LIVRE XI
distance de Petrella et de Croja, sur lVEmathus, Stellusia (1), à vingt -cinq milles de Petralba et à cinquante de Croja, située sur une belle et forte montagne du pays dMEmathia , se rendirent sans résistance. Ainsi, à l'exception deSfetigrad, sur la frontière de la Dibra inférieure, toutes les places fortes du pays se trouvaient entre les mains de Skander-Beg . et, en trente jours, ü devint maître de l'Epire, comme le consul romain Anicius, qui, dans le même espace de temps , avait dépouillé le roi illyrien Gentius de ses Etats, et lavait conduit luimême en triomphe à Rome. I.e jour de Noël 2ô décembre 1448] , au moment où Hunyady , après la bataille sur la Sitniza, franchissait, les neiges de rHo?mus, Skander-Beg dérorait «>n triomphe par le baptême de son frère llansa.
Maintenant il appela les princes et seigneurs chrétiens des cantons voisins à une réunion à l.issus (Alessio), port célèbre dans l'histoire romaine à cause des campagnes d'Anicius et de Jules César, situé à distance égale de Croja et de Skutari. A cette assemblée parut Arrianites- Thopia, de la famille Comnène, souverain de l'Albanie méridionale, depuis l'Aous (le Voissa) jusqu'au golfe d'Ambracie, aujourd'hui appelé golfe d'Aria. Sous le règne de Mohammed 1er, Thopia avait acquis une juste renommée par la vaillante défense de son pays contre les Turcs; et , plus tard, ligué avec son voisin Jean Castriota, tandis queMurad marchait en Asie contre IaKaramanie, dans l'F.pireet a Argyropolis il avait appelé les Albanais aux armes; et leur soulèvement n'avait pu être étouffé qu'à grande peine par Turachan. Une manœuvre habile avait tiré de ses embarras le général turc, qui , surprenant les Albanais, alors occupés au siège d Argyropolis sous la conduite de Drepan, avait battu celte armée et saisi le chef; le supplice de plus de mille prisonniers avait ensuite épouvanté le peuple, qui s'était résigné à se courber de nouveau sous le joug ottoman (2). On distingua aussi le frère d'Arrianites, André Thopia. avec ses fils, qui régnait dans l'Albanie septentrionale, jusqu'à Epidamnus ou Durazzo.
(1) Stelluszutn, mir la carte de Pouqueville Stala*si, dans U Dibra inférieure , probablement à la place de l'ancienne Oknea , prè» d'Ochoa ; Esteluuo ,1. xxu.
12) Chalcoodyla» I. v, p. 79.
\ Leur aïeul était Carlo Thopi, qui, nu moment où Jean Castriota, père de Skandcr-Reg, s'était emparé de la domination de TEpire, avait bâti Croja et Petralba (1). On vit venir également Georges Stresi us- Balsch, dont les possessions,
: entre Croja et Lissus, offraient plus d'agrément que d'importance; les lieutenants des familles
i Musachi et Dukagin, dont les noms se sont
j conservés dans les districts du pays; Lucas Za-
I charias, seigneur du château de Hayna; le
j prince Pierre Span, seigneur de Drivasto, heureux dans ses nombreux fils; Etienne Czernovich avec ses fils , seigneur de Montenegro :
j tous ces voisins reconnurent Skander-Beg |tour leur chef, el Arrianites, le premier, lui rendit
i homiifjige, en promettant un tribut annuel. Les autres suivirent son exemple, et ainsi les revenus de Skander-Reg s'élevèrent à 200,000 ducats sans les produils des mines de sel de Cainp'ipescupi, situées au-dessus de Durazzo sur la mer, entre le mont Selita et l'ancienne Petra , aujourd'hui Saint-Nicolas, où César assiégea le sénat romain.
Les (rotipes levées par ces seigneurs d'Kpire réunis sous l'autorité de Skander-Beg s'élevèrent a huit mille cavaliers et sept mille fantassins (2), avec lesquels il se posta dans la Dibra inférieure, à quatre-vingts milles de Croja (3), afin de prévenir le général turc Ali-Pascha , qui arriva ;i la tète de quarante mille hommes.
