LIVRE XII
m monceau de morts, à ses brodequins de , lavilleàmerci.etenmèmeterapsd'annonceraux
lourpre , sur lesquels étaient brodés des aigles l'or (1). Sur la place d' Augusteon , Constantin vait jadis érigé une colonne en l'honneur de a mère Hélène; à la statue d'Hélène, l'empeeur Théodose avait substitué la sienne, du »ids de sept quintaux, en argent, posée sur
habitants l'ordre du sultan de se tenir sans mouvement, etdene pas se hasarder à monter sur les vaisseaux impériaux qui seraient conduitsà Galata (1). Lorsque les bâtiments s'approchèrent , la m.tsse du peupte se précipita néanmoins de ce coté, et, pourtorfaire retirer, les Turcs im-
me colonne de plomb: l'empereur Justinien ' molèrent quelques hommes. Les Grecs qui n'a-
emplaça la colonne de plomb par une colonne vaient pas encore été réduits en esclavage fin
le porphyre , et il employa les sept quintaux de a statue d'argent à se faire fondre une statue l'airain, qui le représentait supportant le globe tu monde avec la croix dans la main gauche, tendant la droite en menaçant vers l'Orient tour annoncer la domination de l'empereur sur ette partie du monde (2). C'est là que fut dantée la tète de Constantin (3). Par une irolic cruelle adressée au geste menaçant de l'anieone statue, la tète du dernier empereur p*ec était sous les pieds mêmes du cheval de ustinienle triomphateur, qui défendait, comme edit Procope, aux ennemis de l'empire, arrivât de l'Orient , de s'avancer plus loin. Et l'on •ait que le vœu adressé aux vainqueurs dans Orient était celui-ci : «Que les tètes de leurs "unenm roulent sous les pieds de leurs cheuui (4)b Durant tout le jour la dépouille sanglante resta ainsi exposée ; le soir on enleva la Mandela tête, et le crâne fut envoyé dansles villes viatiques . comme un trophée de la victoire (5). uusi que la tète du malheureux Ladislaus avait adls été envoyée à Brusa , après la bataille de Warna. On permit aux Grecs d'ensevelir le *>rps (6).
Le sort deGalata fut bien différent de celui fe Constantinople. Ce faubourg de la capitale, entouré de fortes murailles, placé sous le pouvoir des Génois, dont les flottes couvraient alors a mer, et dont les soldats avaient aidé à la léfensede la ville, négocia avec Mohammed, par entremise de son beau-frère et vesir Saganos- Pascha, après le triomphe des Turcs; en offrant '»dement les clefs, Galata demanda d'être épargnée, «l'obtint. Saganos fut chargé de recevoir
;1) Pbranze«, I. m, c.9 , p. c-4.
<2j Consuotinople et le Bosphore , 1. 1, p. 151 à 153.
i3j ftKM.CU.p. 169.
(1) Morier'«, firw journey, p. 9i.
(3; Ducas , c. xt , p. I&L («)Pbraoze»,l.iii,c.9,p. 61.
rent emmenés à Galata. où il» restèrent en liberté; Notants, le dernier grand duc de l'empire byzantin, reçut la permission de continuer d'habiter son palais dans la ville. Le lendemain, mercredi , 30 mai , Mohammed traversa la ville à cheval, et se rendit droit au palais du grand duc. Notaras sortit au-devant de lui, se jeta à ses pieds , et lui montra ses trésors, en ajoutant qu'il avait gardé tout cela pour le sultan. «Qui donc, demanda Mohammed, a remis ces trésors et la ville entre mes mains? — Dieu, répondit Notaras. — Eh bien, reprit Mohammed , c'est donc à Dieu et non pas à toi que j'en suis redevable. » Malgré la rudesse de ce langage, Mohammed se rendit auprès du lit de douleur de la grande duchesse, lui adressa des paroles de consolation , l'engagea à soigner sa santé , se fit présenter les fils de Notaras, qui se jetèrent à ses pieds, et parcourut ensuite la ville. Elle était désolée : les rues étaient désertes , les maisons vides ; quelques maraudeurs erraient encore çà et là, cherchant les restes échappés au pillage, et fouillant partout avec leurs poignards. Après avoir visité la plus grande partie de la cité , le sultan entra dans le palais impérial , et en traversant toutes les salles désertes, il cita un vers persan qui s'appliquait, avec une triste vérité, à ce spectacle de la grandeur tombée. Non loin du palais fut préparé un festin splendide dans lequel Mohammed s'abandonna sans réserve au plaisir du vin. A demi plongé dans l'ivresse, il ordonna au chef des eunuques (2) de lui amener le plus jeune fils de Notaras , âgé seulement de quatorze ans, dont la beauté l'avait enflammé. Le père, désespéré, répondit au messager du tyran qu'il ne livrerait jamais de plein
(1) Duca». c. xMix , p. 167.
xl , p. 171- dans Chalcondylas c'est
; [-2, Jbtd., 1.
