LIVRE XV
Parmi ceux-ci se trouvaient le juge Mahmudxherichi , Tun des plus grands orateurs de l'Irak , Kasi-Hosznkeisi , Imam Usun-Hasan , et Se id-Mohammed, son secrétaire d'État pour les traits de son nom :on brisa leurs fers, et ils furent traités avec distinction.
Les émirs de la famille du Mouton-Noir , quTsun-Hasan traînait captifs à sa suite depuis la défaite du sultan Dschihar , furent rendus à la liberté comme anciens alliés , et protégés des uillans ottomans; trois Minas, du sang de Tiniur, et parents par leur mère d'Osman Baienderi , aïeul d'Usun-Hasan , furent envoyés comme prisonniers d'État à Amasia; deux autres des principaux begs d'Usun-Hasan furent chargés de fen. Quant à Dilrik,nls de Sinan- Beg, Ottoman , qui, par amour pour la science, s'était rendu précédemment en Perse, et avait excité le souverain du Mouton-Blanc a l'expédition contre Rum, il fut mis à mort (1). Trois mille Turkmans subirent le même sort, pas tous à la fois, et dans le premier enivrement de la victoire ; afin qu'ils servissent plus longtemps de spectacle à la cruauté du conquérant, oo leur fit suivre la marche de l'armée , el à chaque station on en choisissait quatre cents , qui étaient massacrés régulièrement. Cette immolation se prolongea ainsi pendant sept jours (2) , jusqu'à ce que le camp se trouva défaut le château de karahiszar , si fameux par la force extraordinaire de ses ouvrages. Lorsque Ion marcha contre Usun-Hasan, Mahmud-Pascha,dans le conseil de guerre réuni par le »ultan, avait été d'avis qu'avant tout l'on entreprit le siège de karahiszar, parce qu'il était «trèroement dangereux de laisser une place aussi forte sur les derrières de l'armée. « Nous ne sommes pas ici pour prendre des châteaux , mais pour battre des armées », avait dit alors Mohammed plein de colère, tout en contenant alors l'explosion de son ressentiment. Après la grande victoire sur Usun-Hasan , la place se rendit aussitôt que Mohammed parut devant «es murailles; s'inclinant , dit le vieux Neschri, devant la terrible puissance de son regard (3).
(1) ldri*,fol. 149.
(2) Neschri, Aali , Idris.
tt) Seadeddio , Aali , Ssolaksade , Tables chronolo- S»iu»dTladKhi-Chalfa.
Darab-Beg, le commandant persan, reçut pour récompense de sa prompte soumission le sandschak de Tschirmen, dans le voisinage d'Andrinople. Là furent partagées les immenses dépouilles prises sur Usun-Hasan , et , de plus, Mohammed fit don à l'armée des 10,000,000 d'aspres qu'il avait distribuées parmi les soldats comme avance de solde à l'ouverture de la campagne. En même temps, comme accomplissement d'un vœu, ou par l'effet d'une inspiration passagère d'humanité, en témoignage peut-être de reconnaissance envers Dieu \)Out l'heureuse issue de son expédition, il donna la liberté à tous ses esclaves des deux sexes. Un seul mot du sultan fit tomber les fers de quarante mille jeunes gens et jeunes filles. Enfin , de ce lieu Mohammed adressa les bulletins de sa victoire au sultan Husein-Baikara , arrière-petit-fils de Timur , l'ancien souverain du Chorasan , vaincu par Usun-Hasan (1 ), à son fils le sultan Dschcm, gouverneur de Kastemuni (2) , et des ordres partirent pour que tous les beglerbegs et les sandschaks de l'empire fissent célébrer son triomphe par des fêtes et des réjouissances (3).
Le premier acte politique de Mohammed après son retour à Constantinople fut la déposition de Mahmud-Pascha, auquel fut enlevé, pour la seconde fois, la dignité de grand vesir. Le refus de prendre , dès l'ouverture de la campagne, le commandement supérieur avant la fin de l'hiver , la proposition du siège de Karahiszar, et plus encore l'avis soutenu dans le conseil de guerre après la bataille de Terdschan,de ne point poursuivre l'ennemi plus avant dans le pays, avaient attiré sur lui la disgrâce du sultan, qui avait su se contraindre et dissimuler tant que la tète et le bras du grand vesir lui parurent indispensables. Mahmud fournit , d'ailleurs , un prétexte à la vengeance, en laissant percer une joie odieuse sur la mort du prince Mustapha (4), gouverneur de Karamanie : car, au lieu de se couvrir de deuil, il porta des vêtements blancs , et joua aux échecs. Mais le véritable crime de Mahmud , c'est qu'il exprimait des opinions indépendantes, c'est
(1) Collection des papiers d'État de Feridun , n°231 .
(2) Ibid., n° 232.
