‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 137 sur 297 · LIVRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII

itix alentours, et proposa ensuite aux gouverleurs de l'Ile d envoyer à bord deux hommes jraves choisis parmi eux pour conférer avec )raper. Après avoir reçu un sauf-conduit , ils învoyèrenl un vieillard et un jeune homme de a famille kyrikos-Justini (1). En se rendant sur e rivage, le soupçon leurvint que les Turcs, aux jeux desquels la violation de la roi jurée était •use de guerre ou même action louable (2), pourraient bien les emmener , et ils firent tourner bride à leurs chevaux ; mais les maraudeurs •épandus dans les vignes et les jardins leur errèrent le passage, et les Francs qui servaient l'escorte aux envoyés ayant pris la fuite à la première décharge des Turcs, le vieillard et le jeune homme furent entraînés de force sur la Holte, qui aussitôt leva l'ancre et fit voile pour Rhodes. Le port et la ville, qui présentaient des ouvrages beaucoup plus formidables qu'à Chios. ne permettaient pas de songer à une attaque sérieuse; Hamsa se dirigea donc vers Cos, avec sa flotte. Le chef-lieu de File était dévasté ; quelques vieil lards et quelques femmes, restés parmi les ruines, déclarèrent que les habitants et les chevaliers s'étaient retirés dans la fbrteressede Racheîa ; on les prit à bord , et l'on fit route sur le fort. François Draper le somma de se rendre; on répondit à coups de canon. Hamsa s'arrêta là durant vingt-deux jours, tentant d'escalader, essayant le jeu de ses machines; et voyant lesénorroesravagesque faisaient parmi son monde l'artillerie ennemie et les dyssenteries, il finit par lever le siège. En revenant, il voulut s'entendre avec kyrikos sur une ambassadede l'Ile de Chiosau sultan, pourraccommoderoentdesdifférends. Kyrikos et les régents de Chios se trouvèrent disposés à cette démarche ; mais tandis qu'Hamsa se tenait à l'ancre devant le port, attendant la députât ion, un accident malheureux provoqua de nouveaux troubles. Au mépris des ordres de l'amiral , qui avait défendu à ses équipages d'aller à terre, quelques Turcs ivres sautèrent à la mer , et gagnèrent Hie à la nage. L'un d'eux monta sur le toit d'une église, et se mit à jeter des tuiles par

0) Ce Kyrikoc ne doit pas être confondu avec Kyrilo« ou Kyriako* , frère du duc de Letbos (Chalcondylas, Up. 165).

(4 Duca», l. nw,p. 181.

terre. Un Latin le frappa, et aussitôt, par un soulèvement général, Latins et Grecs , armés de bâtons et de sabres, tombèrent sur les Turcs qui accouraient à la défense de leur camarade. Les Turcs se pressèrent vers le rivage pour atteindrela galère d'Hamsa; les Grecs et les Latins les poursuivirent, et se précipitèrent pèle-mèle avec les fuyards sur la galère qui, s'enfonçant sous le poids toujours croissant , engloutit avec elle innocents et coupables. Les archontes de l'Ile apaisèrent Hamsa, qui était naturellement d'un humeur douce et facile, en lui payant le double du prix de la galère , ainsi que des effets et des esclaves qui avaient péri avec elle. L'amiral satisfait leva l'ancre, et fit voile pour Lesbos. L'historien Ducas , sur l'ordre du duc , lui apporta un somptueux repas à bord, et le festin achevé, les Turcs partirent et regagnèrent Gallipoli , après une absence de deux mois. Lorsqu'il parut dans le palais d'Andrinople, le sultan irrité l'accueillit par ces paroles: «Si tu n'avais pas été si cher à mon père , je te ferais écorcher vif, » et il le chassa aussitôt de sa présence, sans vouloir entendre aucun rapport. Ayant appris ensuite la perte de la galère, il fil rappeler l'amiral : «Hamsa, où est la galère coulée bas par les gens de Chios? — Elle est au fond de la mer. — Et comment?» Alors Hamsa raconta l'acte d'indiscipline de ses soldats, exposant que les Tu res qui s'étaient rendus à terre au mépris de sesordres avaient trouvé une mort méritée , sans que la faute en fût aux insulaires de Chios. Mohammed se tournant vers François Draper, qui assistait à cette scène, lui dit : o Je prends pour mon compte ta créance de 40,000 ducats , et j'en exigerai le double en expiation de la mort des Turcs qu ont été noyés. » Draper baisa la main du sultan, Hamsa descendit du poste d'amiral à celui de gouverneur de Satalia , et la guerre futdéclaréeà Chios (1) [30 juin 1466].

