LIVRE XIII
troupes, Investissait Leontari et Akoba dépeniant des possessions de Thomas (1). Mais le fléau le plus désastreux, t'étaient les Albanais ice peuple, suivant Phranzes, le plus pervers et le plus inutile, qui, passant continuellement iluu despote à l'autre, reniait trois fois son maître dans un seul dimanche. » Les Turcs de Coi inthe, Patras et Amyklr, saisissant l'occasion, priaient , massât raient , et se raillaient pncorc des despotes et des archontes, qui ronraient ainsi d'eux-mêmes sous le tranchant de leurs sabres (2). Mohammed, qui se trouvait alors à Skopi, où Mahmud-Paseha lui amena les prisonniers de l'expédition de Hongrie, destitua le fils d'Urachan , auquel il attribua la faute de ce soulèvement et de ces désordres, et confia le gouvernement de la Morée à lïamsa (3). Celui-ci fit lever le siège de Patras aux Grecs, puis il se présenta comme allié du despote devant Leontari où Thomas était renfermé. Celui-ci se laissa entraîner à accepter la bataille qu'on lui présentait; il fut vaincu surtout par les manœuvres habiles d'Innis-Beg, général des sipahis, et perdit deux cents hommes (4). Ce qui avait échappé aux Grecs, aux Albanais, aux archontes et aux despotes, devint alors la proie des Turcs (5) , et les dévastations continuèrent jusqu'à ce qu'enfin les deux frères , mesurant l'étendue de leurs pertes et la faible distance qui les séparait de leur ruine complète, eurent une entrevue à Karriza ; ils assistèrent ensemble à la messe du métropolitain de Sparte, et scellèrent la paix par de nouveaux serments (6\
Mohammed , instruit de l'alliance des deux frères , en rt jeta celte fois la faute sur I lamsal'ascha , co'nme il venait d'attribut r le tort de lajnierre civile à Omar; et il nomma pour le remplacer Sagauos- Pascha, gouverneur deGallipoU, commandant de la Hotte A l'arrivée de Saganos dans le Péloponèse, on vit se disperser aussitôt les troupes auxiliaires desdesjwles. qui déjà étaient en rupture déclarée. Thomas , de
(t) Phramaj. ",p. te.
(2) Ibid., p. 88.
(3) ttntoffdyb» , I. *x,p. 1«.
ri) tu*.
f5) Phratizw, . w.c. 18 , édi! di- Bvlc, p.«<7. ï6> /««/..p.Ss,
nouveau parjure, se saisit violemment de la Lacouie et de la Messénie, domaines de son frère, et assiégea Kaiamata ; en même temps il négocia pour lui-même avec le sultan. Mohammed, occupé de préparatifs pour une expédition en Asie contre Lsun-Hasan , prêta l'Oreille aux offres de Thom;is , moyennant l'accomplissement de trois conditions : que les troupes grecques s'éloignassent des châteaux turcs, que 3,000 livres d'or fussent pavées annuellement comme tribut , et que , dans l'espace de vingt jours, le despote parut à Corimlie, où se rendrait un envoyé turc. Thomas promit tout, mai» ne put Fournir le tribut. Mohammed, irrité, remît à l'année suivante l'expédition d'Asie, et marcha en personne contre les deux frères vers le Péloponèse! 13 avril 1460^ (1). A Corinthe, il mit dans les fers Asanes. beau-frère de Démétrius, et bientôt il parut devant Sparte. Oémétrius, trahi par son frère, chercha un abri contre sa perfidie , en trahissant lui-même la cause générale de la Grèce. Il se rendit dans le camp du sultan, qui l'accueillit gracieusement, lui promit de nouveau d'épousersa fille, et de lui accorder des dédommagements pour la cession du Péloponèse. Mohammed le conserva dans le camp, et mit une garnison turque à Sparte; puis il marcha vers Kastriza (2). I* ville fut aussitôt emportée d'assaut et saccagée ; mais le chat* au, placé sur un plateau inaccessible, opposa delà résistance , et beaucoup de janitschares furent précipités du haut des murs; néanmoins la garnison de trois cents hommes se rendit. Pour récompenser la vaillante défense de ces guerriers et leur confiance en sa parole , Mohammed les fit réunir sur une place, où ils furent égorgés; le commandant fut scié en deux. De là le sultan s'avança vers Leontari: les habitants avaient abandonné la ville pour se réfugier, avec leurs femmes et leurs enfants, dans la forteresse de Sardika. etl* ils se défendirent vaillamment contre les assauts des Asabes (3). La ville fut emportée, six mille ca-
( t ) Pbr.inze» , . nr , c. 16 , p. 88 ; Cbalcondyla» , I. u, p. 148.
