‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 148 sur 297 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

Mohammed avait aidé lui-même à porter ce r furieux au pouvoir suprême en Valâchie, où il s affermit en peu de temps par le supplice de plus de vingt mille personnes, hommes, femmes et enfants (1). Ce ne fut point à cause de ces cruautés que le tyran turc voulut le renverser, mais parce que le prince avait envoyé des ambassadeurs à Mathias-Corvinus, et parce que, en se déclarant prêt à payer le tribut annuel de 10,000 ducats, il avait refusé de livrer en outre les cinq cents jeunes hommes exigés, et de paraître lui-même à la Porte (2). Mohammed voulait donner la principauté à laquelle il avait laissé parvenir Wlad (S), au frère de celui-ci, Radul qui, pour l'obtenir, s'était prostitué àse$désirsirnpurs(4). Le sultan l'aimait d'autant plus que d'abord le jeune homme avait repoussé ses caresses le sabre à la main; l'ambition lavait décidé ensuite à devenir le mignon déclaré du tfrand seigneur (5). Afin de pouvoir dompter Wlad , Mohammed lui envoya le gouverneur de Widin, l'ancien échanson de Murad II, devenu plus tard commandant de la flotte, et gouverneur du Péloponèse,TschakardschiHamsa-Pascha,avec l'écrivain grec renégat, appelé jadis Katabolinos, et qui portait maintenant le nom de Junis-Beg (6). Ces deux hommes invitèrent le " woiwode à une conférence dans laquelle ils espéraient s'emparer de sa personne par trahison. Wlad, qui devina leur projet, se saisit d'eux et de leurs gens, et après leur avoir fait couper les pieds et les mains, il les fit tous empaler, en donnant au pascha une place d'honneur plus élevée que les autres.

Après cette exécution Drakul tomba sur la Bulgarie, ravagea le pays, réduisit en cendres les villes et les villages, et entraîna plus devingtcinq mille prisonniers (7). Lorsque Mohammed apprit par Mahmud-Pascha la mort d'Hamsa, le meurtre des envoyés, sur la tête desquels avaient étécloués leurs turbans, et la désolation de la Bargarie , il frappa son grand vesir dans

0) Chalcondylas, I. n , p. 153.

(2) CalcondylasetDucas, I.xit,

(3J ibid.

(4) Chalcondylas , p. 158.

(5) Ibid.

«?) Neschri , ldris , Aali.

(7) Chalcondylas, l.ix, p. 159

le premier mouvement de sa colère; «car les coups, remarque Chalcondylas , ne sont pas un outrage, à la porte du sultan , pour les esclaves qu'il a tirés de la poussière afin de les élever aux premières dignités (1). » Des messagers allèrent sur tous les points de l'empire presser le rassemblement des troupes , et l'armée de Mohammeddulêtrealorsaussi imposantequ'autenipsdu siège de Constantinople, et présenter une masse de deux cent cinquante mille hommes (2). Sous la conduite du grand vesir, elle s'avança vers le Danube. Le sultan en personne, avec une flotte de vingt-cinq galères et de cent cinquante vaisseaux , gagna sur la mer Noire l'embouchure du Danube , remonta le fleuve jusqu'à Widin , promenant l'incendie partout où s'opérait un débarquement ; la ville de Prailabos, aujourd'hui Ibrail, alors rameuse place de commerce, fut réduite en cendres. Drakul envoya les femmes et les enfants en partie à Prasova (Kronstadt ), en partie dans les vastes forêts de chênes du pays. Lui-même partagea son armée en deux corps dont l'un marcha contre les troupes du prince de Moldavie qui , réunies avec les Ottomans, assiégèrent Kilia pendant quelque temps, et après les avoir forcées de se retirer, porta le ravage dans la Valachie; la seconde division, composée seulement de dix mille cavaliers, s'avança vers l'armée de Mohammed. Drakul s'introduisit lui-même sous un déguisement dans le camp ennemi, le reconnut avec soin; puis il l'attaqua de nuit , comptant sur la coutume des Turcs, de ne jamais bouger pendant la nuit de la position une fois prise , quoi qu'il puisse arriver. Munis de lanternes et de falots, les cavaliers valaques pénétrèrent dans le camp des Turcs, qui restèrent immobiles de terreur. Wlad voulait marcher droit à la tente du sultan; mais il se trompa, et tomba sur celle du grand vesir Mahmud-Pascha, et d'Ishak- Pascha, où se fit un grand massacre de chevaux etdechameaux, sansque beaucoup de guerriers y périssent. La cavalerie turque se trouva aussitôt en selle, et lorsque les Valaques se tournèrent vers le pavillon du sultan, ils le trouvèrent

(1) Cbalcondyla , 1. « , p. 159.

