LIVRE XI
droite de l'armée de Hunyady se postèrent les Hongrois et les Szcklrrs; à la gauche, les auxiliaires valaques: au centre, les arbalétriers allemamiset bohémiens, avec les Transylvains. Ce jour là, il n'y eut que des combats singuliers et des escarmouches entre les troupes légères ; ce fut seu'ement le lendemain, \crs midi, que s'engagea l'action générale (! ). Hunyady échelonna son année par trente- huit petites divisions, tandis que Murad fit charger par (fraudes i> asses. «lusqu A la chute du jour, Ton combattit de part et d'autre avec uneégale vaillance et des succès balancés. Hunyady espérait qu'à la nuit l'armée turque se disperserait. Trompé dans son attente, il convoqua un conseil de guerre dans lequel un I ure, au service delà Hongrie, David, fils de Sawedschi , conseilla une attaque nocturne; mais la teniative échoua: les janitschares répondirent au feu de l'ennemi, et restèrent inébranlables contre les charges les plus rudes A la naissmee du jour [18 octobre M48|, la bataille recommença. Tandis que l'aile droite de Hunyady et l'aile gauche de Murad, c'est-à-dire les Hongrois et les Asiatiques, étaient aux prises, les troupes d'Kurope, sous la conduite de Turachan , tournèrent les Hongrois, qui dès lors eurent l ennei; i en tele et à dos. Enfin, la victoire fut décidée par la trahison des Valaques, dont le chef, au milieu de l'action, envoya des députés à Murad, présenta ses conditions par l'entremise dugrand vesir Chalil. puis passa du côté des Ottomans. Vers le soir, Hunyady rallia autour de lui ses guerriers les plus dévoués, ordonna aux Allemands et a l'artillerie de se porter sur le point où se trouvaient Murad et les janitschares ; et [tendant que s'opérait ce mouvement, il prit la fuite. Le lendemain [19 octobre], les Turcs s'élancèrent sur les bagages et l'artillerie (pie les Allemands et les Bohémiens défendirent avec un courage héroïque (2 . Dix-sept mille hommes
de I année de Hunyady restèrent sur le champ de bataille, et parmi eux la Heur de la noblesse hongroise: Murad perdit le double de monde ('S).
(I) Thurocz, Bontinius.
<-) Oplimiet loritwiim panoiium,dit ( halcondyl», ce que le Hongroift Enpel lui-méiue , traduit par les Allemand! et les Bohémiens.
,3 D apres Cbalcondv las , quatre mille , ce qui »icuiöe
La lutte avait duré trois jours :1a plaine de Kossova était couverte de sanglants débris, et les cadavres jetés dans la Sitniza la firent sortir de son lit (1); Hunyady s'échappa par la fuite, comme a la défaite de Warna, etil parvint à traverser le pat s du despote Georges, son ennemi, comme il avait auparavant traversé les États de Drakul. après avoir éprouvé cette fois des aventures romanesques. Les deux désastres de Warna et de Kossova obscurcirent la gloire militaire acquise par les victoires de Transylvanie et de Valaehie, en deçà et au delà de lllœmus. Poussé par sesprea iers succès a une trop grande confiance, sa témérité fut en partie la cause de ses revers. Ix bataillede kossova n'eût pas été perdue, s il avait attendu les secours promis de l'Albanie, que lui amenait Skander-Beg.
Ce contemporain de Hunyady, son rival de gloire, se dresse maintenant dans l'arène. Athlète généreux de la f franchissement des peuples, c'est lui désormais qui va provoquer notre admiration, et qui la fixera durant vingtcinq ans, pendant le reste du règne de Murad, et la première moitié de celui de Mohammed. Georges Castnota, le plus jeune fils de Castriola, seigneur dVEmathia, lorsque l'a triomphante de Murad pénétra pour la première fois en Kpire (3), fut livré comme ùtage avec ses trois frères, pour entrer au service dans le sérail et auprès de la Sublime Porte. Distingué pour la beauté de ses formes, les grâces de sa per.-onne et les qualités de son esprit, il fut circoncis, élevé dans la religion musulmane, et investi d'un sandschak à l'âge de dix-huit ans. Par la valeur qu'il déploya dans plusieurs combats singuliers, et par ses exploits, il gagna la plus haute faveur du sultan , et mérita d être appelé Iskender-Beg (prince Alexandre;, surnom qui lui fut donné, non-seulement à cause du courage héroïque et de l'esprit ardent qui lui faisaient désirer, à Tage de dixhuit ans. d'entreprendre, comme Alexandrede Macédoine, la conquête du monde, mais encore
quarante mille, comme plus baut cent cinquante mille, au lieu de quinze mille ; Eußel, Histoire de Hongrie , p. 140.
