LIVRE XIV
tels que les Lases et les Abases(l). L'épouse I d Isun-Hasan, grand prince du Mouton-HIanc, ! était la nièce du dernier empereur de Trébisüüde David, fille de son frère et prédécesseur j Jean, qui , pressé vivement par le scheich d'Erdebil, malgré l'abandon des siens, tint néanmoins dans la forteresse avec environ cinquante hommes. Le seht ich persan s'était ret ré ; mais le commandant turc d'Amasia Chlsr-Beg (2;, qui ; gouvernail le saudschak au nom du prince lia- ! jesid résidant en ce lieu, surprit Trébisoude, et emmena environ deux mille esclaves. Alors Jean envoya son frère David auprès du nouveau souverain des Ottomans, Mohammed 11, et il obtint la restitution des habitants ravis par les Turcs , moyennant rengagement du tribut annuel de 2,000 ducats (3;.
David, successeur de Jean, acheta son maintien sur le tronc chancelant de Trébisoude, en continuant le tribut, jusqu'à ce que, grâce à l'intervention hautaine de son gendre Nasan, au lieu d'être soulagé d'un fardeau, il se vit renverser. Lorsque Mohammed parut avec son armée devant la ville , Mahmud-Pascha , qui , depuis plusieurs jours, était arrivé avec la (lutte, avait tenté vainement plusieurs attaques. Le sultan fit signifier à l'empereur de si- retirer librement avec ses trésors et ses serviteurs, ou de s'attendre à tout perdre avec la vie (4). David était jusque-la resté sourd aux instances de Mahraud, qui cherchait à le séduire par l'exemple de Démétrius, vivant dans l'abondance et le luxe à Ainos ; niais il céda aussitôt à la sommation si brève du sultan. Il s'embarqua avec sa famille pour Constant inople , et la ville fut occupée par des janitscharcs et des Asabes , sous les ordres du sandschak de Gallipoli ; Chisr- Beß,sandschak d'Amasia, prit possession du pays environnant (6). Les jeunes gens de Trébisonde furent distribués parmi les sipahis, les Mlibdarcs et les janitschares, ou bien réservés comme pajjes au service de la tente et aux plai-
(1) Les Abäse« sont le* Cabœzitœi de Cbalcondyla«.
(2) Dan» Cbalcondylas, Chiteres.
(3, Chalcondylas, I. ix, p. 14? ; Pucas , I. xiu, p. 177.
(1) Duras,), xiv, p. 194. I.a sommation du Millau , «Un» Duras , e*t bicu plti» selon l'esprit véritable des Turrx que le long discours de Mabinud-Pascha, dans (halfontlylas, p. 150.
;*> Hwlcofidyh»* , p. 156 et 157.
sirs honteux du sultan (1). La princesse, fille de l'empereur de Trébisondc, que le père avait offerte en mariage à Mohammed , fut dédaignée tomme la fille de Démétrius. Le neveu de David, fils de son frère et prédécesseur Jean, véritable héritier légitime du trône de Byzance, fut retenu en captivité; le plus jeune des huit fils de David abjura la croyance de ses pères, et embrassa l'islam à Andrinople. Dans cette résidence, à la porte du sultan , se rencontrèrent les deux derniers princes de l'empire byzantin, le Paléologue Démétrius et le Comnène David , tous deux chassés de leurs États , tenant la vie de la pitié de leur vainqueur, et baisant la poussière secouée par les pieds du sultan. Le Paléologue se couvrit ensuite du froc pour ensevelir tous les souvenirs du manteau impérial; il survécut ainsi au supplice qui était réservé au Comnène et à sa famille. Sur le soupçon d'une lettre adressée ä David par sa nièce, l'épouse d'Lsun-llasan . par laquelle elle aurait invité l'un des fils de l'ex-empcrcur, ou son oncle Alexis, äse rendre auprès d'elle, Mohammed ordonna de jeter tous les Comnènes dans les fers à Andrinople, puis il fit exécuter cette ancienne famille souveraine, tout entière à Constant inople. David, son frère Alexis, son neveu, fils mineur de son prédécesseur Jean , et sept fils de David , tombèrent sous la hache du bourreau Le huitième fils seul fut épargné comme moslim (3), et la princesse Anne, que le père avait voulu faire sultane, entra comme esclave dans le harem (4), où elle demeura chrétienne; plus tard, elle épousa, en conservant sa foi, le gouverneur de Thessalip, Saganos, et, pour coutracter un second mariage avec un Iiis d'Kwrenos , elle embrassa l'islam (ô). Les fils des principaux officiers de la cour et fonctionnaires de l'État devinrent janitschares ou pages; avec les jeunes filles, Mohammed fit des présents â ses fils ou à ses liages; il en prit quelques-unes pour lui-même,
(V, Chalcondylas. p. 157.
(2) Chalcondylas , l. ix , p. 157 ; Spandugino , p. 47. (3j Spaiidnjjiiio , p.47.
(4; Cbalcoudyla*, qui le dit deux fois( p. 157 et 167), mérite plus de croyance que Spandiiyiiio.
