‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 153 sur 297 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

secours i ses cousins. Mohammed, qui se trouvait déjà en possession de ces filles de Karamanie, répondit par son ambassadeur, le tschauschbaschi :« Offrir de tels présents, c'est absoudre un bossu (1). Si le prince Isbak veut n'avoir rien à craindre de ses frères, qu'il cède le pays en deçà du Tscheharscharbeszu, et rétablisse l'ancienne limite des deux Étais, comme elle avait été fixée sous Bajesid.» Sur le refus d'Ishak, Mohammed ordonna au gouverneur d'Anlalia, Hamsa-Beg, d'envahir la Karamanie. A Ermenak ou , scion quelques; uos, à Taghbasar, Ton en vint aux mains. Isbak-Beg fut battn, s'enfuit en Cilicie, et se renferma dans Selefke avec sa femme et ses enfants. En signe de reconnaissance pour l'assistance prêtée, Pir-Ahmed envoya à son cousin les clefs des villes d'Akschehr. Begscbehr, Ssaklan Hiszari et dlighun. Ainsi fut terminée uns efforts la guerre de karamanie, tandis que les événements de Bosnie et de Morée réclamaient la présence du sultan et du grand vesir. Mats aussitôt que ses mouvements furent plus libres en Europe, Mohammed résolut de conquérir la Karamanie pour lui-même, et de dépouiller de l'héritage paternel les fils de la «ullane sa tante, comme le fils de l'esclave. 11 trouva un motif à cette usurpation dans les inti licences de la Karamanie avec les ennemis de l'empire ottoman : car il y avait eu alliance offensive et défensive de cet État , non-seulement avec Usun-Hasan , mais encore avec Venise (2).

Mohammed passa lui-même en Asie , à la tète de toutes ses forces, avec Mahmud-Paseba, s'empara du château de Kawala(3) et de Koni«, et déaacha le grand vesir vers l'ancienne capitale du pays, Larenda ou Karaman,oo Ishak- Beft s'était réfugié. Là fut livrée une grande bataiHe, dans laquelle Ishafc subit une défaite complète; et il aurait pu être pris , s'il eût été poursuivi rigoureusement. Mohammed, furieux de ce que le prince vaincu lui e6t échappé, se vengea par le massacre de tous les prisonniers. Mahmud reçut ordre d'afler chercher et d'exter-

de l'oPfro

(1) Proferbe turc , par lequel on m faite à quelqu'un de ce qu'il possède déjà.

(2) Daru , Histoire de Venise , 1. m , p. 457.

(3) Idri», fol. 128.

miner les restes de la famille de Torghud, tribu tatare , qui était restée dans le voisinage de Karaman, depuis l'invasion de Timur; le grand vesir en suivit les traces par le mont Bulgar , jusqu'aux environs de Tarsus : là, il saisit les membres dispersés et enfoncés dans ces profondes vallées, les chargea de chaînes, et les envoya au sultan, qui , selon l'expression habituelle de l'historien ottoman , régla ses comptes aveceux, c'est-à-dire, les fil tous imrooler(t). Le grand vesirfut chargéenoutre de réunir tous les ouvriers et les artisans desdeux capitales, Konia et Larenda, pour les emmener à Gonstantinople. Mahmud-Pascha, qui, déjà plus d'une fois, avait donné des preuves d'humanité, se montra encore accessible à la pitié dans cette circonstance; son rival, le second vesir, leGrec Mohamiried-Pascha, qui épiait toutes ses actions avec l'œil de la jalousie, le dénonça auprès du sultan, et Mohammed retira aussitôt la mission dont il avait chargé Mahmud , pour la coufier à son délateur. Ce renégat exécuta Tordre du sultan avec une rigueur si outrée, qu'il rangea parmi les ouvriers et les artisans les habitants les plus considérables, et qu'il jeta ainsi au milieu de misérables un descendant du grand scheich Mewlana Dschelaleddin (i). Toutefois le sultan, informé de cette erreur, s'empressa d offrir des excuses à ce personnage ainsi maltraité , et le renvoya, comblé de présents, dans sa patrie. Au reste, plus d'une cause avait attiré le mécontentement du sultan sur Mahmud ; Mohammed ne pouvait lui pardonner, ni le traité par lequel il avait assuré la vie au roi de Bosnie, ni les ménagements qull avait montrés envers les habitants les plus distingués des deux capitales de la Karamanie. En revenant de ce pays, il le déjiosa, et employa dans cette occasion une cérémonie barbare, pratiquée alors pour la première fois, mais qui se reproduira souvent ensuite dans l'histoire des Ottomans; elle paraît avoir été empruntée aux Tatares. Tout à coup le sultan ordonna de .couper toutes les cordes, de renverser tous les appuis de la tentedu grand vesir, qui fut comme accablé sous eette ruine 'inattendue. Le renégat grec Rum-Mohamraed-

(1) Sflotaksade.

(2) Abmed-Tschelebi , Saolaksade , fol. 56; Heschri , fol. 220.

