LIVRE XV
ristan, Astrahad, kumis, Dania^han, Bestam, Semnan, Firuskuh et Lardschan; qu'à un troisième Al», Seinel-Beg-Behadir, il avait conféré le gouvernement de kerman et de Sirdschan jusqu'à ta ruer Persique, ainsi que d'une partie de l'Irak , tandis que dans le Chorasan, les villes de Nun , Kais et Tain étaient prises, et que leur possession était assurée par vingt mille hommes ; que l'émir Omar-Beg tenait Fars occupé avee des troupes suffisantes ; que dans le Loristan , il était maître de la place deCliurremabad, qui avait résisté plusieur> fois aux attaques d'Ebusaid et de Dschihannuma, et qu'il avait conquis Dschesirc, capitale du Kurdistan; que, grâce à Dieu, son vaste empire était maintena ut arrondi, et assuré contre les euuemis comme par une digue d'Alexandre ( 1 ).
Gonflé par tant de succès, se regardant connue le maître de l'Orient, Usun-Hasau crut être eu état de se mesurer avec Mohammed, comme jadis Bajesid avec Timur. 11 accorda un asile et des armes aux princes fugitifs expulsés par les Ottomans, kisil- Ahmed de kaslemuni et les princes de karamanic avaient trouvé une situation honorable auprès de lui. Outre l'assistance qu'il leur avait fait prêter à maiu armée, il irrita la colère de Mohammed par la lettre de victoire dans laquelle il lui annonçait le renversement et la mort de Dschihanschah (2), ;imi constant du sultan, et par une autre plus offensante encore, dans laquelle il ne lui donnait pas une seule fois le titre de sultan, se contentant de l'appeler Mohammed- Beg (3). Par cette dernière missive il lui apprenait qu'il avait conquis tout le Farsistan, dispersé les ennemis, clioisi Sehiras pour sa résidence, qu'il avait reçu l'hommage d'Ilusein-Baikara. et que maintenant, par la gràcedcDieu, il n'avait plus rien à craindred'aucuncôté. L'insulte était d autant plus grave, que Mohammed avait toujours été en rapport d'amitié avec Husein-Baikara «Hume avec D*chihaoschah( 4). Il répondit aussitôt d'une manière plus insultante, s'adressant à fsun-Ilasan, du ton de commandement, et le traitant comme un simple chan persan (•"»). « Si
(1) Gollecüo» de Ftridun , n» 223.
(2) Ibid., o° 222, saus date ni réponse.
(4) N« MM , et la réponse n° 198.
(ij N- 225.
quelqu'un, disait-il, orgueilleux de la fortune, franchit les limites , et entreprend snr la justice, c'est un signe de chute pour sa dominât ion. Des idées confuses et fanatiques remplissent ton cerveau; il faut les en chasser, et suivre la raison comme conseillère. Notre empire est la maison de l'islam ; de père en fils, la lampe de notre empire a été entretenue avec l'huile du cœur des infidèles; si tu exerces des cruautés contre les moslims, tu dois avec tes complices être compté parmi les ennemis de la loi. Pour détruire ces ennemis nous avons sellé notre cheval et ceint notre épée; t«i ne dois pas dire : Je ne savais pas, ou je ne me suis point aperçu. Il ne faut pas le moins du monde que tu t'avances vers nos États. Au mois de schewwal , je mar« cherai moi-même avec mon armée triomphante contre tes forteresses et tes châteaux, ayant la confiance qne Dieu, le maître et le dominateur de toutes choses (que son nom soit béni!), me choisit pour instrument de s;i vengeance sur toi, et par moi il effacera tou nom. Il n est plus besoin de paroles. Tu répondras a ce diplôme impérial. Salut à celui qui ne veut que le bien ! »
Vers la fin de mars (1 ), Mohammed se mit en marche de Skutari vers Jenitscliehr, et les troupes de la Rumili franchirent la mer près de Gallipoli. lorsque l'armée fut arrivée à Begbasari, le prince gouverneur de karamanie, sultan Mustapha, vint se présenter au l»ise-main, et plus loin, à kasabad, le prince gouverneur d'Âmasia, sultan Bajesid, accourut rendre le* mêmes devoirs à son père. Dans la plaine de Si was, l'armée fut passée en revue. Le beglerbeg de Rumili, Chasz-Murad-Pascha, do sang des Paléotogues, fils de Vitus (2), commandait sous Bajesid lade droite, composée de quarante samlschak-begs et de vingt mille janilschares; l'aile gauche, formée de vingt-quatre sandschak-begs et de vingt mille Asabes, sous Mustapha, était dirigée par le beglerbegd'Anatoli , Dand-Pascha ; au centre, était comme de coutume, la cavalerie pour la garde spéciale du sultan; à droite étaient rangés les sipahis, a la
( 1 ) Dans le mois de »ebewu al , ainsi encore dan» l'année 877 de l'hégire.