I l'érhanson qui es
e»! envoyé au lien de IVunuqiie.
gré son fils à de telles souillures , et que l'on pouvait plutôt lui envoyer le bourreau. L'eunuque revint avec cette réponse , et Moliammed envoya le bourreau pour lui amener Notaras et toute sa famille. I<e malheureux vint avec ses fils et Cantacuzène. Le bourreau les laissa sur le seuil, à l'exception de l'objet des désirs du sultan, qui fut conduit comme une victime offorte à sa luxure, et aux autres il apporta la sentence de mort. Dans ce moment, Notaras retrouva l'élévation d'âme et d'esprit qu'il avait perdue, exhorta ses enfants à mourir en chrétiens, et termina par ces paroles :« Tu es juste, o Seigneur ! » Les fils furent décapités sous les yeux de leur père; il pria le bourreau de lui laisser quelques instants pour la prière, qu'il alla faire dans la chapelle voisine, puis il présenta la tète . et son corps tomba sur les cadavres encore chauds et saignants de ses fils. I^urs restes dépouillés furent jetés dehors, et demeurèrent sans sépulture. I.es tètes furent présentées au tyran dans la salle du festin (1). I<a férocité naturelle de Mohammed fut encore enflammée par un étranger dont il aimait éperdument la fille, et , pour lui plaire, il ordonna le supplice de tous les Grecs auxquels il avait accordé la vie le jour précédent. Ils furent exécutés sur le Xerolophos, au pied de la colonne d'Arcadius ( aujourd'hui Awret - Basari , le marché aux femmes); le baile vénitien et le consul espagnol, avec leurs fils, ne furent pas exceptés. Contareno, et dix autres nobles vénitiens auraient subi le même sort, s'ils n'avaient trouvé les moyens de racheter leur vie en donnant 7,000 ducats à Saganos -Pascha (2). Le cardinal Isidore avait été vendu comme esclave et transporté à Galata,d'où il parvint à s'échapper sur uu vaisseau , et il déposa sa douleur sur la conquête de la capitale de l'empire byzantin dans une triste complainte qui est parvenue jusqu'à nous. Phranzes, le protovestiaire, l'historien, devint l'esclave du grand écuyer du sultan, avec toute sa famille. Il réussit à s'échapper et à gagner le Péloponèse avec son épouse; quant à son fils et ä sa fille, le grand écuyer dut les céder pour le harem du
(1) Ducat , l. xl, p. 172.
{'2) Leonardu« Cbieo»i*.
sultan (1). Les plus beaux des jeunes garçow, les plus séduisantes des jeunes filles fuma choisis pour les distractions de Mohammed :k reste fut poussé en masse sur l'Asie et Andnnople (2). Tel fut le destin des Grecs qui tù vaient pas eu le courage de mourir dans la defense de leur capitale, en tombant nobkmai. comme le savant Théophile Paléologue, If violant .Dalmate Jean, comme don Francisco dt Tolède, qui combattirent en lions autour dtk personne de l'empereur, et qui le couvrira: de leurs corps au milieu de la lutte et lorsqsl fut mort (3). Les Candiotes s'étaient aussi ngoureusement maintenus du côté du port, «dût les tours des empereurs Léon et Alexis , josquf vers le milieu du jour , au moment où les d«i Génois, Paolo et Troilo Bochiardi, voyaniti ville emportée, et les Turcs sur leurs derrièr* cherchèrent leur propre sûreté en se retinï sur Galata (4). Giustiniani, qui le premier ans quitté la personne de l'empereur, etatodonné les murs en reculant devant unes glorieuse, mourut bientôt après de boote« de regrets, ou peut-être de ses blessures ;ô;
Mohammed ne perdit pas de temps pu achever l'œuvre de la conquête , et le trois** jour après la prise d'assaut, il fit partir fanai et la flotte, voulant se livrer avec calme Jb méditation de ses vastes plans. Tels sont b traits avec lesquels l'historien Ducas a peu" le départ de la flotte chargée de butin (6'.« ^ troisième jour après la prise de la ville, M*hammed ordonna que la flotte regagnai k contrées et les villes qui l'avaient fournie: t* était chargée jusqu'à s'enfoncer, et qœlf^ gement! vêtements précieux, vaisselle d or « d'argent, vases d airain, d'éta in; jhûuûb«* prêtres etlaïCs, moines et religieuses; tu** vaisseaux étaient encombrés. Les tente* * camp étaient pleines de captifs et de 1#3 comme celui qui vient d'être décrit. Au œifcfl des barbares, l'un se revêtait du cosuffl** cerdotal , un autre menait des chiens accon^
(1) Phranzes, I . H- ,-
(2) Ducas, l.xi. p. 172.
(3) Pbranu» ,1. IU , C. 7 , p. 63.
(4) /bld., p. 8.
(5) Phranzes , 1. m, c. 7 , p. 63.
(6) Ducas, I. il f p. 176.
L1VRK Xll.
: des ceintures d'or ; on voyait des tentures les d'or servir de housse de cheval. Ils igeaient dans les vases sacrés ; ils se vernt le vin à grands flots dans les calices, amas énormes de livres furent chargés sur
voitures, et transportés en Orient et en ident ; pour une pièce de monnaie on ven-
dix volumes d'Aristote, de Platon, des théocns et d'autres auteurs. Us arrachèrent les rraes dorures qui ornaient les Évangiles , dirent cet or , et jetèrent ensuite les voes. Les images des saints furent livrées aux unes, et du feu ils faisaient cuire leurs ali-
QlS.»
a destruction étant accomplie , le quatrième r furent prises déjà des mesures pour répa-
rer, reconstruire et repeupler. Ces travaux vont ouvrir la seconde période de cette histoire, dont la première vient d'atteindre son ternie par la conquête de Constant inoplc. Nous avons vu le premier àgc de l'empire ottoman , son enfance , le développement des forces de sa jeunesse durant un espace de cent cinquante ans, sous sept souverains , dont le génie, en harmonie avec celui du fondateur des Ottomans, agrandit , affermit la domination , suivant les mêmes idées de conquêtes. Par la destruction de l'empire de Byzance, élevé depuis mille ans , et parla prise de la capitale, la puissance ottomane, qui ne compte que cent cinquante ans d'existence , fut affermie en Europe pour plusieurs siècles.