‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 136 sur 297 · LIVRE XI 11. 25t · texte numérisé non relu

LIVRE XI 11. 25t

tin. 11 laissa Firus-Beg (\) avec trente-deux mille hommes, à Krussovaz, sur la Morava, pour faire téte à l'armée confédéré de Hongrois et de Serviens, réunie sous les ordres de Hunyady et de Georges. Ces deux chefs battirent Firus-Beg , le firent prisonnier lui-même, puis, s'avançant au delà dePirota et de Widin, ravagèrent le pays et investirent ces deux villes. Pour arrêter leurs progrès, Mohammed se campa entre Pirota et Sophia (2). Mais Hunyady étant revenu en triomphe par Belgrad, et Georges offrant le tribut annuel de 30,000 ducats, Mohammed conclut la paix a cette condition [ 18 avril 1464 ], et partit pour Constant!nople (3). 11 venait aussi d'arrêter la paix avec Venise, par l'entremise de Marcello, ambassadeur de la république; la liberté de commerce avait été accordée aux marchands des deux nations ; le duc de Naxos avait été compris dans le traité , comme vassal de Venise : le tribut pour les possessions vénitiennes en Albanie avait été porté au même taux que sous Murad II, et la république avait obtenu le droit d'entretenir un baile pour la protection de ses sujets à Constantinople (4).

Apres avoir ainsi rétabli la paix , Mohammed s'était occupé aussitôt des moyens d'embellir la nouvelle capitale de l'empire, et de fortifier le gouverne ii en t intérieur. 11 jeta les fondements de la mosquée d'ßjub à l'endroit où, pendant le siège , le tombeau de ce compagnon d'armes du prophète avait été trouvé si heureusement, et sur l'ancien forum de Théodose (5) il éleva les murs du vieux sérail , destiné a devenir sa résidence. Les plus fameux couvents de la capitale étaient déjà peuplés de Tores; dans celui de l'arsenal, à la pointe du

{ 1] Firns nt appelé par Hunyady [ dan» son rapport à r empereur , inséré dans Katona, t. xnt , p. 964 ) Kertrz- Brg ; Thurocx (dan* 1« même, p. 900 ) lai donne aussi nom. Les rapport» de Hunyady et de Thurocz sont mwplétetneDt d'accord avec Idris , (Seschri et Alii.

(2) Rapport de Hunyady adressé a Mandoralba ; Katona, p. 965.

(3) Enget , Histoire de Sertie, p 408; d'après Duras, c iui , p. 179.

(4) Laugier, Histoire de Venise , I. vu , p. 99 ; Marin. , 1 »i , p. 283 et Mouradjea d'Obwoo 6* édil., tu* part., p 44.

(*) Constant! nople et le Bosphore, 1. 1 , p. 322; Idris fol. 88.

sérail actuel, s'étaient logés des derwischs ; des foulons et des savetiers s'étaient mis en possession de celui du Pantocrator (1). Après une vacance de plus d'une année de la plus haute dignité de l'empire, dont on ne trouve plus d'autre exemple dans l'histoire des Ottomans , le sultan nomma un nouveau grand vesir, Mahmud- Pascha, d'origine servienne, par sa mûre, et grecque, par son père, qui, enlevé jeune garçon sur la route de Novoberda à Semendra , avait été employé comme page du sérail, s'était acquis la faveur particulière de Mohammed , était devenu son favori , et , après son avènement au trône, avait été investi du gouvernement de la Rumili (2).

Au printemps de 1455, Isa-Beg, fils dlshak- Beg , commandant turc de la frontière, envoya un rapport dans lequel il démontrait qu'il serait facile de pénétrer en Servie, et de s'y établir victorieusement. Aussitôt Mohammed passa l'armée en revue dans la plaine d'Andrinople , manda les paschas devant lui, puis il se mit en marche avec eux , et alla camper a l'occident d'Uskub , au-dessous des montagnes de Karatova, fameuses par leurs mines d'argent (3). Dans le conseil de guerre tenu en ce lieu, il fut résolu de sommer Novoberda, la plus riche et la plus forte ville de Servie. On a déjà raconté plus haut(4)comment, vingthuit ans auparavant , Ishak-Beg , fils d'Ewrenos, père du commandant actuel de la frontière de Servie, excita le sultan Murad à la conquête de celte pince , et comment, après la chute de Semendra , elle tomba entre les mains des Ottomans. Comme elle était rentrée depuis sous le pouvoir du despote , le fils d'Ishak-Beg, Isa, voulut , par la nouvelle conquête de Novoberda, gagner la faveur de Mohammed, comme son père avait acquis celle de Murad par la première proposition. 11 somma le commandani de rendre la ville au sultan, auquel elle appar-

(t) Ducas , c. TLii , p. 179.

(2) Les biographies des tesirs, parOsmansadé-Efendi, se trompent en prenant Mabntud pour un Croate d'origine. Chalcoridylas , I. vor , p. 137 , dit : Materno génère Tryballus, paieruo génère Graecus erat.

(3; Hadschi-( haifa , Rumili, p. 02.

