‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 156 sur 297 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

INTRODUCTION DES FERMAGES RLRAliX. — RAVAGES DEVANT TOKAT. — MAHMUD- PASCHA GRAND VESIR POUR IA SECONDE FOIS. — LETTRE AUTOGRAPHE DE MOHAMMED. — DYNASTIES Dû MOU- TOVBLAKC ET DU MOUTON-NOIR . — QUATRIÈME CAMPAGNE DE KARAMANIE. — HISTOIRE Dlt- SCN-HASAÏI. — IL TRIOMPHE DU BEGLEKBEG MUKAD-PASCHA, MAIS EST EtVTIÈREMETT DEFAIT PAR MOHAMMED A TERDSCHAN. — EXPLOITS DE LA FLOTTE DES CROISÉS. — DÉPOSITION ET SUPPLICE DU GRAND VESIR MAHMUD-PASCHA. — ATTAQUE SUR SATAL1A. — CONQUETE DES CHA- TEAUX DE KARAMANIE. — LE PRINCE DSC HE M EST PLACÉ COMME GOUVERNEUR DE LA KARA- HANUS, ASSUJETTIE DANS LA CINQUIÈME CAMPAGNE.

I* regard toujours plus ardent du conquérant se tourna de nouveau d'Europe sur l'Asie, où i! se fixa maintenant pendant cinq années. Dans la Karamanie vivait encore un reste d'attachement aux anciens princes; le fils d'ishakfeq; se tenait encore avec sa mère à Selcf ke , et hhak lui-même ainsi que Kasim-Bcg. soutenus par leur protecteur Usun-Hasan , s'efforçaient de rallumer le feu mal éteint de la guerre. La tribu tatare de Torghud était a demi exterminée; mais une autre race tatare, celle de Warsak , fixée dans les mêmes cantons depuis l'invasion de Timur, s'était maintenue , et enfin le territoire d'Alaje était encore indépendant tous la domination de Kilidsch-Arslan , des- i cendant des anciens sultans seldschukides en Asie Mineure. Afin de rétablir et d'assurer l'unité et le calme dans la Karamanie, le grand vesir fut envoyé en Asie avec des troupes considérables; mais à force d'extorsions il épuisa Kregli( Héraclée) et Larenda. Comme les habitantsde la dernière ville, voyant son ardeur du pillage toujours plus irritée, le suppliaient d'épargner au moins leurs mosquées et leurs écoles, qui étaient consacrées avec leurs dotations à la sainte ville de Médine où repose le corps du prophète; il fit massacrer les députés interprètes de cette prière. Après avoir écrasé les villes de Karamanie , il alla porter sa rapacité sur le territoire des Warsaks (1). Un des — - »

(1) U chaîne du Taurin , au nord-ouest de Selefke , «'appelle encore Wamklaghi; Dscblhanouma , p. 611.

TOM. I

begs de cette tribu, Ojus-Beg, se mit en em- ' buscade dans 1rs défilés de la Cilicic, avec de l'inf.in'erie; suivant tous les mouvements des fourrageurs et des pillards de Mohammed-Pascha , surprenant tous ceux qui s'écartaient , il détruisit ainsi plus de la moitié de l'armée turque, et ie reste n'échappa qu'en abandonnant les dépouilles déjà recueillies de toute la Karamanie. Les Warsaks, en voyant fuir Mohammed- Pascha , s'écrièrent, en se tournant ironiquement vers leurs chefs (I ): « O le gracieux vesir, et le digne seigneur qui est venu déposer de l'or à uos pieds!» Le sultan destitua le grand vesir déjà flétri par sa défaite , et donna sa dignité à Ishak- Pascha, qui de la condition d'esclave s'était élevé au gouvernement de la Bosnie. Au reste, en nous transmettant les perfidies , les exécutions et les rigueurs de Rum Mohammed-Pascha , causes de sa grandeur et de sa ruine , l'histoire a conservé un autre souvenir de son administration , c'est l'introduction des fermes (mukataa) qui devait avoir le mérite d'une grande mesure financière aux yeux de Mohammed. Aussitôt après la conquête de Constantinoplc. lorsque Mohammed envoyait de tous côtés des colons pour repeupler la capitale déserte , il établit une redevance sur les maisonsabandonnéesaux nouveaux venus,ce qui détermina l'émigration d'un grand nombre de moslims transportéstout récemment dans la ville

(1) Seadeddin f dans BraluUi , p. 250; StolaUade , fol. 57 , Keachri , p. 222.

conquise. Sur les représentations du vieux Lalaschahin, compagnon d'armes de Murad 11, Mohammed abolit cet impôt sur les maisons ; mais Rum Mohammed-Pascha le rétablit pen- ; dant son administration , et c'est à lui aussi que ! se rattache le premier établissement des muka- i taas ou fermages ruraux , dont il sera question * plus d'une fois dans cette hisoire (1).

