LIVRE
bras(l). Les Turcs furent défaits. Balaban cbappa à grand'petne (2). Pour la troisième s, le général ottoman revint avec une armée, l'Albanais Jakub amena un autre corps de •upes (3) ; mais avant que ces renforts pusit le joindre, Balaban fut forcé parSkandcrgà une bataille. 11 plaça en avant l'infanterie, mposée des Asabes : à l'aile gauche, en face Tanusio-Topha , les cavaliers mercenaires, pelés ulufedschis; à Zacharias Groppas, il posa lesakindschis,et à Manuel Pek, les jatschares. Lui-même était à l'aile droite , à la te de l'élite de ses vétérans, qui formaient le xf de son infanterie. Malgré toutes ces dissions il fut défait complètement (4). Le uin n'était pas encore partagé dans le camp, rsqu'un courrier, envoyé de Petralla , par Maiza, sœur de Skander-Beg, lui annonça que Vlbanais Jakub était parvenu, avec une armée e seize mille hommes, jusqu'à Berat, brûlant massacrant tout sur son passage , et qu'il était taiotenant camj>é dans la petite Tyranna, près e la rivière d'Argilata (6). Skander-Beg couat à la rencontre de Jakub. Les soldats furent iemôt aux prises; ce fut une lutte d'homme à omrae. Pénétrant à travers la mêlée la plus paisse, le prince arriva jusqu'à Jakub, le perça e sa lance, et lui abattit la tête (6). A cet asect, les Turcs prirent la fuite, laissant quatre nille des leurs sur le champ de bataille , et six aille prisonniers. Après avoir vengé par cette louble victoire la perte de ses vaillants comagoons à l'issue de la vallée de Vachalia, Skanler-Beg rentra triomphant dans Kroja (7). Après ces échecs militaires, et deux vaines «natives d'assassinat faites sur Skander-Beg, tu moyen de meurtriers déguisés en néophytes :nrétiens (8) , Mohammed se mit enfin en marne lui-même pour l'Albanie , avec une année le plus de cent mille hommes (9), et vint assié-
(1) Marini Barleü , fol. 210.
7) Ibid.
(3) /MA, foj. 212.
Wî /Md., fol. 214.
(5) /Md.. fol 215.
(«) /Md., fol. 216.
(7) /Md., fol. 217 , fin do ju* livre.
(8) /Md., foi. 218 , commencement du xn« lim.
'») Barletidonue à Mobammeddeux cent mille homme».
ger Kroja (1). Harcelé sur tous les points par Skander-Beg, voyant succomber chaque jour ses meilleurs soldats , il se retira enfin , et il déchargea sa fureur sur les valeureux habitants du territoire chaonien de Ghidna; attirés à force de promesses , ils s'étaient rendus à ce tyran , qui en fit immoler huit mille (2). Pour observer Kroja, il avait laissé Balaban avec quatrevingt mille hommes; celui-ci fit camper une partie de ses troupes sur une montagne qui dominait la ville (3), attendant les renforts que devait lui amener son frère Junis. Skander- Beg, bien informé, marcha toute la nuit audevant de Junis, le battit, et le fit prisonnier avec son fils Chisr : il les fit amener chargés de fers en vue de Balaban, et profita de la consternation des Turcs pour les attaquer avec fureur. Balaban , hors de lui , courut au pied des murailles presser les assiégés de ses promesses; mais blessé mortellement à la gorge , d'un coup de feu tiré par l'Albanais Georges Alexios, il fut rapporté dans le camp, et rendit l'âme devant sa tente. Les Turcs se retirèrent et ne s'arrêtèrent qu'à Tyranna, à huit milles de Kroja. Skander-Beg fit de vains efforts pour contenir l'ardeur de ses troupes, quf voulurent poursuivre l'ennemi : au bout de trois jours de combats, après d'énormes pertes, les Turcs s'ouvrirent un passage; mais leurs garnisons, dispersées dans les places , furent prises ou passées par le tranchant du sabre (4).
Ne pouvant soumettre Kroja pour.le moment, et voulant néanmoins tenir en bride les Albanais, Mohammed releva et fortifia l'ancienne ville des Valliniens, aujourd'hui Ilbeszan , siège d'un sandschak (5), et ruina Tschorli,que Skander-Beg avait fondée à peu de distance de Durazzo , sur le rivage de la mer (6). Bientôt après, Skander-Beg mourut à Alessio, l'ancienne Lyssus, dans la soixante-troisième année de son
et de plus quatre-vingt mille à Balaban , fol. 218, 1. v ,
(1) Barleü.
(2) Ibid., fol. 219.
(3) Barleü nomme la montagne Crninns , fol. 223.
(4) Fin du xii* livre , fol. 225.
(5) Hadacbi-Chalfa , Tables chronologique» ; Seadeddin, ldrU , Neschri , Bsolaksade , Aali.
(G) Barleii, fol. 226, nomme la ville Cbiurilot.
