LIVRE X
en même temps l'attaquer lui-même de pont, tandis qu'il ferait tomber Kurd sur ses errières. Pour faire manquer cette manœuvre, lhalil opéra sur son flanc , et ordonnant à ses poupes de cacher leur coiffure blanche , il atendit le retour de Kurd sur une hauteur que )scbuneid avait voulu occuper. Kurd donna laus le piège; mais lorsque, reconnaissant les poupes ottomanes, il s'aperçut de son erreur, prit rapidement la fuite : saisi et fait priunnicr avec Hamsa, son oncle, il fut dirigé abord sur Andrinople, puis envoyé de là hargé de fers à Gallipoli (1).
Voyant que son fils et son frère étaient au ouvoir de l'ennemi, Dschuneid précipita sa larche vers Hypsela (2), château fort sur la ôte d'ionie, en face de l'Ile de Samos, qui tait bien armé pour la défense, et bien ourvu de munitions. Chalil, traversant l'Herron, se dirigea vers Nymphneon, puis vers phèse, rétablit la tranquillité parmi les haitants, et adressa au suhan un bulletin de la ampagne. Pour achever plus prompt cment la uinc de Oschuneid , Murad envoya le fils de imurta*ch, beglerbeg, gouverneur d'Anadi.et Hamsa-Brg, frère de Bajesid-Pascha oquel Dschuneid, ainsi qu'on l'a rapporté •lus haut, avait accordé la vie, après le sup- •lice de Bajesid. Informé de l'approche des roupes ottomanes sous les ordres d'Lrudschî<"g et d'Hamsa-Bcg, Dschuneid confia la défnsed'llypsela à son secoud frère Bajesid, et li-oiérae s'enfuit avec trois esquifs à deux ings de rames disposés à cet effet , sur la côte eCilicie; débarqué à Anemorium, il demanda ne entrevue au prince de Karamanie. La con- 'rencefut consentie; mais Dschuneid n'obtint as l'assistance sur laquelle il avait compté, «prince de Karamanie, qui n'avait pas oublié s précédentes trahisons de Dschuneid , ne ut se résoudre a le soutenir cette fois, comme •dis contre Suleîman, de tout son pouvoir; wtefois il lui donna de l'argent et cinq cents »valiers. Avec ce secours, Dschuneid revint â lypsela par Laodicée et la plaine du Galesus ;
(t; Ducm, l. xxvui, p. t06; Idris, ine récit, taot und 11; Neschn , fol. 171 ; Aali , Ssolaksade. (2) Meachn , fol. 171 ; dans BraUitti , I. h, p. 25 , eo a ut Ulia.
il trouva la place assiégée parHamsa-Beg avec cinquante mille hommes; il n'avait que cinq cents cavaliers; et son frère Bajesid ne commandait pas une troupe plus nombreuse dans le château. Comme il ne pouvait songer à faire tète à l'ennemi, cinquante fois pi s fort, il se vit donc contraint à se tenir derrière les remparts. La forteresse, située sur un rocher escarpé, résista aussi longtemps que les communications par mer restèrent ouvertes. Hamsa représenta au sultan qu'il lui était impossible de réduire la place sans force maritime. Alors Murad appela le seigneur génois de la nouvelle Phocée, successeur d'Adorno, Percival- Palavicini , qui se chargea du blocus d'Hypsela par mer (1). Avec trois vaisseaux il fit voile de Chios pour Hypsela: alors Dschuneid désespéra de pouvoir tenir plus longtemps , d'autant plus que les cinq cents auxiliaires karamaniens qu'il avait amenés avec lui se soulevèrent , forcèrent les portes et passèrent à l'ennemi ou se dispersèrent. Il négocia avec Chalil qui, en l'absence d'Hamsa-Beg appelé par ses affaires û Fphèse , commandait le siège. Chalil lui garantit la vie, et Dschuneid se remit entre ses mains. Mais le soir même Hamsa-Beg de retour d'Kphèse, ayant appris ce qui s'était passé, envoya quatre bourreaux qui étranglèrent dans leur sommeil Dschuneid et toute sa famille. Les tètes furent expédiées à Andrinople au sultan, qui aussi lût donna l'ordre d'exécuter à Gallipoli le frère et le fils de Dschuneid, Hamsa et Kurd. Ainsi se terminèrent, parla destruction de sa famille, les destinées de Dschuneid, cet audacieux aventurier, traître et rebelle qui, durant vin;;t années sous l'interrègne de Suleiman et de Musa, puis sous Mohammed lrr et sous Murad II, avait joué un rôle si important , s'était emparé deux fois par force de la domination d'Aidin, au commencement et à la fin de sa carrière, deux fois s'était vu gouverneur en Europe, à Achrida sous Suleiman , à >icopolis sous Mohammed, avait prêté assistance à Mustapha, avait été renfermé à Lemnos avec lui, puis remis en liberté, était devenu le général et le vesirdece prétendant; s'était saisi du vesir-pascha qu'il avait fait exécuter, puis abandonnant
(1) Duca>,l. xxviii, p. 106.
HISTOIRE DE L'EJ>IPIflE OTTOMAN.