! Vingt-deux mille Turcs seraient restés sur le champ de bataille, deux mille auraient été pris ,
< vingt-quatre drapeaux enlevés (4), tandis que les Albanais n'auraient perdu qu'une centaine d'hommes ; mais c'est une exagération qu'il faut ranger à part avec les longues harangues prêtées à Skander-Beg par son historien. La campagne contre les Hongrois et l'abdication du sultan laissèrent pour peu de temps Skander-Beg respirer plus librement ; après avoir battu les paschas Finis et Mustapha comme leur devancier Ali, il tourna ses armes contre Venise, qui s'était approprié les domaines du seigneur de Dayna, mort assassiné. Il défit Daniel Juritsch de Scbcnico, général vénitien,
(1) Barleiiu«,fol.23etl5
(2) /</., fol. 27.
(3; /il., fol. 30.
(1i /,!., fol. 32.
mais assiégea vainement Hayna. Etienne Hersek ou duc de Bosnie ravagea les cantons autour de Drivasto comme allié des Vénitiens, tandis qu'Hamsa reprenait le siège de Dayna. L'approche d'une nouvelle armée turque sous Mustapha réduisit Skandcr-Beg à conclure la paix avec les Vénitiens moyennant la cession de Hayna (1). Maintenant les eoips furent frappés sur Mustapha, qui laissa dix-neuf mille morts sur la place. Il ne fut enlevé que soixantedouze prisonniers et quinze drapeaux ; mais dans ce petit nombre de captifs se trouva Mustapha lui-même avec douze officiers supérieurs, pour lesquels furent payés 25,000 ducats de rançon. Pour venger tant de défaites, Murad se mit enfin lui-même en mouvement avec sa grande armée, forte de plus de cent mille homme* (2), voulant d'abord enlever Sfetigrad et Groja. Le 14 mai 1449, il parut devant la première de ces villes, située dans la haute Hobra à l'orient de Croja, et, en même temps, il assiégea Oibra, capitale du pavs inférieur du même nom. Les deux villes ne purent être sauvées , ni par le courage héroïque de Skander- Beg, qui donnait à chaque instant des alertes aux assiégeants, et qui tua le pascha Finis de sa propre main, ni par l'exemple de Parlât, commandant de Hibra, qui, pour triompher de la superstition des habitants, but le premier de l'eau de Tunique puits de la ville souillée par un chien mort (3). lorsque les garnisons croyaient se retirer librement, conformément à la capitulation, selon Baihtius et ses copistes (4). le prince Mohammed se serait opposé au départ des Albanais, par la raison que le cardinal Julien avait invoquée précédemment pour déterminer l'infortuné Wladislaus à violer la paix, que la foi ne devait pas être observée envers les infidèles. Mais, depuis le dernier avènement de son père au trône jusqu'à ce que lui-même ressaisit le pouvoir suprême, Mohammed resta toujours à Magnesia ; la perfidie du jeune prince et la leçon que lui aurait donnée
(1) Bar l«i i us, I. nr, p. 61.
(2) Id., I. iv, fol. 67; Sisnwndi prend I« quarante mille cavalier* pour toute l'armée ; Histoire des républiques italienne* , t. x , p. 199.
(3) Barlelius, 1. v , p. &S.
(4) /'/., fol. 89; Ametlbon , Continuation de l'Hisolre du Bj» Empire, I. xxvu , p. 61.
IMPIRE OTTOMAN.
