LIVRE PI
riva cependant terrible, impitoyable, et le sur- i prit au milieu des jouissances de la débauche et I de l'ivresse des plaisirs grossiers ou s'écoulait son règne. Dès son avènement au trône, il célébra le mariage de sa sœur avec Mclek-Asls, prince d'Alep, qui lui donna sa fille pour épouse, ; et fit prononcer le nom de son gendre dans les i prières publiques. L'hommage du père ne put assurer à la fille les égards de son époux, qui porta exclusivement toutes ses affections sur sa seconde femme, la fille du prince de Géorgie. Son amour pour elle alla si loin, qu'il voulut éterniser le nom de la princesse en le faisant ! empreindre avec le sien sur les monnaies. ! Comme les grands de l'empire s'opposèrent à * cette violation publique des luis fondamentales de l'islam, il imagina une expression symbolique de son idée. Le lion est l image du sultan, le soleil celle de la sultane: au lieu de mef tre son propre profil regardant celui de la princesse, il fit illuminer la tète du lion par les rayons du soleil dont le disque était placé derrière. Les monnaies, avec cette galante application de l'aucien hiéroglyphe astronomique du soleil dans le lion, se sont conservées jusqu'à nos jours (1), et se trouvent entre les antiques médailles persanes représentant le soleil et le lion et la décoration plus récente de l'ordre persan du Soleil , comme monument du moyen âge (2).
La tranquillité du règne de Ghajaszcddin fut d'abord troublée par la révolte des derwischs, sous la conduite d'un certain scheich, Baba- Elias, qui , sous le masque de la sainteté, souleva le peuple. Ses bandes furent dispersées par les troupes du sultan, et Baba fut pris avec lsak , le complice de ses jongleries dévotes et politiques. Mais le vaincu s'empara bientôt de l'esprit du vainqueur, et fit de si grands progrès dans la faveur du sultan que Mewlana-Dschelaleddin et ses compagnons, les pieux scheichs Mewlcwi, s'éloignèrent complètement (3). Dansla septième année du règne de Ghajaszeddin [1243], les Mongols fondirent sur les frontières de Rum. Le sultan les rencontra dans le voisinage d'Er-
(1) Wfiuißnes, Histoire i;én<<al. de« Hunt, l, les décrit, p. 246, et 1. 11,267.
(2) Ousely , xxi , lab!« en cuivre, 27 fijj. (3> Dftcbenabt, p. 207.
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sendschan ; une terreur panique saisit son armée, qui s'enfuit aussitôt. Les Mongols prirent Achluth et Amid ; Kcichosrew se réfugia dans une forteresse , d'où il envoya une ambassade porter au chan sa soumission. C'est ainsi que finit Tindépendance de l'empire des Seldschuks dans l'Asie Mineure. Les émirs, soulevés par la trahison du parricide, l'étranglèrent [12571, et placèrent ensemble sur le trône ses deux fils mineurs, Hokueddin-kilidscharslanet Aseddia- Keikawus, auxquels ensuite Alacddin fut associé dans la souveraineté.
Après la conquête de Bagdad, Rokneddin et Aseddin se rendirent auprès dllolaku pour prendre ses ordres ; il les retint quelque temps auprès de lui, puis les renvoya, instituant comme régent auprès d'eux son vesirSuleiman» Perwane (I). Les frères ne régnèrent ensemble que peu de jours; bientôt Rokneddin s'empara du pouvoir pour lui seul, et Aseddin s'enfuit par Alaje vers Constantinople. Théodore Laskaris, empereur byzantin résidant à Nicée, exposa dans un discours solennel au Scldschuk fugitif les raisons qui lui faisaient désirer son éloignement (2). il trouva moins de faveur encore auprès de Michel Paléologue.qui maria sa fille, la priucesse Marie, jadis fiancée avec llolaku,au frère et successeur de ce prince Abakachan (3). Vainement Aseddin, dont la mère était chrétienne, se montra dans toute occasion tellement disposé au christianisme, que l'historien byzantin Pachymeres se demandes'il n'était pas en effet chrétien (4); en vain il affecta le plus grand respect pour des petites images de saints et des reliques qu'il sollicita du patriarche (5). Les considérations que pouvait faire agir sur un empereur dévoué à la foi du Christ, l'adoption par le prince turc de la religion chrétienne, furent étouffées par la crainte des Mongols. Aseddin fut confiné avec sa famille dans le château d'Ainos, et Michel est justifié de cette violation de l'hospitalité, s'il est vrai, comme le disent les
(t) Lnri et Nescbri ne parlent que du rèjjne collectif d'Aseddiu-KeiLawu*et de Kiliducbarslan , et ne «avent rien de l'adjonci ion prouvée par les monnaies d'Alaeddin-Keikobad â ces princes.
(2) Pacbymeres, vu , 32.
(3) ibitL , m , 24-25.
(4) Ibid. , il, 24.