(ô) Cbalcondyla» , p 167. Ce ne fui pas un précepteur du sultan , coinn.e le veut l'auteur de In crusii Turco- Grxcia , p. 21.
les attacha comme esclaves au harem . et en maria quelques-unes par la suite (1). Un seul membre de la famille souveraine de Trébisonde, une femme, l'impératrice Hélène, appartenant aux Cantacuzènes , souffrit avec force et courage, et mourut avec gloire, comme la mère des Machabées. Bravant les ordres du tyran , qui voulait que les cadavres servissent de pâture aux chiens et aux oiseaux de proie, revêtue d'une robe de toile grossière, une pioche ä la main , elle se rendit au lieu de l'exécution, creusa une fosse, éloigna pendant tout le jour les chiens et les oiseaux de proie des restes de ses enfants , des plus chers objets de ses affections, et la nuit elle ensevelit les dix cadavres ; bientôt, succombant sous le poids de la douleur, elle les suivit dans la tombe. Ainsi fut abattue, en Orient comme en Occident , la race souveraine de Byzance , écrasée par la honte, noyée dans le sang, et la puissance grecque, en Europe et en Asie, fut engloutie par le dominateur des deux mers et des deux parties de la terre , comme s'intitulait Mohammed depuis la prise de Constantinople.
A peine de retour de son expédition de Trébisonde, Mohammed fut rappelé dans la carrière des combats par le woiwodc de Valachic, tyran plus rusé et plus cruel que lui-même. En effet les annales de Hongrie, de Valachie et de Turquie le désignent sous trois noms qui indiquent assez son affreux caractère. Wlad est appelé généralement Drakul (le diable), par les Hongrois, Tschepelpusch ( le bourreau ), par les Valaques, et par les Turcs Kasikluwoda (le woiwode au pal ). Quelques traits suffiront pour donner une idée de sa férocité infernale. Son spectacle favori était le supplice du pal ; il aimait surtout à diner avec sa cour au milieu d'un cercle épais de Turcs plantés sur des pieux, et rendant l'àme au milieu des tortures (2). Quand il tenait des prisonniers turcs , il ordonnait de leur enlever la peau des pieds, de frotter de sel les nerfs mis à découvert, et de les faire ensuite lécherpar des chèvres, pour irriter et multiplier les souffrances (3). Des envoyés
(1) Cbalcondylas , I. n , p. 158.
(2) BonfiniiM, dec m , 1. x , p. 532 ; Engel, Histoire de Valachie , p. 174 , et dans l'introduction , I. nu,
(3) Bonfinius, dec. m , I. x , p. 532 ; Engel, Histoire de Valachie , p. 178 , etdans l'introduction , I. xxn.
turcs ayant refusé de le saluer la tète découverte , il leur fit attacher le turban avec trob clous sur le crâne, afin que cette coiffure fol plus fortement fixée, conformément aux coutumes de leurs ancêtres (1). In jour il ioviu tous les mendiants du pays à un grand festin, et lorsqu'ils furent tous bien repus , il fit metir» le feu a la table de réunion , et tous furent brûlés (2). Une fois il fit couper les seins à de malheureuses femmes , et à la place , il leur fit attacher les tètes de leurs enfants (3,); il força «ta enfants à manger de la chair rôtie de Irai* mères (4); il imagina des procédés particulierpour hacher des hommes comme des légumes, les faire cuir et bouillir dans des marmites V. Un jour, rencontrant un moine sur un âne, il 1« fit empaler avec sa monture (6). Un prêtre qm" : avait prêché qu'il uc faut pas toucher au bin d'autrui, ayant pris ensuite à table le painqiK Drakul avait coupé pour lui-même, fut esnpair sur la place (7). Une de ses maîtresses ayant en? par erreur qu'elle était enceinte, il lui ouvrii lui-même le ventre (8). Ses plus grandes féte> étaient les supplices en masse. Quatre ceci* jeunes hommes de Hongrie et de Transylvanie, envoyés en Valachie pour apprendre la lanpr. furent brûlés A la fois (9); six cents marchands de Bohème furent empalés sur la place du marché (10); cinq cents prévôts et nobles qui hii étaient suspects subirent le même supplice, sous le prétexte qu'ils n'avaient pas su donner une statistique assez exacte des habitants df leurdistrict (11); maistout cela n'est rien, comparé à la monstrueuse exécution qu'il ordonna dans la campagne contre les Turcs , avec te i habitants de la Bulgarie.
(1) Engel , Histoire de Valachie, p. 178 , et dam Introduction , I. XXII.
(2) Ibid.
(3) Voy. l'ancien écrit saxon, dans * l'introduction d'Enfiel , I. xxn.
(4) Ibid.
(5) Ibid.
(6; Écrit dans Engel , Histoire de Valachie , p. 79.
(7) Ibid., p. 78.
18) Ibid.
(9) Ibid., p. 76 , et dans l'Histoire même , p. 178.
(10) Dans l'introduction , p. 77, et dans l'HittiR, p. 178.
(1 0 dans l'Histoire de Valachie d'EngeJ , p. 79, « dans l'introduction, p. 179.