LIVRE XIII
eunes garçons , mît un gouverneur dans la ,ille, et pénétra plus avant dans le pays. Les libanais qui s'étaient rendus à Tarsos, ayant tenté de s'échapper, pour les effrayer par un Horrible exemple, on en prit vingt d'entre ?a\, destinés au supplice; on leur écrasa 1rs os ies mains et des pieds avec des massues , et ils lureot, ainsi mutilés , attendre la mort. Le lieu )ù se fit celte exécution atroce reçut le nom iure de Tokraakhiszari (château des os)(l). L'ne autre ville intérieure, située sur une haucur , et dont Chalcondylas ne donne pas le iom,raais qui doit être l'OEtosde Phranzcs(2), iit réduite à de telles extrémités parle détournement de l'eau, que les habitants pétrissaient cur pain avec le sang des bétes de somme luils égorgeaient. Lorsque, succombant sous c poids de leurs maux , ils se disposaient à capituler, les murs furent escaladés par les jaîitscharcs, et la ville fut livrée au pillage. De ià Mohammed conduisit l'armée vers la ville de Hiipela, appelée aussi Akoba (3), où les Albanais et les Grecs s'étaient réfugiés avec leurs Femmes. Déjà, au bout de deux jours d'attaque, voyant un grand nombre de ses soldats blessés, il allait se retirer, lorsque parurent des députés de la ville pour offrir de se rendre. On s'abstint de dévaster les édifices, mais les habitants furent emmenés à Constantinople. La marche se poursuivit en avant par Mantinée vers l'azenica (4) , dont le sultan fit sommer , par Cjutacuzéne, la garnison albanaise de se rendre; les Albanais repoussèrent les propositions de Cautactizène qui , soupçonné de les avoir encouragés à la défense, tomba dans la disgrâce du sultan , et ils résistèrent même à Mohammed , lorsqu'il s'avança jusqu'au pied des remparts. Des le second jour Mohammed abandonna cette place, et s'approcha de Tégée, puis il resta dans l'irrésolution , ne sachant pas s'il devait marcher sur Sparte , où s'était renfermé Thomas, ou bien sur Rpidaure, où s'était retiré Démétrius. Apprenant que, de Tégée, la
(1) Swtakaade , Idris , Aali.
(2) Pb ranze« , I. nr , c. 15 , édit. de Baute , p. 86.
(3) On toit clairement, dans Seadeddin , que la RupeU de Chalcondylas et l'Akoba de Pbranzes sont une «ule et même ville.
(4; Pazeuica , dans ISescbri et Ssolaksade Bedscheue.
route était impraticable pour des troupes, il ramena son armée sur la ville de Muchla , dans le district de Tégée. Cette place était défendue par Asanes Démétrius, et , mieux encore, par sa forte position sur une montagne escarpée ; elle n'était accessible que d'un côté , et là elle était protégée par une triple muraille : le campement fut établi, l'artillerie mise en batterie ; l'eau fut détournée, et Isa, petit-fils d'Ewrenos, alla trouver Asanes, avec un interprète, pour le presser de livrer la place. Chalcondylas donne les discours dans lesquels l'envoyé turc exalte la puissance du sultan , et le commandant grec exagère la force de Muchla. Après d'inutiles pourparlers, Mohammed attaqua la forteresse par le seul point abordable, couvert d'une triple muraille. Après que le premier rempart eut été réduit en poudre par la grosse artillerie, Asanes se défendit avec intrépidité derrière la seconde. Mais l'un des énormes boulets de sept quintaux tomba dans la boulangerie, et détruisit la faible provision de pain de la garnison. L'évèque , au lieu de garder fidèlement son troupeau, fit passer au sultan avis de la disette de vivres, l'excitant â persister dans le siège. Mohammed somma de nouveau la place, ajoutant qu'il était fort bien informé parses amis del'inlérieurdela pénurie de vivres ù laquelle les assiégés étaient réduits. Alors Asanes Démétrius et Lukanos de Sparte se rendirent dans le camp auprès du sultan. « Rapportez à votre maître, leur dit-il, que je suis prêt à lui accorder paix et amitié, à la condition que la partie du Péloponèse déjà traversée par mot m'appartienne, et qu'il me fournisse annuellement 500 livres d'or en tribut, pour ce qu'il possède encore; quant au prince de Patras, Thomas, faites-lui savoir qu'il lui faut à l'instant m'abandonner son pays, sinon je le saisirai moi-même les armes à la main. » Asanes Démétrius et Lukanos s'en allèrent avec ce message trouver les deux despotes, qui se réunirent àTripisbuna(l) (Tripolizza). pour délibérer sur leurs intérêts communs. Aussitôt après la chute de Muchla , Corinthe (2) avait été remise
(1) Pbranzes,l. nr, p. 5.