I son père sont donc des inventions de Hits!» riographe. l a campagne contre Sfetigrad e Dibra coûta, dit Barle ius, trente mille homir*» au sultan 1\ Lorsqu'il fut retourné à Andrinople, Skander-Beg rassembla huit mille guerriers sous ses drapeaux (2\ et assiégea Sfetigxsl [14ô0\ mais sans succès, durant un trois 3 Au printemps de l'année suivante, Murad reparut en personne pour assiéger Croja Skan der-Beg, cédant a la supériorité de« force* ottomanes, se retira sur le mont Tumenistos. '< un mille de Croja (4); Murad campa dans U plaine de Tyana (6), située à l'orient, entr- Croja et Presa, l'ancienne ville de« Parthénte&v Hès le commencement d'avril (6), le» coureur? s'étaient montrés devant la place; Murad luimême parut sous les murailles à la fin do menr mois (7). Il tenta la fidélité dTrakonces. coro mandant de Croja, par l'offre de 2OO.IHÎ0 a> pres et d'un sandsehak (8): ne pouvant l'ébranler, il se mit ä faire fondre des canons : ea quinze jours il en eut dix , dont quatre lac çaient de grosses pierres de six quintaux, t: les six autres des boulets de deux quinfam Les pionniers minîrent les murailles, tarai* que l'artillerie les battait en brèche. De sro cofé, Skander-Beg livrait à l'armée turque ör continuelles attaques; dans une seule actioc plus de huit mille Turcs restèrent sur la platr 9 Après avoir fait une nouvelle tentative sur l; fidélité d'Lrakonles 10 , Murad adressa pk. tard un envoyé à Skander-Beg , qui , une fisses avantages obtenus, se relirait dans les forn du Tumenistos ou dans les plaines, le long A rismos, qui de Presa se dirige vers la mrt L'envoyé Jusuf , accompagné d'habitants oY Hibra, chercha vainement Skander-Bejç sur Tumenistos et sur les bords de rismos ; enfin
(\) RarlrtiuR , I. t, p. 90.
(2) Id., I. vi , t. xcti.
(3) t>« 22 septembre au 26 octobre.
(4) Barletius, 1. vi ,fbl. 100.
(5) Jbid., Pouqueville, I. i , p. 320-328.
(6) Le 5 avril parurent les coureurs ; Barieüns , I. n, fol. 99,
(7] Lp 25 ibid., fol. 100.
(8) Jbid. C'est la première mention de ces émrwet boulets de pien c, dont il existe cucore de semblable* aujourd'hui aux Dardanelles et a Rhodes
(9) Barlelius ,1. ti , fol. 105.
(10) Id., I. vi, fol. 112.
ja le tKMv« dans le ChanipvRouge, à une heure de la rivière. On ne lui demandait que la soumission avec un tribut annuel de 10 000 ou VlXHJ ducat* ; il rejeta toutes les profitions de Murad, qui , malade et humilié, leva le siège et revint à Andrinople.
Pendant l'hiver qui s'écoula entre la conquête de Sfetigrad et le siège de Croja, Murad eut la satisfaction de fixer la succession du trône de lerapire byrantin entre les prétendants A la mort de l'empereur Jean , décédé sans enfant , Démétrius , quoique le plus jeune , étant né suus la pourpre . voulut disputer la couronne à Constantin l'alné. {je protovestiaire Phranzes fut envoyé pour la septième fois connue ambassadeur auprès du sultan, et il obtint plus de succès que dans ses missions précédentes : le sultan accueillit gracieusement la prière du député , qui fut comblé de présents (2), et le septième des Paléologues, le dernier des empereurs Grecs, appelé Constantin comme le premier, moota sur le trône de Byzance par la grâce du sultan , dont le fi's devait trois ans après l'ensevelir sous les ruines de sa capitale. Cette année Murad célébra aussi le mariage de son fils Mohammed avec la princesse de Sulkadr (3). Suleiman-Beg, prince lurlman de ce pays, avait cinq filles ; l'épouse de Chis '-Aga fut envoyée afin d'en choisir une pour l'héritier du trône ottoman, et à la fiancée élue au nom du sultan pour son fils, eUe remit l'anneau, gage de l'alliance. Pour la seconde fois cette dame se mil eo route avec l'ambassadeur nuptial Saridsche- Pascba, afin de ramener la fiancée, qui fut accompagnée par les principaux personnages de sod pays, escortant sa dot jusqu'à Brusa. Les juges, les ulémas , les scheichs vinrent au-devant de la princesse en pompeux cortège ; la noce fut célébrée à Andrinople au milieu de fttes qui se prolongèrent pendant trois mois ( 4) [14501, et Mohammed retourna dans son gouvernement à Magnesia vers la fiu de l'année. Un mois après mourut Murad frappé d'apoplexie au milieu d'un festin, tandis qu'il se livrait au plaisir avec ses favoris dans une lie du
(t) BarlethM, fol. 115.
(2) Phranzea, au commencement du m' livre.
f3) Dans Duras, 1. xxxui , p. 126.
<4) Duca» , 1. xxxm . p. 26 , de la moitié de septembre
la moitié de décembre.