(2) I/Histoire Grecque , dans te Tureo-Gra»a de Cru-
siu», p. 24.
gauche les silihdares avec desUlufedschis et des ghurebas distribués des deux côtés. 11 y avait en tout cent mille hommes bien équipés (1). Ali-Beg , fils de Michaloghli , chef héréditaire des coureurs, avait été détaché en avant pour ravager le pays ennemi et tirer vengeance des atrocités de Tokat. l'sun-Hasau était averti par ces éclaireurs de l'approche de Mohammed; la lettre menaçante rapportée plus haut, ctqui venait de luiétre remisc,l'avail engage à se mettre sur ses gardes. 11 avait donc pris une forte position sur l'fcuphrate, le flanc protégé par le fleuve, et les derrières couverts par une montagne. Chasz-Murad- Pascha, qui avec la cavalerie légère de l'avant-gardc précédait l'armée, se laissa emporter par l'ardeur de sa jeunesse, et par le succès de quelques escarmouches ; il vînt fondre droit sur le gros corps de bataille de l'ennemi. Michaloghli, qui reconnut la supériorité des forces auxquelles ils avaient affaire , s'était retiré. Mahmud-Pascha, qui suivait Murad- Pascha, lui fit dire de ne plus avancer d'un pas et de faire bien vite un mouvement en arrière; mais Murad-Pascha, au lieu d'obéir, poursuivit sa course et tomba duns le piège tendu par Usun-Hasan, qui feignit d'opérer sa retraite afin d'attirer les ennemis dans une embuscade. Murad reconnut trop tard les suites de son imprudence; son courage de lion'nc put le sauver: il périt avec la plus grande partie de ses troupes. Trois des hommes les plus distingués de l'armée . ottomane, Omar-Bcg, fils de Turachan, le fameux gouverneur du Péloponèse, Hadschi- Beg, defterdar de Rumili, et le savant légiste Ahmed-Tschelcbi, fils de Fenari, furent pris, et tous trois enchaînés dans une tente; les autres prisonniers furent emmenés à Baiburd. Usun- Hasan, triomphant, voulut persuader au fils de Turachan que maintenant la force des Ottomans était brisée, puisqu'il avait détruit l'élite de leurs troupes, l'armée de Rumili, et qu'il tenait captif le fils du conquérant du Pétoponèse. Omar-Beg répondit qu'il y avait encore cent mille hommes comme lui, aux ordres du sultan; il eut ensuite beaucoup de peine à calmer , par des paroles flatteuses, la colère d'Usun-Hasan,
qu'avait irrité la franchise d'un tel langage (2). — — ^
(1) Seadeddin ,dan» Bratutti , I. n, p. 285 ; Stotak- «de, fol. 59. Idria.p. 141.
(2) Neacbri, p. 227.
Mohammed consola son armée avec le récit d'un songe réel ou inventé pour relever le «turage du soldat. Il rêva ou prétendit avoir rivé que lui et Usun-Hasan , tous deux en costnnst de lutteurs, mesuraient leurs forces et leur habileté. D'abord le sultan avait ployé les genouv. mais bientôt il s'était relevé , et avait porté \ son adversaire un si furieux coup à la poctrin* qu'un morceau du cœur d'Usun-Hasan élan tombé à terre. Au bout de quelques jours, if songe se réalisa par la v ictoire complète qw Mohammed remporta sur Usun-Hasan daos k voisinage d'Erscndschan. Déjàl'arméeottonuur' s'était avancée de six marches en pays ennemi, dans la direction de Baiburd (1), et à la tième , le lundi, 1er du mois de rebiulewwe). elle était parvenue aux environs de Terdscbn. à Utschaghisli. Là futaperçue l'armée enneœif sur les hauteurs d'Otlukbeli, où Usun-Hasan Ij rangea en bataille, donnant le Commandern«^ de l'aile droite à son plus jeune fils Seind celui de l'aile gauche à son fils ainé Oghurln-.V»hammed. Kn face, dans la disposition des troupe ottomanes, étaient les deux fils de Mohammed Sultan-Mustapha avec les troupes asiatiques rt les Asabes , à l'aile gauche , et Sultan-Bajesid avec les troupes européennes et lesjanitschares,à l'aile droite. Mustapha fondit sur l'aik droite de l'ennemi, et Seinel, fils d'Usun-Hsac périt dans cette charge. Mahmud, l'aga desjanitschares (2) , présenta sa tète au prince Mustapha , et celui-ci la déposa aux pieds de «o père. Ainsi était accompli le songe de Mohammed; car, en persan comme en turc, les enfants sont appelés les morceaux du cœur. Lt prince Bajesid repoussa l'aile commandée par Oghurlu-Mohammed ; toute l'armée turkmaK fut en désordre, et Usun-Hasan prit la fuite, abandonnant son camp et son bagage. Motaßmeds'arreta trois jours sur le champ de bataille pour massacrer les prisonniers (3). On n'é^ gna que la vie de quelques savants nomme* dont Usun-Hasan, grand protecteur des scient*. • menait toujours un certain nombre avec lui
(1) Dtchihannuma , p. 424, et Annales de ta filature, I. xit, p. 32.
(2) Aali , xxi»€ récit.
(3) Seadeddin, dans Bratutti , I. h , p. 279 ; Sn>M"'fot. 59; Nescbri , fol. 228-230; Idris, fol. 143-IC