LIVRE PREMIER
l'Orient, et la mer Caspienne à l'occident; bornée au sud par le Chorasan, au nord par le pays des Turkmans (1). Les habitants , population mélangée (2), se distinguent par des mœurs particulières ; leur langue diffère du turc et du pur persan. (3). Les villes principales sont Kurkendsch ou Dschordschania , sur la rive occidentale, Kat, sur la rive orientale del'Oxus. La première porte aussi le même nom que le pays; c'était la résidence des schahs. Grande est sa renommée comme berceau de nombreux savants , et cependant le village de Samachschar lui dispute la prééminence, pour avoir donné le jour au plus fameux philologue arabe , Samachschari (4).
Barkjarok et Sandschar, les plus grands sultans des Seldschuks persans, curent pour échansons Kutbeddin et son fils Itsif ; le premier fut seulement gouverneur, et l'autre devint bientôt après prince indépendant dans le Chuaresm. Le père de Kotbeddin était le Turc Nuschtegin, l'esclave de réchanson d'un émir seldschuk (5). Itsif eut pourjsuccesseursson fils, son petit-fils et son arrière-petit-fils. Le dernier, Alaeddin Tekesch (6), engagé dans des guerres multipliées à l'intérieur avec des frères et des fils , au dehors avec les Seldschuks de Perse et les souverains du Karachatai , se signala par sa valeur et sa magnanimité , par des exploits et par sort amour pour les sciences. 11 idaca sur ses drapeaux et sur ses tentes le croissant, qui depuis, en Europe, fut regardé comme les armes exclusives des Ottomans (7), mais qui déjà longtemps auparavant, avec l'empreinte du soleil , décorait la couronne des cbosroes de Perse sur leurs monnaies , comme symbole d'un pouvoir s'étendant sur le soleil et sur la lune. Au temps des Seldschuks, la musique militaire jouait aux cinq parties de la prière; Alaeddin Mohammed, fils de Tekesch, maître du Chuaresm, établit qu'elle se ferait
(1) Dschihannuma , p. 345.
(2) Jbid.
(3) Ibid., p. 346.
(4) Jbid.
(5) Déguignet, Histoire gènéal. des Huns , i, 261.
(6) Dan» ses Tables généalogiques, Déguignes rappelle Touksch , dans son Histoire, ni pari., I. xiy, Teketsch. dernier nom est plus exact.
(7) Vor. iwignia Uircica ; Jena- , 1683.
TOM. I
entendre pour ses fils cinq fois comme auparavant , et pour lui seulement deux fois , au lever et au coucher du soleil. Vingt-sept princes devaient battre des tambours avec des baguettes d'or garnies de perles. Ces batteurs de tambour étaient les fils des souverains assujettis des Seldschuks et des Ghurides, les rois de Balch , Bamian, Buchara et leurs fils ; tous les emplois de cour étaient remplis par des rois et des princes (I). Dans l'enivrement de son orgueil , il avait provoqué Dschengis-Chan par le meurtre de marchands mongols à Otrar, et le torrent mongol se répandit sur «es États , au delà et en deçà de l'Oxus sur Otrar et Nedschend , sur Fenaket et Chodschend , sur Samarkand et Buchara, sur le grand et le petit Kurkendsch ou le Chuaresm (2).
Le fils de Mohammed-Schah , Dschelaleddin- Minkberni, le dernier des schab« de Chuaresm, non-seulement poursuivit dans l'Orient contre Dschengis-Chan la guerre qu'il avait héritée de son père , mais encore il mesura ses forces en Occident avec Alaeddin-Keikobad , le plus grand des Seldschuks de Rum. Le neveu d'Alaeddin, son lieutenant à Achlath , s'étant soumis aveesa ville au pouvoir triomphantduschah de Chuaresm, Alaeddin-Keikobad courut avec vingt mille cavaliers, auxquels se joignirent cinq mille hommes de son allié Melek Eschref-Musa, de la famille Éjubid , seigneur de Mésopotamie, et après une des plus sanglantes batailles qui aient signalé les fastes de l'islam , à Niszi- Tschemen, dans le voisinage d'Erdendschan [ 1 229 1 , il reirijjorta une victoire éclatante (3). Quatre ans après [12331, Achlath tomba en son pouvoir (4). Rlclek-Kumil , souverain de l'Égyple, convoqua maintenant ses forces contre Alaeddin ; seize rois vinrent grossir son armée, et néanmoins avec ses troupes innombrables , il se tint seulement sur les rives du Gokszu (du Calycadnus), qui séparait Rum de la Syrie. Le princedeHama, Melek-Mosaffir, fut détaché avec deux mille cinq cents cavaliers au delà de l'Euphrate vers Charpurt. Serré de près par Alaeddin, il capitula, et le sultan le renvoya revêtu
(1) Histoire généal. des Huns, I. ht, p. 278.
(2) Jbid., p. 275.
(3) Dscbenabi, p. 205; Lan, 528; Noctabet, fol. 12t.
