‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 121 sur 297 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

»yzantin Constantin-Dragons, et de son frère >émétrius, despote du Péloponèse, pour offrir à itohamnied des compliments de condoléance ur la mort de son père, et le féliciter sur son vénéraient au Irône. Mohammed les reçut graieuseiuent, jura de maintenir la paix comme od père (1), et ajouta encore, s'adressant i l'envoyé de Constantin, la promesse solen ieu> que , pour l'entretien du prince ottoman rchan, petit-fils de Suleîman, alors à Constaninople , il payerait annuellement 300,000 as- >res pris sur les revenus des villes situées le ;>ug du Strymon. On vit encore arriver a Anirinople les ambassadeurs de toutes les puisantes, grandes et petites, avec lesquelles l'empire ottoman avait alors des liaiso ;s par des traités stipulant un protectorat, et des tributs, m assurant la paix. Les députés de Haguse vinrent offrir d'eux-mêmes d élever de 500 ducats cur tribut annuel récemment porté à 1,000(2). «autres envoyés représentants des f'tals tributaires furent ceux de Valachie, des chevaliers île Rhodes, puis des Génois, de Galata, deChios . t de Mitylène ; enfin, dcuxdéputés représentèrent les Hongrois de Hunyady,a\ec esqucls fut fondue une trêve de trois années (3). On ne se résolut à la guerre qu'avec la Karamanie. Ibraiiin-Beg, prince de ce pays, pensant que le jeune seltan, qui deux fois déjà avait été jugé trop faible pour se tenir sur le trône, ne serait l>as encore en état de manier le pouvoir suj»iëine, se flatta, maintenant, de pouvoir ressaisir les cantons qui lui avaient été arrachés sous lerèjjnede Murad. Il envoya dans Kermian, Ai- <iinet Mentesche, des descendants réels ou prétendus des souverains de ces pays, pour en réclamer la possession. Mohammed confia la conduite de la guerre au nouveau gouverneur d'Anatolie, Ishak-Pascha, et courut lui-même pour le trouver sur le théâtre des combats. Arrivé à Akschehr, il vit venir des ambassadeurs de Karamanie pour implorer la paix, et lui offrir la main de la fille du prince. Mohammed se rendit à leurs prières en maintenant une paix sur

;l) Idrid , p. 130. Chalcondyla» parle du traité avec le Jnpotca la fin du «n« livre.

!2 Engel , Hmtoire de fUßuae , p. 175.

;3 Duras, fin de la zum« et commencement de la um«dimoo,p. 131.

terre et sur mer avec tous ses voisins, en Orient comme en Occident.

Ce qui l'avait déterminé A conclure promptement la paix avec la Karamanie, c'était la résolution bien arrêtée dans son esprit de rompre les relations amicales avec Byzance. L'imprudence, l'aveuglement des Byzantins lui firent hâter l'exécutiondeses vastes plans detriomphes et de conquêt es. Pendant la campagne de Karamanie, des envoyés de Constant inople parurent dans son camp jtour se plaindre que la pension promise pour L'rchan ne fût pas payée, et menacer de mettre ce prince en liberté, de l'appuyer comme prétendant au trône, si la Porte ot tomme ne payait pas pour lui le double de ce qui avait été stipulé. Le grand vesir ChalU, ami desGrecs, en raison de son humeur douce et facile, et surtout de son amour pour les présents que cette puissance savait satisfaire, parla ainsi aux envoyés : « O Grecs imprévoyants et insensés ! depuis longtemps j'ai pénétré vos ruses et vos manœuvres trompeuses; le dernier seigneur suprême , de conscience droite et de dispositions affables , était pour vous bienveillant ; mais il n'en est pas ainsi de Mohammed , mou maître actuel ; si Constant inople échappe à son audace bien connue et à son ardente poursuite, je rec nnaitrai que Dieu veut bien meure ne pas abaisser ses regards sur vos vi'es intrigues et vos actes frauduleux. O insensés! les caractères du traité récemment signé sont à peine sèches, et voilà que vous écrivez en Asie pour nous rffrayer par vos fanfaronades accoutumées. Nous ne sommes pas des enfants naïfs « t impuissants. Étes-vous en état de faire quelque chose? eh bien! agissez. Voulez-vous proclamer Urchan souverain de la Thrace? procl.tmez-le. Avez- vous l'intention d'appeler les Hongrois au delà du Danube? qu'ils viennent, fit s-vous disposés à reprendre sur nous les cantons perdus? e>sayez-le. Sachez seulement que rien de tout cela ne peut vous réussir, mais que ce que vous paraissez posséder encore vous sera arraché. Au reste, j'informerai mon maître, et il sera fait selon sa volonté ( 1 ).» Toutefois, Mohammed, qui n'était pas sans inquiétude relativement à L rchan,