( 1 ) Bonfiuiu* , dec. m , I. vu , p. 474. Ci Les 17 , 18. 19 octobre. (3) An de Jcsut-Cbrikt 1423 , non pa* en 1413, < ledit Sismondi, I. x ,p. 190.
parce que l'Épire, sa patrie, avait fourni les phalanges avec lesquelles le fils de Philippe avait dompté l'Asie. Plus tard, la tradition ajouta l'éclat des fictions A la gloire du hfros, et imagina un songe merveilleux de sa mère, lorsqu'elle le portait dans son sein. La princesse servienne Woisava . mère de Skander-Beg, enfanta en rêve un énorme serpent , dont la téte dévorait la Turquie . tandis que la queue battait les flots de la nur Adriatique (1;. Cette fiction des historiens de Skander-Beg, pour jeter plus d'éclat sur la naissance de leur héros, ainsi qu'avaient fait ceux d'Alexandre , de Dschengis-Chan et de Timur. est plus excusable que le récit imaginaire d'exploits accomplis à l'assaut et à la complète de villes d'Asie, qui avaient été conquises longtemps avant sa naissance; tl faut moins la blâmer que les éloges donnés à la perfidie et à la cruauté qui signalèrent les premiers pas de Skander-Beg sur le théâtre de l'Europe. Dans la première bataille de la longue campagne, p rduc par les Turcs, en 1113, Georges Castriota. âgé de vingt-neuf ans, déserta les drapeaux auxquels il avait juré d'être fidèle , à neuf ans comme musulman , a dix-neuf ans en qualité de sandsehak-beg. En menaçant de mort le secrétaire de Murad , il le contraignit à délivrer au commandant de Croja (Akhiszar) un ordre qui lui enjoignît de remettre la place au porteur du message comme à son successeur. L'ordre rédï/.é, le reis-efendi tomba aussitôt sous le cimeterre de Castriota, qui s'échappa heureusement avec son neveu Hainsa (2) 110 novembre 1448 j. Musulman comme lui, celui-ci ne fut baptisé que plus tard.
Sept jours après avoir quitté l'armée turque , Castriota se trouvait avec trois cents partisans, ramassés sur sa roule, à la haute Dibra, c'est-àdire dans les montagnes qui, courant parallèlcmcntàla mer Ionienne, bornent l'Illyrie romaine ou rAlbanieseptentrionale,et s'arrêtent au-dessus de la Dvina qui serpente à leur pied. LA , il laissa dans les bois les trois cents fugitifs et un nombre égal de montagnards de la Dibra . en attendant qu'il eut pris possession de Croja
(1) Rarlet ,t. i.
(2) Dan» Barletiu* et tous ccui qui écrivirent d'après lui , ce nom est écrit Amesa.
dont il leur ouvrirait les portes. La ruse réussit Les six cents partisans furent introduits dr nuit, et massacrèrent, au cri de liberté, la nison turque, plongée dans un sommeil paisible ( 1 ). Quelques-uns seulement, qui parvinrent à se réfugier auprès de Castriota , furent épargnés, et il leur accorda la vie malgré leur rtk* de renoncer à l'islam, que lui-mèmeavait abjuré. L' mmolalion de la garnison de Croja fut k signal du massacre des Turcs dans tous les villages environnants (2). Entre l'extrémité méridionale de la Dibra et la pointe septentrional du Tomoros (3), où la route de Macédoine a Epire se partage pour traverser les deux chines, Castriota posta deux mille hommes: luimême parcourut la Dibra inférieure, c'est-à-dir? la partie septentrionale de la montagne; pui* i se rendit â Croja, où il convoqua en assemWn to::s ses parents cl alliés, maîtres des villes de n pire, afin de délibérer avec eux sur les moyen* d'affranchir le pays tout entier. Là, parurent ses neveux, fils de ses sœurs, ses beatnlïvres, et de tous points accoururent des Kpiroits armés, qui formèrent douze milk hommes. Ses principaux auxiliaires rurvo; Ilamsa et Moses Golenlo. Avec eux il ojdcerta (i la prise des villes encore occupées \a les Turcs, et se mit rapidement â l'œuvre. Muses courut avec trois mille hommes devant P>trella (ô), petite ville que sa situation sur une montagne escarpée rendait imprenable. U garnison accepta la capitulation qu'on lui jura, et s? relira librement. Castriota lui fournit desebcv aux, des vivres, et la fit reconduiresous forleescorte au delà des frontières. Ce bon traitement détermina les garnisons des autres places à uk prompte reddition. Petralba (6i, à une égale
(!) Barclius.p. 11.
(3; Dans Barletiu*, le Tomoros est appelé Mocrew qui doit être Moi eus : avec l'article to , l'on arrive au
nom cUtui I.
tl) Barlelitis , I. u , t. xu.
•j' Id., t. xiv. Petrella ne doit pas être confondu .ivec Petralba (Berat) ni arec Petra ad S.-.\icolaum. va la mer au-dessus de Durazzo.
(Gi Petralba , en turc Arnaud Beißrad , est Tune dfi quatre ville» qui, cbei le* Türe«, portent le nociéf Belj;rjd , savoir : Belgrad en Servie; Alba-.1uba m Siuhlweisztiibiirfî en Hongrie, Ustuni Brignd: Alla Kefjaiig en Transylvanie , el celle dont il est ici question.