‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 103 sur 297 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

uquiéîés par quatre frères, chefs de la tribu les Turkmans de Chodscha le Rouge, qui forçaient des brigandages sur les routes , pillaient les caravanes, et enlevaient les femmes aux bains. Ils venaient d'établir leurs quartiers d'hiver à Nigiszar(Neocœsarce). Jurkedsch-Pascha leur écrivit au nom du sultan , leur promettant en fief le pays autour d'Ortokabad, et il les invita à une conférence amicale, afin de se concerter avec eux pour une entreprise contre la tribu turkmane des fils d'Alparslan , qui s'était emparée du littoral de Dschanik , demeure des aociens Tzanes. Afin qu'ils donnassent plus sûrement dans le piège , Jurkedsch- Pascha éloigna son année, se prétendit malade a Araasia, et leur envoya son fils au-devant d'eux avec des présents, s'excusant sur sa maladie s'il ne venait pas lui-même, et les invitant à se rendre à Amasîa. La ruse réussit, les Turkmans simples enfants des Steppes , ne soupçonnant aucune trahison de la part de leurs frères les Ottomans , vinrent sous la foi de l'hospitalité où ils étaient conviés avec ces apparences d'amitié. Ils furent joyeusement accueillis; on leur donna de pompeux festins, où se firent d'abondantes libations; mais tandis qu'ils étaient gorgés de viande et de vin, plongés dans le sommeil de l'ivresse, ils furent saisis brusquement la nuit au nombre de quatre cents , chargés de fers et jetés dans un cachot ; la porte fut murée, le feu mis du dehors, et tous les quatre cents furent étouffés dans les nuages de fumée. Ensuite Jurkrdsch-Pascha monta à cheval, et tomba sur les richesses entassées à Tscharusali et sur les hordes des Turkmans. Le bu. in fut énorme. I.es Turkmans échappés au carnage s'enfuirent du territoire des perfides Ottomans, et allèrent chercher asile chez leurs frères de Sulkadr et du Mouton-Blanc, dont le chef suprême était Chalil-Beg, fils de Karailuk ou Karajuluk, déjà plusieurs fois nommé (1). Sept jours après l'effroyable exécution d'Amasia , Jurkedsch -Pascha rentrant dans la ville, une vieille femme se jeta à ses pieds , le suppliant de lui accorder le cadavre de son fils qui , comme elle prouva, n'appartenait point aux quatre cents Turkmans; mais s'étant trouvé

(tj Seadeddin, dans BratuUi , 1. u, p. 31

par hasard le soir dans leur compagnie, avait été muré et enfermé avec eux. l a prière fut exaucée. \& mère dirigée par sa tendresse, chercha parmi ces quatre cents cadavres, et finit par trouver celui de son fils, sur lequel elle se précipita en pleurant. Il respirait encore : à force de soins elle parvint à le rappeler à la vie. Quant aux restes des Turkmans, Jurkedsch-Pascha défendit de les ensevelir, et ordonna de les jeter en pâture aux oiseaux de proie et aux chacals. Ainsi le puissant gouverneur, professeur des fils du sultan , enseignait la perfidie et la cruauté aux autres gouverneurs et à ses élèves. Ce fait est signalé comme un acte louable dans l'histoire des Ottomans; il est inscrit dans les annales dldris, qui l'annonce comme ayant la mission de rappeler les belles actions des Ottomans, et il ranp,e parmi elles les trahisons, les assassinats, les fratricides.

Jurkedsch-Pascha eut recours encore à ces "ressource* de la politique turque pour s'emparer du château de Kodschakia , placé sur un rocher escarpé aux environs d'Osmandschik. Haider, qui en était maître, se croyait en sûreté grâce à la situation inexpugnable de la forteresse, et aux munitions qu'il y avait réunies. Jamais il ne s'éloignait, et de crainte que son fils pût èlre saisi comme Otage, il ne l'avait point reconnu. De telles mesures de prévoyance se trouvèrent vaines contre les manœuvres et les pratiques de Jurkedsch-Pascha. Celui-ci gagna Taifur, le confident d'Haider, par la promesse de la main de sa fille comme récompense de la trahison. Taifur mit le feu aux greniers et aux magasins du château , qui furent consumés par les flammes; et Haider fut réduit à rendre la place 1427 ]. En usant toujours des mêmes armes, Jurkedsch- Pascha se rendit maître de la place de Dschanik , qui jusqu'alors avait été au pouvoir d'Husein-Reg, chef de la tribu turkmane des fils d'Alparslan. Husein-Beg, prévoyant qu'ildevrait succomber devant la puissance ou la ruse des Ottomans, espéra sauver sa vie et sa liberté en allant librement au-devant de leur domination.