(1) Ducat, I. zxziT , p. 132.

craignant que la délivrance de ce prince n'amenât le renouvellement des scènes de Tinterrègne, sentit la nécessité de conclure la paix avec la Karamanie, et de dissimuler ses véritables seni iments envers les envoyés. Il les congédia a\ec des paroles amicales, leur faisant entendre que bientôt il serait lui-même à Andrinople, où ils pourraient lui soumettre tout ce qui concernait l'empereur et la ville, attendu qu'il était prêt à satisfaire ä leurs den andes.

Lorsqu'il approchait de Bru>a, les janitschares accoururent tumultueusement au-devant de lui, réclamant un< gratification. Mohammed étouffa sa colère, et parut ne pas s'inquiéter de ces clameurs. Alors Schahin, le chef des eunuques, et Turachan lui reproduisirent la demande, et reconnaissant la nécessité de raccorder, il attribua aux janitschares une gratification de dix bourses d'or. Ce fut la première largesse d'avènement au trône ; les janitschares l'arrachèrent par la violence, et depuis, sous les règnes suivants, elle fut réclamée et obtenue de la même manière, et toujours élevée de plus en plus, jusqu'à ce que l'épuisement du tré>or I eût fait supprimer. Peu de jours après, le sultan manda l'aga des janitschares, Kasandschi-Thughan(l), devant lui, le maltraita, le frappa du poing au \ isage, lui donna des coups de fouet (2), en partie parce qu'il n'avait pas su maintenir ses troupes dan^ le silence de la soumission , en partie parce que, dans la campagne de Karamanie, il n'avait pas présen é un rôle exact des soldats sous ses ordres (3). Sa place fut donnée à Mustapha-B<-g (4). Ar'.n de prévenir ou d'étouffer la fermentation des troupes, Mohammed incorpoia dans les janitschares sept mille garde-chiens, qui jusqu'alors avai nt été sous le bâton du grand veneur. Il ne conserva que cent garde-chiens et cinq cents fauconniers (5); les autres, devenus janitschares, furent distingués néanmoins par le surnom de segbans ( garde-chiens) (6).

(t) Nesctari, fol. m, dans Cbalcondylas, à la fin du Hrre.

(2) Des soufflets, dit Neschri, des coups de fouet, selon

UD<nfOitd> lav

(3) Cbalcondylas.

(4) Neschri, fol 196.

(5) Cbalcondylas, fin du m» litre,

(6) C'est le nom que portent les janitschares depuis le

| A peine arrivé à Gallipoli, Mohammed ordnurj

I de saisir les revenus des villes du Strymon lias pour l'entretien d'Urchan , et de chasser les Habitants grecs. A rentrée de l'hiver, il fit répi dre des ordres et des circulaires par tooleli Turquie d'Europe et d'Asie, afin de réunirnilk maçons, charpentiers, et rassembler les matriaux nécessaires pour la construction d'an daleau sur la rive européenne, à l'entrée dî Bosphore (1). A cette nouvelle, l'empereur fl la ville, saisis d'effroi, éprouvèrent un prewntimenl de leur fin prochaine. Au lieu de rer> mer la pension promise pour L'rchan, les arcbi+ sadeurs de l'empereur supplièrent au contnitr le sultan de ne pas poursuivre l'élévation de ca forteresse, et d'accepter un tribut. MobamuN leur répondit, en laissant éclater sa foreor « Que les Grecs perfides, ligués avec les Hongrois, avaient voulu, avant la bataille de Wann empêcher sou père de passer en Europe; qur dés lors, Murad avait juré la construction dm château sur la rive européenne; que maintes»! lui-même accomplissait le serment de son père Et qui pourrait l'empêcher de bâtir sur son t«r rain? Allez, ajouta-t-il , allez dire à votre etpereur que le sultan régnant n'est point dans'J même situation que ses devanciers; ce reux-ci ne pouvaient exécuter est pour loi d'à accomplissement facile ; ce qu'ils n'ont pas demande dans leurs vœux, le seigneur actuel If veut fortement. Tout envoyé qui se presemen encore chargé de semblables messages sn écorché vif. »