Le nouveau grand vesir Ishak-Pa-»cha marcha en Karamanie contre Kasim-lîeg, |>ère d'Ishak- Beg , qui avait soulevé le pays eu faveur de l'ancienne famille. 11 1'alteiguit près du château de Mut, le mit en fuite, et rétablit les fortifications de Mut et de Nikde ; ensuite il conquit jes châteaux de Warkoi, l'dschhiszar, Ortahiszari, ainsi que la ville d'Akserai , qu'il dépeupla d'après l'ordre formel du sultau , pour en transporter les habitants à Constanlinople , où ils furent établis dans le quartier appelé encore aujourd'hui Akscrai (2). Tout cela s'accomplit dans l'année où se fit l'expédition de Négrepont. En 1471, Keduk-Ahmed-Pascha, qui de simple jauitschare était devenu pascha a trois queues, fut envoyé avec une armée vers Alaje. Cette ville, bâtie parle sultan seldschukide Alacddin- Keikobad(3), au bord de la mer, à la place de l'ancienne Coracesium, s'élevait sur des rochers de cinq à six cents pieds de haut , remarquables par leurs couches alternativement blanches et rouges (4). Le pascha persuada au souverain d'Alaje de se rendre sans hésitation, et l'envoya avec sa femme et son enfant auprès du sultan, qui lui assigna Kumuldschina pour son entre- : tien (5). Bientôt ce prince, sous prétexte d'aller ! à la chasse, trouva moyen de s'enfuir. Il gagna l'Égypte; sa femme et son fils s'éteignirent dans la douleur, et furent ensevelis à côté l'un de l'autre à Kumuldschina. DKgypte, Kilidscharslan | envoya à Kuduk-Ahmed-Pascha un diamant qu'il i avait reçu du sultau , en le chargeant de le lui j remettre. Nous avons déjà dit qu'au moment où ! Ishak-Bcg, prince de Karamanie, s'était enfui auprès d'Usun-llasan, son épouse et son fils

(1) Nocbri , fol. m , auuitôl aprè» la conquête de Conmaniinople.

(2) Fox. 1« plan de Constant inop'e , par Käufer.

(3) Dwchihaunuma , p. 621.

(4) Caramanh de Beaufort , AnnaK.« de la littérature , |. »iv

(5; U Romili d'Hadtcbi-lJialFa , p. 69.

Moharamcd-Beg se renfermèrent dans le chatrau de Selcl ke. A la nouvelle de la mort de son époux, la princesse avait envoyé par tine ambassade sa soumission au sultan, qui chargea Keduk-Ahmed de preudre possession de la place Le vesir s'acquitta de cet ordre, et marcha ensuite sur le château de Mokan (I), dans lequel se trouvait la famille de Pir-Ahmed, frère d'Ishak-Bejï, et la nièce de ces princes, renommée pour sa grande beauté. Keduk prit la princesse et les trésors au nom du sultan, et alla mettre le siège devant le château de Lulge. Lorsqoli s'en fut rendu maître, il fit massacrer une parue des défenseurs, et précipiter les autres du baut des murailles. L'approche de l'armée dX'sun- Hasan ne permit pas au pascha de se maintenir en possession de ses conquêtes , et il se relira sur Konia (2).

Usun-Hasan, résolu de soutenir les droits des princes de Karamanie contre le sultan Moharn med, avait franchi les frontières ottomanes, et s'était avancé vers Tokat. Auprès de lui so trouvaient les deux cousins de Mohammed. Pir-Alitncd et Kasim-Beg; l'année était sous le commandement d'Omar- B<g, vesir d't'son- Hasan et de sou neveu Jusufdsche-Mirsa. Toute* les horreurs que rapporte l'histoire Lors de U prise de Tokat se renouvelèrent dans Tokat emportée d'assaut. La ville fut réduite en cendres, et les habitants furent livrés à mille suj>plices; ensuite Omar-Beg marcha sur Diarbekr, laissant en arrière le neveu d' Usun-Hasan, Jusufdsche avec Pir- Ahmed et Kasim , et ceni mille homme. Jusufdsche, dirigé par les princes de Karamanie, ravagea les contrées que ceux-ci prétendaient gouverner (3).

A la nouvelle des atrocités commises à Tokat, et de la dévastation de la Karamanie, Mohammed se. sentit transporté de fureur: à l'instant il ordonna de planter sa tente à Skutarï; puis il ap|)cla tous les paschas et les begs avec leurs troupes autour de sa personne , dan> li camp sur le rivage asiatique. Le péril était imminent : le centre de l'Asie Mineure était mnacé ; le grand voir Ishak et le prince Muta-

(1) Mrurann , dans Kralutti , 1. il , p. 255. (2} Sradrddin, dariR Bralutti , I. H , p. 255; Sri*nade , fol. 57 ; Nescbri , fol. 221.

'3; Seadeddin, Swlaksade, Nescbri, Idris.

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