« Huns.