A la fin de mars [21 mars 1 452 !, on apport» de la chaux de tous les points; les bois de obstruction furent transportés de Nicomédiei* d'Iléraclée sur le Pont; des pierres arrivèrent d'An.tolic. I.es beglerbegs d'Asie et d'Europe, les begs et les ssubasch s , se réunirent «irk rivage oriental du Bosphore , oft le sultan k rendit lui-même d'Andrinople. Kn face du (liteau de Guselhiszar , bâti par B jesid-lldenn sur la cote asiatique, à l'endroit où le Bosphure, se resserrant davantage , ne laisse, cotre le caps opposés , que le faible espace de cirç

soixante- unième jusqu'au quatre-vingt-seinenie ruinent; Administration ottomane , I. n , p. 207.

(I ) Ducas , I. xixiv , p. 133.

(2) Fbranzes, I. m , c. 3 .édition d'Aller, p. S

4 UV»

ides, non loin do lieu oft Androclès de Samos ta le pont Fameux pour le passage de l'armée Tsanc sous Darius , Mohammed avait choisi mp'acement de la construction de la nouvelle rttresse. Là s'élève un promontoire, qui, dans mliquité, portait le nom d'Hcrmaiou, à cause un temple d'Hermès ; c'est de ce point qu'as- $ sur un trône taillé dans le roc , Darius conmpla son armée franchissant la barriè e qui parait l'Asie de I Rurope, et le fait y avait été *avé en lettres assyriennes. l a pointe du cap, ittue sans cesse par les flots de la mer Noire ,

précipitant avec fureur dans le détroit, s'apîlait Rhoodes ou Phonoïdes, à cause de la radilé du courant et du gonflement et du mussement des vagues. A une époque plus reliée eocore, ce point était désigné par le nom ? Pyrrhias-Kyon (le chien rouge) (l), parce )e les flots, en se brisant, retentissaient imme les aboiements d'un chien. C'est là éme, au pied de l'ancien temple d'Hermès, ne Mohammed jeta les fondements de son riteau; suivant l'idée la plus bizarre, il voulut ue l'enceinte des murailles retraçât la figure es lettres arabe; composant le nom de Mo- »mmed; en sorte que là où le trait de l'écriture Hiroait en cercle pour former un ///, la s'éle- «it one tour (2). Ainsi l'ensemble présentait n plan absurde, s'appuya ut sur trois tours, ont deux, l'une contre l'autre, et la troisième , »i est la plus grande, tournant à la mer. La wstruction de la dernière fut confiée par Moammed au grand vesir Chalil-Pascha; les trawx des deux autres furent placés sous la diction de Saridsche-Pascha , blanchi par un emi-siècle de service à la Porte et dans le ttpfn , et au vesir Saganos , qui , au troisième venetnent de Murad 11. comme vesir dévoué « fils, avait été déposé et banni ; maintenant

«tait investi d'une double faveur. Le sultan li-ntfmc se chargea de faire pousser les muaillesqui devaient relier les tours. Mille ma- 0Ds- ayant chacun deux manœuvres, travaiilè- Wl en dehors, et un nombre égal se mit à œuvre dans l'enceinte intérieure ; les ou- Tiro étaient encore assistés par des masses 'Bonnes de fidèles, parmi lesquels se trouvaient

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