Je parti deMustaphasurle Rhyndakus, 8e faisant
souverain de ämyrae et d'Ephèse, presque toujours traître à ses allies, avait fini, après la reddition d'fjypsela, par être immolé lui-même victime d'une trahison [M25].
Murad, délivré de ce rebelle , passa lui-même en Asie pour bien délimiter et assurer les gouvernements de celte contrée. 11 se rendit par I Ulubad (le Rhyndakus) par Pergaroc, Tyraia et Smyrne ä Epbèse, où il reçut les ambassadeurs des prjoces de l'Kurope et de l'Asie, qui vinrent lui présenter les félicitations de leurs maîtres, l^a parurent les envoyés de Dan , woiwode de Valacbie, d Etienne, le despote de Servie, et Lucas Motaras, premier miuistrede l'empereur de By/auce. On vit arriver les représentants des seigneurs génois de l^esbos et de Chios , et des chevaliers de Saint- Jean maîtres de Rhodes. La paix fut renouv.Ucet confirmée avec tous; les Vénitiens seuls en furcut exclus (I), parce que Murad ne leur pardonna pas l'achat de Thessalonique ; mais pour le moment les affaires de MrnLcsche, Tekke, Kcnnian et de Karamauie le retinrent en Asie. Klias-Beg (2), seigneur de Mentcscbe, avait laissé deux neveux de son frère Mohammed, Ahmed et Oweis oui, après la mort de leur père, sur Tordre de Murad, avaient été enlevés et envoyés dans la prison d'État de Tokal , le tschardak des Bédouins. Ils trouvèrent moyeu de«'échapper l\;n dans un sac de paille. < t l'autre &mxs un sac d'avoine (3). Oweis fut ressaisi et mis à mort avec le geôlier qui l'avait laissé enfuir. Ahmed gagna la Perse; le pays de Menlesche fut administré comme gouvernement, par Ba- Iaban -Pascha [I42ôj (4). Dans la province de Tekke Osman-ßeg.dusang des anciens princes du pays, soutenu par le prince de Karamanie, vint assiéger le port et Ja forteresse d'Antalia. Firus-Beg, gouverneur de la place pour 1rs Ottomans, venait de mourir ; mais son fils Harosa- Beg accourut de Karahiszar, et comme Osman était tombé malade à lstawros , dans le voisinage d'Antalia, il eut le temps de rassembler
(1) Ducat, i. KUX ,p. HO.
(2) Jbid , J. xxxi . p. 61 . et 1. xn , p. 44.
(3) Nenchri, Fol. 172; Seadeddin , t. u , p 20; Aali, StoUksade, AaschikpaschaJe , dans le manuscrit du Yaùau , p. 238.
des troupes, et de fondre sur l'ennemi ; Osman périt daos l'action, et sa sieur fut emmenée prisonnière. Le prince de Karamani» Mobammed-Beg rompit la paix conclue avec Murad après son avènement au pouvoir, en poursuivant le siège d'Antalia; il fut tué d'un coup de canon. Le commandant de la place fit suspendre a une chaîne au<lessus de la parte le boulet qui avait vengé la violation de la paix, comme un instrument de l'intervention divine. DestroÏ6 fils du prince, Ibrahim put s'échapper et gagner la Karamanie en ramenant le cadavre de son père; les deux autres, Isa-Beg et Ali-rkp. furent envoyés comme prisonniers au .sultan. Murad leur concéda des domaines autour de Sofia , et donna à chacun une de ses saairs pocr épouse. A lbrahim-Beg, il adressa une bannière et un tambour pour l'investir delà karamanie, et il renouvela la paix moyennant la restitution de la partie du pays d'Hamid enlevée par son père (I). Celte portion rendue fut conférée comme gouvernement à l'écuyer tranchant Elwan , qui jadis avait apporté a Amasia la nouvelle de la mort de MohauniKti et avait livré Mustapha ä son frère rl4*6i(*, Ainsi finit la première guerre de fcarainanir qui se renouvela deux fois encore sous le règn* de Murad.
L'exemple de la perfidie avec laquelle Hamsa- Beg, après toute garantie donnée * Pscuuun.i avait fait étrangler ce chef pendant son i*ininieil, avec touie sa famille; cet exemple se erava dans l'esprit des vesirs et de Murad comme une règle de la politique torque , d'autant pta profondément qu'il avait été donité par un des kiommes les plus éminents de I empire. Jurkedsch-Pascha, ancien maître de la cour de Murad, et alors gouverneur datis l'Asie M ioeure, jouissait à ces titres dune si gi ande autorité, que le sultan lui accorda le privUége de feirt frapper a son nom des monnaies, oui rureoi appelées les pièces de Jurkedsch-Pasoua (3). Le cantons autour d' Amasia et de Tukat
(1) Nescbri,fot. 173; Idm, îv* rérHde»Br»d H:Sndfddin, I. it , p. 30; Saolakiadf, fol. 39; Aali, fût. 72; Rau«alul-fcbrar , Hadwhi-Chatfa.
(2) Ne**rf . fol. 173.
(3) ibid., Ulis , v* rédt du riß»« du mttan Mmad ; Seadeddin, dans Bratuw. , Lu, p.33; AaU,f fol. 39.