Pascha remplaça Mahmud, et le gouvernement de la Karamaniefut donne au troisième fils du sultan,le prince Mustapha.Ishak-Beg s'était réfugié auprès d'Usun-Hasan. Ainsi, la dynastie delà Karamanie, qui s'était élevée en même temps que celle d'Osman, sur les débris des Seldschuks, fut écrasée par cette rivale, d'une nature bien plus vigoureuse et plus puissante, après cent soixantesix ans d'existence , et à la suite de dix guerres successives; 1 ). Toute la Karamanic, à l'exception de Selefke, où la veuve d'Ishak-Bcg se soutint encore quelque temps , fut soumise au sceptre ottoman, et ses deux capitales, Karaman ou Larenda, et Konia ou lkonium,se virent arracher la partie la plus productive de leur population, qui fut transplantée à Constant inople.

Après avoir raconté dans leur ordre les guerres que Mohammed poursuivit presque simultanément dans la Bosnie , la Morée et la Karamanie , maintenant il nous faut reprendre rapidement les exploits de Skander-Bcg, accomplis dans cet espace, juspu'à sa mort, en 1466. La paix conclue entre lui et Mohammed n'avait guère subsisté que trois ans; car, lorsque Pie II proclama la croisade, Skander-Beg, cédant aux pressantes instances de l'ambassadeur vénitien et du légat pontifical, rompit le traité qu'il avait juré (2). Paolo Angelo, archevêque de Durazzo, Albanais de Drinasto, conseiller et ami de Skander-Beg, pour lui persuader que l'on n'était point tenu à la fidélité des engagements envers les infidèles, employa les mêmes raisons dont s'était servi le mufti Bestaroi-Muszanifek , afin de confirmer le sultan dans sa résolution de violer la capitulation jurée au roi de Bosnie. Skander-beg accueillit mieux ses raisons que les représentations par lesquelles Mohammed, dans une lettre particulière , aurait cherché à le ramener au maintien de la paix. La guerre fut résolue; et l'archevêque devint cardinal (3). A la nouvelle delà rupture de la paix, Mohammed envoya Scheremet-Beg, avec quatorze mille cavaliers, pour ravager l'Albanie, et Skander-Beg

(1) Hadschi-Chalfa , Tables chronologiques, 871 [ 14G6] . C'est l'extinction de la domination , mais non pas de la famille, car Ahmed et son frère Kasim se rctrourent encore plus tard.

(2) Mariui Barletii de vilaet gestis Skander-Beßi, dans Lonicerns , fol. 193-195.

(3) Barleti , fol. 198.

rassembla ses troupes à Ocnri, l'ancienne Lychuus ou Lychnidus , l'Achrida des Byzantins, qui la citent souvent comme le siège de l'archevêque de Bulgarie, située sur un grand lac très-poissonneux, dont les eaux, en se déchargeant , forment le Drymon ou le Drilo noir.

Skander-Beg, avec dix mille hommes, prit, i trois milles de la ville, une position au milieu des ennemis, et battit Scheremet-Beg, qui laiw sur le champ de bataille autant de morts que le prince albanais avait de soldats. Le defterdar et douze des principaux prisonniers se rachetèrent, moyennant 40,000 ducats (1 . Pour venger la défaite de Scheremet, Mohammed envoya quinze mille cavaliers et trois mille fantassins, sous la conduite de Balaban-Badm. Albanais de naissance, qui, réduit dans s» enfance à l'esclavage, avait escaladé le premier les murs de Constantinople (2). Skander-bVg l'attendit avec quatorze mille cavaliers et quinte cents fantassins, dans la belle vallée de Valchalia, dont l'ennemi occupa les hauteurs (3). Skander-Beg s'ouvrit un passage ; mais huit de plus vaillants capitaines, parmi lesquels se trouvaient son neveu Musachi, et Moses de Dibra. tombèrent entre les mains des Turcs , qui le? emmenèrent à Constantinople (4). L.e prince d'Albanie offrit pour eux une rançon: mais Mohammed ne voulut écouter aucune proposition, et fitécorcher vifs ses prisonniers (5). Tontefbis, Balaban se retira sur Achrida, et Skander-Beg occupa le poste d'Oronich , daos li Dibra supérieure (6). Balaban se flatta de le surprendre, mais il fut repoussé avec une grandt perte, et perdit lui-même son camp. Néanmoins il reparut bientôt à Achrida, avec des forces s'élevant à trois mille fantassins et dix-«T>i mille cavaliers (7). 11 espérait gagner son redoutable adversaire par des présents. Après avoir épié vainement durant trois mois l'occasion de le surprendre, il résolut enfin de lui livrer uot bataille rangée. Le cheval de Skander Begsf tant abattu, lui-même rut grièvement New

(1) Marini Barleti , fol. 204, 1. v.

(2) Md., fol 206.

(3) /bid.

(4) /Wrf., fol. 208.

(5) /bid.

(6) Ibid.

(7) Ibid., fol. 209.

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