(4) Dschenabi.
d'un costume d'Honneur. L'année suivante i rives de l'Oxus aux bord» de la [1234], l'armée égyptienne des rois alliés se ! comme deux siècles plus tard les lettres dispersa , et Alaeddin s'empara de Harran et de | ques furent taansportées du Bosphore sur le Roha. 11 enleva aussi Erseiidschan , Tschemis- | Tibre et 1' Arno. Lechalife Naszir-Li-Dinillah chek et Alaje, ou plutôt l'ancienne Side, aus \ (soutien de la religion pour l'amour de Dieu) environs de laquelle il bâtit la ville d' Alaje qui euvoya comme ambassadeur a Keikobad le plus porte son nom (I), ainsi que kobadije près d'Ersmdschan (2> Passionné pour les grandes constructions, Alaeddin enrichit de mosquées , de cloîtres , d'académies et de caravanserais neuf villes de son empire , parmi lesquelles Sivyaa (3), Amasia (4), Anamur ( 5) et la résidence de konia, qu'il entoura de mu railles.
Afin de protéger ces villes par une sorte de talisman, il demanda une iuscription au plus grand des poètes mystiques , Mcwlana-Dschelaleddin qui, sous son règne, était venu de Buchara avec son père Behaeddin , s'était établi à Rum, d'où il reçut aussitôt le nom deDschelaleddin-Rumi (6), Mewlana (notre maître ou ami ) est le fondateur des der wisch 8 mewlewi. Tun des ordres les plus considérés . florissant encore aujourd'hui dans l'empire ottoman. Le siège et les principales possessions de cet ordre se trouvent à konia , lieu de pèlerinage trèsfréquenté, qui renferme les tombeaux de la famille de DscbelaJeddin, dont le père et le AU partagent avec lui le titre honorifique de sultan daus l'empire de la sainteté, et des connaissances mystiques. Ainsi le père Behaeddin porte le nom de sultan des Ulémas; son fils, celui d'émir sultan ou raewlanar chunka, c'est-à-dire, l'empereur , et son petit-fils , cèlui de sultan weled , ou sultan enfant. lorsque Dschengis- Ghan porta ses ravages sur les pays en deçà et au delà de l'Oxus, les savants, Réchappant des débris fumants de leurs bibliothèques et des académies, s'enfuirent vers l'extrémité occidentale de l'Asie, auprès dekeikobad, cherchant auprès de lui un asile, une protection que le schah de Ghuaresm ne pouvait plus leur accorder; et la littérature persane émigra des
(1 ) Dfcchihannuma , p 01 1.
(2) Nocbbetet-Tevarich , fol. 122.
(3) Ibid.
(1) DsrhitownUDUl . p, 62Ü.
(5) Caramania de Beau fori , p. 19G.
(Ö) fcur Lfccbclaleddio-Hurai voy. I HUtoire de la rhétorique persane, p. 103.
grand légiste de son temps , Suurwerdi, qui lui remit un diplôme du chalife, avec le litre d'honneur de grand sultan. Quinze mille cavaliers tous ulémas ou scheichs allèrent au-devant de Sehehabeddin , et le savant ambassadeur, par amour pour la science, ou en reconnaissance de tels honneurs, revit un ouvrage fameux sur l'Éthique, dédié par le scheich Nedsch-Meddiu au sultan Alaeddin (1). Ce puissant souverain mérita les hommages que lui rendaient les savants, par la protection dont il les couvrit , et par l'amour avec lequel lui-même cultivait les sciences. Il divisait la nuit comme le jour en trois parties bien réglées. Une portion du jour était consacrée aux affaires du gouvernement, une autre A des entretiens avec les savants et les scheichs , la troisième à l'élude de l'histoire. 11 n'accordait qu'un tiers de la nuit au sommeil; le reste était employé à des exercices de piété et à la lecture d'ouvrages de morale. Ses deux grands modèles étaient Mahmud-Le-Ghasnewide , comme conquérant, et kabus,Als de Weschmgir, comme prince noble, éclairé. Il réussit à réunir leur double mérite, et les nombreux monuments de son amour pour les arts et les sciences, comme l'élenducde son empire, témoignent de sa grandeur et de sa puissance. Dix-sept ans il fut le plus grand et le plus heureux des souverains Seldschuks; le malheur ne le frappa que dans sa mort. Il périt dans le palais qu'il avait élevé près d'Erserum , et qui de son nom fut appelé kobadije [1237j , empoisonné par son propre fils (2).
Ce fils était Ghajaszeddin-Keiohosrcw, second de ce nom. Si la vengeance de son crime monstrueux ne l'atteignit pas aussi rapidement que d'autres parricides dont les noms souillent l'histoire des chosroes et des cbalifcs, elle ar-
(1) Mirmadolibad, e'est-à-dire, obMTTî par ks »»i viieur* de Dieu. Idrls, p. 20.
(2) Dscbeoabi, p. 207] Uri, p. 620; Nocbbetet. , fol. 122«.