(2) Rrattilti fait de Corinthe Corfou !.... Aschikpascba- »ade (exemplaire de la bibliothèque du Vatican, p. 341), nomme le château de Jildus la clef de la Morte -.sans doute c'est de Corinthe qu'il teut parler.
résistance au sultan , par un autre Asancs, le fils de Paulus, beau-frère du despote Démétrius, et par un autre Lukanos Nicéphoras(l). Les despotes se résignèrent aux conditions imposées par le conquérant [juillet 1458". Démétrius lui abandonna les cantons de Phliasia , les environs de Corinthe et de Kalabryta, déjà traversés par les Turcs. Thomas céda Palras avec les villes en dépendant, que Lazare, son envoyé, remit au sultan (2). La paix fut conclue; toute la c<Me septentrionale du Péloponèse passa sous la toi dt s Turcs. Omar, dont le père, Turarhan, avait pour la première fois renversé l'Hcxamilon , fut établi comme gouverneur del'Achaie, depuis Patras jusqu'à Kalabryta (3), et des janitschares occupèrent les villes. Mohammed alla visiter Athènes, dont Turachan avait antérieurement pris possession à la faveur d'un crime de la maison Acciajoli.
La veuve de Rainier, le dernier duc, violemment éprise d'une jeune noble vénitien, auquel le sénat avait confié le gouvernement de Napoli diRomania, lui promit sa main avec la souveraineté d'Athènes, s'il voulait d'abord assassiner son épouse, nob> vénitienne (4). Le meurtrier, devenu le mari de la duchesse, tuteur du fils mineUr de Rainier, Fut accusé pour ses crimes au près de Moha iimed, et poursuivi par la haine des Athéniens; il alla se réfugier , avec le jeune fils de Rainier, à la porte même du sultan, on se trouvait aussi Franco Acciajoli , neveu du dernier duc. Mohammed remit la souveraineté d Athènes à celui-ci, qu'il avait souillé de son amour infame (ô). Franco, accueilli Favorablement par les habitants en vertu de l'ordre du sultan , jeta la duchesse dans les Fers à Mcgare. comme instigatrice du meurtre de sa rivale, et h fit mettre à mort Le jeune Vénitien , assassin de sa première épouse, ac usa à son tour Frtttco auprès tin sultan comme meurtrier de sa seconde femme la duchesse. Alors Mohammed donna Tordre au fils deTörachan de prendrepossession d'Athènes. Omar détermina facilement Franco à se retirer librement avec ses trésors ,
(t) Pbranzes,!. iv, p. 15.
(2) fbid.
v3) fbtd.
{*) Chtlcûndyb* , \. n, p. 11?
(5) Ibid., p. I53.
en lui promet tant , au nom du sultan, en < d'Athènes, la souveraineté de Thèbes et delà Béotie. Maintenant Mohammed vint pour cœtcmpler la ville que lui avait acquise pacifiquement la prudence d'Omar. A la vue de la situation et de la force de l'Acropolis, de la vase étendue du port, si bien abrité, il s'écria plein d'admiration: « Quelle reconnaissance ne doivent pas la religion et l'empire au fils de Tutîclian pour une telle acquisition (1)!
Après avoir visité en détail tous les idodbments de la ville , Mohammed envoya un messager aux despotes du Péloponèse, pour leur faire jurer la paix par eux conclue [octofrt 1158], et afin de demander la fille de Démétrius pour épouse (2). Les despotes prêtèrent le serment demandé, et Démétrius accorda sa fille, suivant l'exemple honteux de ses ancêtres, dont la plupart, ainsi qu'on l'a vu dans les livre précédents , avaient livré les princesses byzantines au harem du sultan. Ce qui est aussi hootcux et plus funeste , ce fut la violation du serment dont l'autre despote se rendît coupable bientôt après (3). Cédant aux raisons de Lukanos Nicephoras, que Phranzes accusa pour cet de la perte du Péloj>onèse, il se persuada que 1rs Grecs du Péloponèse et les Albanais étaieut prêts à se soulever contre les Turcs , et . tro:< mois après la sanction donnée au traité, il entra en hostilités ouvert s, non-seulement contre l^ Turcs, mais encore contre son frère ; janvier 1459). Avec l aide de l'instigateur de ceîte per fidie, Thomas arracha aux Turcs seulement b ville de Kalabryta (4); mais il put enlever à sec frère Karitena [février 1459^ , Saint Georrjo. fiordonia et Kas'riza(5), en promettant A re* vi les que désormais elles se nr-giraient ellffnièmes. Il assiégea les cités de Zarnata et de Kalamata, sur le golfe de Messénie,apparteîU3i à Démétrius (B) , tandis que celui cî , avec $*
(I) ClwtcoitdylM, p. 142.
(2; Ibid., p. 143; Phranzes, I. iv,p. 16.
(3) Jbid.
(4) La Chronique (jrpcque, p. 17.
(5) Pbranzes, I. iv, p. 16; dans Pooquevftte, Bart* nia , ». ii , p. 523, 1. ni , p. 486. Celte Kasrrizi est m autre que cette de Pouqueiilre.
(6) Phranze* , I. iv, p. 16. Voy. Pnoqù*Tflle, lvna'.c, 1. v , p. 158; Calamatc, I. m, p. 492,1. iV.p.