(2) Kauioria, dann Chalcondyla«, ett une faoted>fcrilurp ; cela «t clair, car Kâstorta «S en Thf**»fle, et non pas dann te Péloponèse. Phranws, 1. 1», r. 18, doutttle
vrai nom de Ka*triza en rapporiaut le massacre. v3j llulcuodyla*.
davrcs d'hommes et de femmes y furent entassés pèle-mèle avec des bêles de somme, car Mohammed avait fait publier la défense d'épargner la vie même d'un esclave. I! promit à la garnison de la citadelle libre retraite, lorsqu'elle capitula après la chute de la ville ; il jura que les défenseurs ne seraient ni tués, ni emmenés en esclavage, ni même offensés. Mais à peine étaient-ils hors des portes qu'il fit pousser hommes et femmes, en les accumulant sur une petite place, et tous furent taillés en pièces , au nombre de treize cents ( 1 ). Ix* commandant Rochalis aurait probablement été scié en deux , si sa parenté avec le grand vesir Mahmud, beau-frère de sa femme, ne lui eût sauvé la vie. De telles cruautés abattirent le courage des autres places du Péloponèse, et de tous côtés arrivèrent des députés pour capituler spontanément, le commandant de Saint- Georges, Kronkolclos, qui, selon l'expression de Phranzes , aurait du plutôt porter le nom de crocodile, se jeta aux pieds du sultan 2). IVavarin et Arkadia, les deux ports les mieux fortifiés de la cote occidentale, se rendirent. Les habitants de la dernière ville, au nombre de dix mille, furent jetés dans les fers, et Mohammed les menaça de les faire égorger; mais ensuite il les fit tous transporter à Constant ineple j our peupler les faubourgs. D'après le conseil du despote Démétrius, qu'il (rainait à sa suite comme un témoin des atrocités exercées sur les Grecs, Mohammed détacha Isa, petit-fils d'Kwrenos, vers la cote orientale , vers Epidaure ou Monembasia (Malvasia). |>nur prendre possession de la ville, et ramener l'épouse et la fille du despote (3). Nicolas Paléologue, plus digne que le despote du sang qui coulait dans ses veines, refusa de livrer, sur l'ordre de celui-ci, la ville aux Turcs (4) ; mais il laissa partir librement la princesse et sa fille. Mohammed leur donna un eunuque pour garde d'honneur , et les envoya en Réotie , où il ordonna aussi au despoteDémétrius de les suivre. Son frère Tho-
(!) Chalcondylas . I. ix , p. 150.
(2) Pbranzes , I. iv , p. 19.
(3) Chalcondylas et Pbranzes , I. iv , p. 16 , avec une noie très-remarquable sur le» institution* de la ville de Monembasia.
(4) Chalcondyla* et Spandugiuo , p. 45.
mas, perdant tout espoir après la chute de Leontari et de Gardika, avait abandonné Kabmata, et s'était embarqué avec ses enfaots 1
Le sultan confia au beglerbeg Sagan» h conquête des autres villes, et s'avança In même le long de la côte pour reconnaître !■> ports vénitiens de Modon et Pylos. Comme il campait devant cette dernière ville, le vai&wi du despote Thomas était encore dans le p»rt. ou du moins en vue de la rade; les Yéoifos firent signifier à ce prince de s'éloigner. »: renouvelèrent au sultau des protestation* o paix et d'amitié (2;. Néanmoins la ravaler* turque continua ses ravages autour de Ptk entraînant les Albanais en esclavage. Mohamed marcha vers le nord, cl prit possession^ autres villes placées sur sa roule, et qui mtaient pas encore réduites, Bostiza et Letrene, Patras et Kalabryta (3;. Le vaikDi commandant de la dernière ville, TAlhaw Doxas (4; , qui n'avait été fidèle ni au sultan. ï: au despote, ni à son Dieu, dit Phranzes. fti scié en deux; les soldats de la garnison fumii décapités ou vendus comme esclaves, karytetï défendue par le Paléologue Sgurorualo 'b,v se rendit qu'après une vaillante défense, et !r chatenu de Salmenikos, où commandait Graitzas, autre Paléologue (6), tint encore aprè que la ville eut été emportée et livrée au pjTagr Graitzas fit savoir au sultan qu'il était prêt i rendre la place, sous la condition que Mohammed s'éloignerait à un mille de la ville, afin qui la libre retraite de la garnison ne fut point me nacéc; Mohammed consentit à cette demande, par rcs|>cct pour la valeur des Paléotogoev se relira complètement, laissant l'ordre de IV cnpation au gouverneur Ilamsa, qui avait réintégré dans sou ancienne diguilé, à la piaf»
(1) Pbranzes, 1. iv, c. 18 , p. 91.
(2) Chalcondyla», I. îx , p. 151.
(3) Pbranzes, I. iv,c. 19, p 91.
(4} Pbranze» ne nomme pas le commanda
Chalcondyla» qui cite son nom.
(5) Dans le diplôme d'affranchissement que med adressa au Péloponèse par Hasan -Aga »e treu« f tée la famille Sguromalo , qui était une branche*** léologues.
(6) Pbranzes, I. iv, c. 19, p. 9t. Ce Graiüasp** être le même que le Paléologue Grizzi auquel SH* gino fait défendre Mucbi cinquante- Mohammed. Spandugino , p. 44.