(4' Dans le ** liv. , an de Jésus- Christ i 438 , él aussi dans le ti'.tl est question deJ mineurs de ftotobériH, qui furent employés aux mines des sièges.

tenait , parce qne le dernier despote de Servie , Lazare, n'avait pas laissé de fils. Le commandant répondit qu'il avait laissé une fille, mariée au souverain de Bosnie, qui était l'héritier naturel de Lazare. Irrité du refus, Mohammed investit la ville , qui fut caoonnée pendant huit jours, puis emportée d'assaut au commencement de juin 1455. [.es immenses trésors qui s'y trouvaient entassés furent partagés entre les vainqueurs , et l'on installa dans Novoberda un beg, un juge, et un commandant de la forteresse. Trepdschia etTaschhiszar tombèrent avec leurs richesses entre les mains du vainqueur, qui descendit ensuite dans la plaine deKossova, célèbre déjà par deux glorieuses victoires. Li, en souvenir de son ancêtre, Murad Ier, qui avait vu s'évanouir le fruit de son triomphe en tombant sous le poignard de Misloch, il distribua de riches présents aux coureurs, puis, accompagné seulement de son escorte personnelle, il regagna Consta ntinople par Andrinople, et s'abandonna aux jouissances de l'amour et du vin.

Mohammed voulait être plus près de sa flotte, qui alors croisait dans l'Archipel, et qui fit diverses entreprises contre Chios et l^esbos, Cos et Rhodes. Ces hostilités avaient suivi la déclaration de guerre du grand maître de Rhodes. Avant même que Mohammed entrât en campagne contre Novoberda, des chevaliers de Saint-Jean avaient paru à Andrinople , comme envoyés du grand maître, apportant de riches présents pour solliciter un traité, en vertu duquel la liberté du commerce aurait été accordée à leur ordre sur les côtes de Carie et de Lycie , aux Turcs, dans l'Ile de Rhodes. Comme les vesirs exigeaient un tribut, ainsi que le payaient les autres villes de l'Archipel , Chios, Lesbos, Lemnos, lmbros, les envoyés répondirent qu'ils n'avaient pas reçu des pouvoirs pour y consentir, et qu'un envoyé turc pouvait revenir avec eux à cet effet. L'un des premiers dignitaires de la cour les accompagna , et , sur la demande d'un tribut produite par cet envoyé, le grand maître répondit que l'ordre était soumis au pape, qui leur défendait depayer tribut, non-seulement à des princes attachés à une religion différente , mais encore aux rois et aux États chrétiens; qu'il était prêt à envoyer tous les ans des ambassadeurs avec des présents, en témoi-

gnage de sa déférence, mais que si le sultan n'était pas satisfait de cette sorte d'hommage, il pouvait faire comme bon lui semblerait. A cette nouvelle, Mohammed déclara aussitôt Ii guerre aux chevaliers de Rhodes, et trente vaisseaux, quittant les côtes de Carie, commencèrent de suite les hostilités, firent des descentes sur Rhodes et sur Cos, et emmenèrent du bulin et des prisonniers. En même temp fut équipée uue grande flotte: il y avait vingtcinq bâtiments à trois rangs de rames, cinquante à deux rangs, plus de cent à un senl rang, en tout cent quatre-vingts voiles. Aussitôt après la chute de Novoberda , cette floHf vint se ranger â Gallipoli , sous le commandVment supérieur d'Hamsa ; ensuite . au lieu de cingler vers Hhodes, elle se dirigea d'abord sur Lesbos ( 1 ). Elle u'entra pas dans le port , et jeta l'ancre devant la rade. Catelusio, duc géoob de Lesbos, envoya l'historien Ducas a bord avec les présents d'usage : il y avait huit vé- I tements de soie, six mille florins d'argent, vingt bœufs, cinquante moutons, huit cents mesures de vin , du pain et du biscuit ; plus de dis quintaux de fromage , et une grande quantité de rafraîchissements pour les équipages. Aprfc un séjour de quarante-huit heures , la flotte fit voile pour Chios ; mais là il n'y eut ni témoignages d'honneur, ni présents. On était en eût d'irritation contre le sultan, car, peu de temp auparavant, il avait réclamé, au nom de François Draperde Galata, quarante mille ducats pour le prix d'alun fourni à Chios par ce négociant ; maintenant il faisait reproduire cette demande par son amiral Hamsa , qui avait Dra per à son bord (2), et, en cas de refus. M était menacée de dévastation. Hamsa lui l'ordiv du sultan aux députés de l'île, qui nièrent Ii dette, et déclarèrent ne vouloir rien payer. Comme Hamsa ne pouvait ni forcer le port, protégé par plus de vingt vaisseaux bien arme*, ni emporter la ville, défendue par un doobk fossé de trois toises de profondeur, et une nombreuse et vaillante garnison italienne, il » contenta de dévaster les vignes et les jardins

(1) Ducas, c. xliii, p. 181.

(2) C'est de mie ancienne famille génoise qw rf gltse des Franciscains, à Péra, porte encore aujoanTs* le nom de S.-Maria adraneris.

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