(5) Ibid. , iv , 5.
historiens seldschukides, sans qu'il en soit nullement question dans les ouvrages byzantins, qu Aseddiu avec son général ßebadir-Ali et son grand écuyer Oghuslibeg ait tramé un complot pour se saisir du trône de Byzance ( 1 ). On aveugla 1 écuyer avec du viuaigre bouillant , le général fut tué, et Aseddin tenu sous une garde rigoureuse, jusqu'à l'apparition de son libérateur Berke-Chan, fils de Tuschi, fils de Dschcngis- Ghan, grand chef des Tatares de kiptschak et de Krimée. Favorisé par la rigueur de l'hiver, Berke-Chan passa le Danube sur la glace, porta ses ravages jusque sous les murs de Constantinople, emmena en Krimée le prince Seldschuk, échappé d'Ainos, traînant en même temps après lui la colonie turque établie sous Saltukdede dans la Tatarie Dobruze, sur le rivage occidental de la mer Noire, unit sa fille avec Aseddiu, auquel il donna en fief les districts de Soldschad et de Sudak. La première épouse d'Aseddin était restée au pouvoir de l'empereur, dans le voisinage d'Ainos, à Karaferia (3), où une porte s'appelle encore aujourd'hui Ana-kapuszi, la porte de la mère ou d'Anna, parce que cette princesse, se trouvant sur la tour près de la porte au moment où lui parvint la fausse nouvelle de la mort de son maître, se précipita par terre et se tuai 1268]. Le fils d' Aseddiu, resté auprès d'elle, reçut, en embrassant la foi chrétienne, le nom de Constantin (3). Cependant le souverain d'Iconium, frère d'Aseddin, Rokneddin - kilidscharslan, sur l'ordre d'Abaka- Chan, avait été étranglé par le régent mongol Perwane 1 1267 J, et à sa place on avait mis sur le trône le fils de Rokneddin, Ghajaszeddin-keichosrew, troisième de ce nom, âgé de quatre ans, pour figurer le représentant du pouvoir suprême (4). Mais la puissance réelle fut placée dans les mains de son beau-père, époux de la veuve du prince étranglé, qui l'exerça durant dix années avec sagesse pour les Mongols, jusqu'à ce que, battu par le sultan d'Egypte kilaun, successeur de Bibar-Bondokdari, il fut soupçonné par Abaka-Chan d'entretenir des intelligences avec son ennemi le sultan, que l'on nom-
(1 ) Dscheuabi , Lul6 , Nochbet.
(2) Karaferia, l'ancienne Beroia. Poy. la Rumili d'EUdschi-Chalfa , p. 8« ; Mannert . vu, p. 516 ; Luifi.
(3) l'acbymeres.
(4) Dscbenabt,p.207.
mait déjà dans les prières publiques à llbestao et Kaiszarije. Le soupçon fut immédiatement suivi du supplice du prince, et aussitôt de grands troubles éclatèrent dans l'empire seldschukide (I).
Mohammed-Beg, fils de Karaman, fondateur de la dynastie des karamans, qui s'éleva des débris de l'empire seldschukide, en même temps que celle des Ottomans, et se maintint durant deux siècles rivale dangereuse de celle-ci, Mohammed-Beg produisit unTurc sorti du peuple comme le fils d'Aseddin mort à Serai en Crimée, et, au nom de ce prétendu prince, il s'empara de la capitale et du gouvernement. Nous aurons ailleurs une occasion plus convenable de parler de la fondation de la puissance des karamans et des principaux souverains de cette dynastie ; qu'il nous suffise de remarquer ici que , pendant cette révolution de cour, Mohammed-karaman introduisit un changement essentiel dans les rôles des impôts ,(2). Ces registres avaient été jusque-là tenus dans tout l'empire seldschukide en persan; Mohammed karaman y mêla le turc avec le persan , et mît en usage la tenue de livres avec les mots confondus des deux langues, d'après laquelle, aujourd'hui encore, sont rédigés les registres de la chambre ottomane avec des termes tout rompus et des caractères qui se croisent et se brisent (3). Invoqué comme protecteur à la fois par les deux princes seldschukides,Gbajazcddinkeichosrew,que le prétendu fils d'Aseddin avait chassé de sa capitale, et par Mesud, le véritable fils d'Aseddin, mort en Crimée, le chan des Mongols, Abaka, envoya contre le Turc usurpateur et son soutien karaman son fils Oghus- Chan{4) et son vesir Fachreddin-Ali-Schah, qui chassèrent l'usurpateur, et tuèrent Mohammed- Beg-karaman, avec tous ses frères. Le chan des Mongols divisa l'empire des Seldschuks entre les deux cousins, en sorte que keichosrew régnait sur la partie occidentale, à lconium, et Mesud sur les contrées de l'Orient, à Ersendschan, Siwas et Malatia (5). Arghun-Cnan fit
(1) Neschri.
(2) Luifi.
(3) Dans la bouche de Lutfl, le savant ßrand vesir, ce renseignement a d'autant plus d'importance.
(4) Neschri.
(5) Lutfi,Nescfari,D»cbenab>.