(1) [feKbri.fol. 175; Seadeddin. I. a,f 38;Wrte, pnmtier appendice au y* récit du reçue 4e Murai 11;

Saolaksade , fol. 40.

nik. Jurkcdsch les reçut, mais fit amener prisonnier à Brusa celui qui les avait présentées. Husein parvint à s'échapper, et comptant plus sur la générosité de l'élève que sur la justice du maître, il alla se jeter aux pieds du sultan, qui le reçut en grâce, et lui donna un sandschak en Rtimili , où sa famille s'est maintenue parmi les plus considérées du pays (1 ).

La grandeur de Murad se montra aussi envers le vieux prince de kermian. qui néanmoins surpassa encore le sultan en munificence. Le prince se mit en route pour venir à Andrinoplc. En passant à Brusa , il visita les tombeaux des sultans ottomans, et le grand scheieh Émir- Sultan, alors encore existant , laissant partout des marques d'une bienfaisance- délicate, éclairée. Murad s'avança au-devant de lui jusqu'à l'embouchure de l'Erkène ( l'Agrianes d'Hérodote). Au confluent de cette rivière et de la Marizza, fut construit un pont de cent soixantedix palmes de long, dont les travaux étaient confiés à la direction du commandant de la frontière servienne, Isha-Beg, et qui mérite d'être placé au premier rang des monuments du règne de Murad. Le prince de kermian fut reçu et traité avec la plus grande magnificence. Le savant médecin et poète Schcichi , né son sujet , fut attaché à sa personne comme mihmandar (2), afin de lui montrer toutes les choses remarquables de la ville, et de veillera l'accomplissement de tous les devoirs et de tous

H se présenta devant Jurkedsch-Pascha comme i Au bout d'un an, le prince de Kermian mourad serviteur des Ottomans avec les clefs de Dscba- | laissant par testament ses États à son générw

hôte(l).

Pendant que se passaient en Asie les évéof» ments rapportés plus ha t , F.tienne l.azarev:t'\ despote de Servie, était mort (*2j, et Georçu Brankovich lui avait succédé. Parmi les pUrrj qui, en vertu des traités, devaient , après j mort d "Etienne, retourner a la Hongrie, l'en des plus in portantes était Galambotz ou k » lumbaz.cn turc Gœgcrdschinlik, c'est-à-<itn colombe 3), entre Semendra et Orsowa.* la rive droite du Danube, qu'Etienne avait tvp gée pour l*',000 ducats a l'un de ses boyar Sigismond ayant refusé de payer le rachat . boyard appela les Turcs, et Kolumbaz lotnli entre leurs mains. Le roi de Hongrie investit place par terre et par eau au printemps soi vaut; mais Murad parut avec une puissant armée pour la secourir, l'ne nouvelle trêve li signée |'I428], et Kolumba/, fut cédée Turcs (4). Au moment où Sigismond traver le Danube, les Turcs, au mépris du traite peine juré, tombèrent sur l'armée, qui n'a pa^ encore franchi le fleuve. Là se trouvait vaillant guerrier de Sigismond, le commands^ de Zips, Zavissa-Niger de Garbow. Ao«* que le bâtiment portant le roi se fut é!oi du rivage , il monta sur un petit cheval, et. *■ compagné seulement de deux soldats à pied, l s'élança au-devant des Turcs, qui , le pivn nt pour Sigismond, le massacrèrent. Geor>^ Brankovich. despote de Servie, abandonné

les soins de l'hospitalité royale. Le prince ré- lui-même, fut aussi réduit de son cùtéâ fairfli compensa son escorte et ses guides si géné- paix avec Murad. 11 lui fallut s'obliger ;ï un m

reusement , qu'A son retour, j ar venu à Gallipoli, il ne lui restait plus d'argen» pour les frais de son passage. Il écrivit au sultan pour lui faire connaître son embarras. Murad dit. en recevant la lettre : « Le ciel nous a donné dans le prince de Kermian un frère qui , outre les revenus de son pays, dissipe aussi les noires.» Néanmoins il lui envoya une somme proportionnée à la munificence des deux souverains.

(t) Neaebri , fol. 17« : Seadeddin, dans Rralutli , 1. u, p. 41 ; Idrijt , necond appendice au >e récit du règne de Murad II; >*olak«ade , fol. 4t.

(2) Déjà dans Arrien , I. f , c. 16, on voit .Omar paraître en qualité de mihinandar.

but annuel de 00,000 ducats , a renoncer a mu" union avec la Hongrie, à fournir le service m lilaire au sultan. I es victoires remportées sur le- Hongrois, et la paix conclue avec eux, furent l oiv jet d'uneeorrespondance avec les princes per«n> Après que, par la paix avec la Hongrie et h

(1) Seadeddin , dan» Bi atulli , 1. n , p. 43 ; Nescfcfol. 177; l<iri*f NfcolaLwde.

(2) Engel . Histoire de Hongrie , I. u , p. 320 ; Roter de Servie , p. 369.

(3) Nencbri , fol. 178 ; Seadeddin, daus Bratntti.p * écrit Gluugerginlucb Columbaza ; HadacbiCbalfa i «i [1427].

(4) Engel, Hiatoire de Hongrie, p. 324, Histoire Servie , p. 373.

Page 1