(2) Ibid., p. 100 ; Daca« , I. xiv , p. 194 , ne donne que cent cinquante raille hommes, et les historien» turcs portent l'armée de Drakul a cent mille hommes.

défendu par les janitschares (1). Toute l'armée ottomane se mit en ordre de bataille : à l aite droite étalettt Omar-Retf, fils de Turaehan, l'ancien gouverneur du Péloponèae , Ahmed- Beg, nlsd'Ewrenos, Ali-Beg, fila de Michael, et laft-Beg, fils de Malkowtch, que les Turcs nomment Malkodsch ; à l'aile gauche se tenaient Naszuh-Begf gouverneur d'Albanie, Eswed- Bcg et Iskender'-Beg, autre fil* de Michaël-Beg. Pendant le reste de la nuit se prolongèrent des escarmouches sans granoV perte d'aucun coté. A la naissance du jour Wlad se retira, el Ali- Beg, fila de Michaél, a la téte des coureurs, dont le commandement était héréditaire dans sa famille, poursuivit les Valaques, et leur enleva mille captifs. Aussitôt Mohammed les fit égorger, Parmi les prisonniers saisis la nuit dans le camp, un Yataquefut conduit devant le grand vesir Mahmud , qui l'interrogea. 11 satisfit aux questions qui lui furent adressées; puis lorsqu'on lui demanda où Wlad se trouvait maintenant, il répondit qu'il le savait bien, mais qu'il ne W dirait jamais, si grande était la teneur que lui inspirait le prince. On le menaça de le mettre a mort à l'instant. Le Valaque répliqua qu'il était tout prêt a mourir, mais qu'il se parlerait pas. Mahmud le fit exécuter aussitôt; en prononçant la sentence de mort, il ne dissimula point son admiration .«Que cet homme ai< une armée h ses ordres, dit-il, et sans doute il arrivera bientôt à une grande renommée (I). » L'armée se rendit ensuite en Valachie devant la capitale dn woiwode , puis Mohammed continua sa route au lieu de s'arrêter A un siège H parvint dans une vallée bien arrosée, et la tout à coup il fut frappé d'horreur: devant lui se dressaient, sur une demilieue de longueur et une profondeur d'un quart de lreue(2) , vingt mille Turcs et Bulgares empalés ou crucifiés. Au milieu, llamsa-Pascha(3) vêtu de pourpre et de soie, était planté sur un pieu plus élevé ; A côté des mères on voyait les enfants dans les entrailles desquels les oiseaux avaient déposé leurs nida. Le tyran ottoman

(1) Chalcondylatl. u, a. 162.

(2; OuauwiesUnksde louç , «ept de large , Cfaalcoadyta».

;3) Du«w, I. ti.t. p. m.

finit par s'écrier : a II n'est pas possible de dépouiller "de ses États un homme qui fait de »i grandes choses, surtout quand il sait ai biea * servir de ses sujets et de sa puissance. {Néanmoins, ajoula-t-il, après quelque réflexion, effrayé sans doute d'avoir révélé ainsi ses sentiments sur le gouvernement , l'homme qui a nul accomplir tant d'exécutions n'est point diptf d'estime. » Wlad harcela l'armée de Mohammed, toujours prêt à fondre sur les flancs on se troovaient les janitschares el les Asabes ; enfin il * dirigea vers la Moldavie, ne laissant que «i mille hommes pour observer l'armée de Mouudmed. Ces Valaques se battirent vaülammfn» contre Omar, fils de Turaehan, qui revint dâ% le camp, où il étala pour trophées deux mile têtes valaques plantées sur des pieux, ce qai lui fit donner pour récompense le gouvernement de Thessalie. Les coureurs turcs se répandirent dès lors sur toute la Valachk. et enlevèrent environ deux cent mille téte» dt bétail. Mohammed se mit en route pour Coostantinople en laissant au commandant des coureurs Ali-Beg, fils de Michael, le soin d'installer comme prince de Valachie .son f a von . Radul (1), à la place de Drakul, qui s'était enfui • en Hongrie , et qui avait été jeté en préou à Ofen ou a Belgrad, par ordre de Mathias ûminus. Durant quinze années,' Radul régna, litratt au sultan un tribut annuel de 10,000 ducats^ : mais il périt de mort violente, et alors Drakul. échappé, ou renvoyé de sa prison, reparu» comme un astre sinistre el sanglant sur la Yalachie. Au bout de deux ans un esclave en délivra l'humanité (3). Sa téte ftit promenée a triomphe par les Turcs, qui la montrèrent ca spectacle dans les villes qu'il avait tenues sot* sa domination (4). Maintenant seulement ils * regardèrent comme maîtres de la Valachie, quoiquedepuis cinquante ans, Mohammed P dU imposé le tribut à ce pays, et se fût efforcé dea

(1) Chalcondylas , Bn du nt* livre , les historiens <* l orna us ; Nescbri, fol. 213 ; Ssoialuada, fol. S6;Ses**d din, dans Braumi , p. 212-215; Aau , u* ér<to«n«( idris, fol. lOti-1 10.

{ 2) Duras , I . xtv , p. 194. D'après del ChUwo tt7, 12,000 durais.

(3) Kogel, Histoire d» Vala«l»et p. 170.

(4) /bid.

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