2ÖÖ
âge , après avoir lutté victorieusement pendant trente ans contre les armées de Murad 11 et de Mohammed 11, pour le salut de la foi et la liberté de sa patrie. Il ne porta point ses armes en conquérant , comme Pyrrhus, dans le cœur des États ennemis ; et , plus grand que Gentius, il échappa au destin des vaincus : sa valeur, comme celle de ces deui rois et de ses compatriotes, fut un peu entachée de la crtiaulé albanaise. Dans la même année mourut aussi son voisin, Étienne Cosich, seigneur de l'Herzogovina, qui, engagé dans des querelles avec ses fils, avait envoyé le plus jeune , comme gage de sa fidélité , à la Porte , où il embrassa Fislam , devint le favori du sultan , et plus tard fut choisi par ßajesid II pour gendre et pour grand vesir; des deux autres, Wladislaus obtint , après la mort de Cosich, l'Herzegovina supérieure, et le second la partie inférieure; mais bientôt après, Wladislaus s'enfuit en Hongrie (1), et l'autre ne se maintint que peu de temps en possession de vieux châteaux, jusqu'à ce que tout le pays fût incorporé comme sandschak à l'empire ottoman , sous le nom allemand de duché (hersek}{2).
Le calme <ie deux années qui, après la mort du prince de Karamanie et de Skander-Beg, interrompit la suite rapide des triomphes du conquérant, et pendant lequel l'histoire n'a plus à inscrire ni pays ravagés, ni villes conquises, ni garnisons égorgées ou sciées, ce calme fut consacré par Mohammed en partie à des armements maritimes, en partie a la construction du nouveau sérail : sur l'emplacement de rAcropolifl de l'ancienne Byzance, et, plus tard, du palais des empereurs, là où s'élevaient dans l'antiquité les temples de Pallas triomphante, de Neptune, de Bacchus et de Jupiter, d'Hécate et de Proscrpine, et, sous la domination du christianisme, les églises des saints Démétrius et Minas, de Théodore Sergius et de la Sainte-Vierge; là même où se voyaient le palais Chalke, les salles des gardes avancées et des gardes du corps, avec leurs sept coupoles ;
(1) Spaiidugino, p. 54.
(2) Seadeddin , ldris , Nesdiri , Saobksadt , Aall et HadschtCbaMk , dans m Kuiuili , p. 174. Foy. aussi Engel , Histoire de Servie , p. 490, et <
de Bosnie , p. 472.
présesoli<tr si
où l'on admirait la chambre du trésor , avec l'horloge, les triclines des dix -neuf convives de l'empereur, la salle du trône, toute mplandissante d'or, la salle de porphyre oè les césars naissaient sur la pourpre; sur m mêmes lieux , consacrés par tant de souvenirs, dans la huil-cent-soixaote-douziènie année de l'hégire, fut achevée la construction du nouveau sérail et de la Porte ottomane, pmentant ces inscriptions : «Que Dieu éternise neur du possesseur ! — Que Dieu consolide construction ! — Que Dieu fortifie ses ments!(l) »
Tandis que se poursuivaient les dans l'arsenal du nouveau port aux galère? . h cavalerie légère des akindschis franchissait fi frontière septentrionale de l'empire, et, parcourant la Selavonie, la Carniole et la Styre, poussait même jusqu'à Cilly , n'épargnant ni les enfants, ni les vieillards, ni tes champs, ni les vignes, massacrait plus de deux milk paysans avec leur bétail , et entraînait plus àt vingt mille esclaves (2). La joie de ce succès facile fut tempérée par la perte de deux Iles. et de deux ports dont s'empara la flotte vénitictmf commandée par Mcoloo Canal*. Ainos sur ti côte de Thrace,Phocée sur le rivage d'IoHie.ffl tlesdimbros et de Lemnos furent saccagées par les troupes de débarquement, et Lustizza, dans le golfe de Patras , fut fortifiée (3). Les VénitienscommencèTent ces hostilit&aprèsdïnutih démarches pour le rétablissement de II pan Le juif David qu'ils avaient envoyé à CoDstaotinople afin de demander un sauf conduit poor Giov. Ca pello comme négociateur delà paixaraii été repoussé durement par Mahnrod-Pascha A
Brûlant du désir de se venger des course? des Vénitiens par une grande entrepris
(1) Conslaiitiuople el le Bosphore , 1. 1 , p. 197, 221-
(2) D'après la chronique de Mœlk , 1460, Tmi abducunt ex Sclavonia trigenta nulle hominandans la chronique de Mariai Sanutd il est dit : 1488 lemoJÜu scorgada Vai Turchi fin a gorkia, Isng* I. vu , p. 252.
(3) Lettere d'un seßretario del S. S. MaJaiesu, d»* Sansovino, p. 249. Les historiens ottomans plaçait -> conquête d'Ainos eu 872 ( 1467].
[4> La tourte chronique ottomane , dans Mario" fcuuto.