(4) *»laksade,fol.6l.
qu'il avait montré des sentiment* d'humanité , en épargnant la vie du roi de Bosuie, en accordant une libre retraite au prince de Karamanie. De tels attentats effaçaient tous les services du conquérant de la Servie , de la Bosnie et de Né> grepont, du grand protecteur des savants, du provocateur de tous les établissements utiles, ou plutôt ses mérites eux-mêmes étaient autant de motifs de condamnation. Mahmud, né d'un père grec et d'une mère illyriènne, et converti violemment à l'islam dans sa jeunesse, est véritablement le premier grand vesir de l'empire ottoman qui ait laissé des souvenirs durables de son amour pour les sciences et pour les institutions bieufaisantes de la paix. Aujourd'hui il en reste encore quelques roouuments après environ quatre siècles. Des mosquées et des bains portent encore son nom à Gonstanlinople (1) et à Ssofia; Ion possède la collection de ses lettres à Mir-Alischir, le célèbre grand vesir du sultan persan Ebsuaid, qui, par ses poésies persannes et d&chagataîennes , par les fondations de tant de mosquées, de collèges, de caravansérais, d'hôpitaux, de bains et de ponts, vivra éternellement dans l'histoire de l'Orient (2). Mahmud - Pascha aussi était poète, et comme tel il portait le surnom d'Adeui , c'est-à-dire poète de l'Eden. Non-seulement il savait rendre justice aux savants , dont plusieurs lui dédièrent le.irs ouvrages; il se montrait encore généreux envers eux. Lorsqu'il fit construire son collé; ;e à Constant inople , il gratina chaque danischmend de deux turbans , d'an morceau d'étoffe de laine, d'un morceau de drap écarlatc, et de 500 aspres. Le jeudi de chaque semaine il recevait des savants à sa table , sur laquelle était servie une assiette de riz avec des pois. Une grande partie de ces pois était de l'or fin, et ce que chaque danischmend pouvait prendre avec sa cuiller l i appartenait. Mahmud avait coutume de dire : Quiconque jouit des fort unes de la faveur doit avoir l'or à la bouche. U tenait souvent un langage plein de sagesse et d'équité en présence du sultan. Mohammed ayant un jour demandé a un mollah
(1 ) Osman-F.fendisade , Biographie de» vesirs , cl dans les biographies des pot1! es , par Aaschik-Hasan et Hasan- Kii.aluade.
(2) Histoire de la rhétorique persauue , p. 3t2.
d'où venait la décadence de la Grimée, où j^ib plus de quatre cents docteurs faisaient fteam les sciences, le légiste répondit que c'était k faute du dernier vesir , qui , par son dédaii pour les ulémas, avait transformé ce par terrestre en un désert couvert de ruines, hammed saisit l'occasion de donner a son une leçon sur la manière dont on doit les savants, et sur la culture à rendre aux »des* ces. Mahmud dit avec autant de franchi» qoe de vérité que la faute devait remonter jusqu'au prince qui n'avait pas choisi un vesir plus labile. De telles manières, un langages! siDCfi* doivent avoir contribué a la seconde deposilion de Mabmud et à sa condamnation capitale. Mahmud écrivit dans son testament : «Je ni arrivé à la porte du sultan avec un cheval, m sabre et 500 aspres; tout ce que j'ai acqo» <k plus est le bien du padischah, à la grâce duquel je recommande le sort de mnn fils Mohammed» Beg, et le maintien de mes fondations pieuses.* La vie et la mort de Mahmnd loi acquirent It renom d'un martyr, et la tradition populaire a reproduit les circonstances de sa roc une légende où le sentimeut de la tyrannie di sultan s'exprime dans un langage énergique et simple (1).
Après le retour du sultan de sa campa;;^1 d'Asie, l'achèvement de la guerre dans la Ciliré l'etrée et sur la côte où quelques châteaux tenaient encore pour Pir- Ahmed et Kasim-Beg. avait été remis an prince Mustapha, gouverne» de karamanie, et à Keduk Ahmed-fVchi.
successeur de Mahmud-l'ascha , comme grand vesir. Mais avant de rapporter la fin de cette guerre de Karamanie, d'après les historien* ottomans, il convient de jeter un coup d'ffil s* les exploits de la flotte des croisés dans lesmei» de Cilicie, sous les ordres de Mocenigo, au n* meut delacampagnecontre Usun-riasan-Far** légats, les cardinaux ßcssarion. Beroboctßffgia, Sixte IV avait poussé la Irance. l'Allemagne et l'Espagne à une croisade contre le Turcs, et il avait convoqué un concile oam palais de I -atran ; it avait fini par conclircavec Venise et Naples la triple lijjue qui , du principal négociateur, fut appelée alliance de O
,1) Dam la bibliothèque royale de quarto de» manuscrit» de IKez.