Cependant Gatelusio , seigneur de Lesbos , étant mort à Lemnos , et un mois après l'historien Ducas fut envoyé, par le nouveau prince Nicolas à Andrinople, à l'effet de déposer à la porte du sultan le tribut annuel de 30,000 ducats pour Lesbos et 26,000 pour Lemnos. Le

(I) Duca*,l xuv,p.l85-187.

seigneur d*Ainos paya de la même manière 2,000 ducats pour la possession de l'île dlmbros. Ducas, admis à l'audience, s'assit , suivant le cérémonial de cette époque, devant le sultan, tandis que celui-ci prenait son repas, puis il déposa le tribut. I>es veairs s'informèrtnt de la santé de l'ancien prince de Lesbos, et ne voulurent pas reconnaître le nouveau avant qu'il eût paru en personne à la Porte. Ducas retourna à Lesbos, et revint ensuite avec le souverain de l'Ile et quelques-uns des principaux habitants, et ils se mirent à la recherche du sultan, qui alors, à cause des ravages de la peste, changeait continuellement de résidence. Après avoir suivi ses traces d'Audrinople à Philippopolis et Sophia, ils le rencontrèrent enfiu au défilé d'islati, où il campait au milieu des montagnes. Après avoir offert des présents au Ijrand vesir Mahmud- Pascha, et au second vesir Sidi- A med- Pascha, le prince de Lesbos baisa la main du sultan, et fut aussitôt congédié. Puis les vesirs lui demandèrent, au nom de leur maître, 1 lie de Tbasos, et le double du tribut annuel payé jusqu'alors pour Lesbos. Sur ('observation qu'il serait impossible de lever d'aussi fortes sommes, le. sultan voulut bien enfin se contenter d'une augmentation d'un tiers; le traité fut rédigé pour 3,000 ducats. Le prince fut revêtu du kaftan bordé d'or, Ducas du kaftan de soie, ainsi que le reste du cortège, et aussitôt les Iraniens repartirent ( l ). La flotte de vingt vaisseaux, dont moitié à trois rangs, et moitié à deux rangs de rames, équipée contre Cbius , avait pris la mer, sous le commandement du nouvel amiral et beg de Gallipoli, le beau favori Junis-Pascha. Assailli par une tempête sur la côte de Troie , elle perdit sept bâtiments; la galère amirale fut poussée seule dans les eaux de Ghios; les douze autres relâchèrent dans le port de Mitylène. Junis-Pascba rencontra, à la hauteur de Chios, une galère lesbienne qui avait été envoyée, par le frère du prince de Lesbos, à la reconnaissance des pirates catalans. Car , indépendamment du tribut, le seigneur de Lesbos était obligé de surveiller les eaux de l'Archipel, et le long de la cote asiatique , depuis la ville d'A^sos, où se trouve aujourd uu i

(1> Dura«. 1. xi.it , p. 1*5-1*7.

flairam, jusqu'à l'embouchure duGafcas,rt devait rendre compte a l'amiral de tout ce qui se passait dans ces parages. Junis-Pascha douta la chasse à cette galère , sur laquelle se trouvait une riche grecque de Chios, belle-nwt du prince de Lesbos, la poursuivit jusque du» le port de Mitylène , et la réclama comme m prise, quoiqu'elle eût été employée poarit service même de la Porte. Junis-Pascha memo, en cas de refus , de la colère de son maître, a fit voile de Mitylène pour la nouvelle Phow. on il plaça une garnison turque; puis il ctv mena , comme esclaves, cent jeunes garcoo* tt jeunes filles, qu'il fit conduire ensuite par tem de Gallipoli à Constantinople , où se trouvait k sultan. Ducas fut alors envoyé auprès de b Porte, où la vérité de son rapport fat étouffe par les faux serments de Junis-Pascha, et il fut retenu jusqu'à l'arrivée de la nouvelle qui » \ nonçait l'occupation de l'ancienne Phocèe pr i les troupes turques [décembre I55ô]. Alon Mohammed, quittant Constantinople, se nw par terre vers Ainos [24 janvier 15ô6], où knis-Pascha devait le joindre avec dix galim Les juges de Karaferia et dlpszala s'était plaint auprès du sultan des actes arbitraire de Doria, seigneur d'Ainos, envers les battants compris dans la juridiction qui lui rnil soumise , l'avaient accusé de vendre do sel an infidèles, au préjudice des moslims; Mohamed leur avait promis de redresser nroinpfr ment ces griefc au moyen de la conquête U seigneur d'Ainos s'en fut d'abord dans nie* Samothrace , et de là il envoya sa jeune fittt. douée d'une admirable beauté , porter des jwsents au sultan ; il obtint ainsi sa grâce et (piques fiefs. Mais, en se rendaut auprès dei* Porte, il tomba tout à coup sur les Turcs formant son escorte, les massacra, et s'écbapF sur le territoire des chrétiens ( I X Ducas ne & qu'un mot de la conquête d'Ainos ; mais leshis»riensottomans s'étendent longuement (ijsurtf point, auquel ils consacrent un chapitre spécial ainsi qu'à la prise de possession des (rois 8** Thasos, Samolhraco et hnbros, placées coa» en sentinelle à l'entrée du golfe d'Ainos (3, t

(\) Seadeddin , dans BratutU , I. u , p. K&

(2) Ducas, I. xuv , p. 189.

(3) Idrô , fol. 88 : Nescbrt , fol. 19U ; Aali , Sjoiat^

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