‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 191 sur 297 · XIX · texte numérisé non relu

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senter les Turkmans de ces cantons, qui le supplièrent de les affranchir d'impfts et de contributions, en récompense de leur conduite envers Dschem , qu'ils avaient dépouillé du reste de ses effets à son passage, durant la nuit, et qui avait failli rester lui-même entre leurs mains. Le sultan feignit d'approuver leur zèle et de louer leurs bons offices, et il ordonna que tous ceux qui avaient pris part au service dont ils se vantaient se présentassent à sa porte. Les complices du vol, et d'autres encore attirés par l'espoir d'une récompense assurée, accoururent et se pressèrent en foule; alors le sultan les fit tous saisir et mettre en croix, imitant l'exemple de Musa, fils de Bajesid Ier, qui avait récompensé de la sorte les meurtriers de son frère Suleiman. « Voilà , dit-il , le salaire des esclaves qui osent s'immiscer de leur plein gré dans les débats des sultans. Il vous appartient de porter le joug de Celui qui vous l'impose (1;. Si deux héritiers de l'empire se disputent sa possession, aucun étranger ne doit se jeter dans la lutte; quelle est doue l'audace de cette vile canaille, délever leurs bras vers une tète si sublime!» A Konia, Bajesid fit halle dans la plaine de Filibat, chargea Keduk-Ahmed-Pascha de la poursuite de Dschem, confia le gouvernement de la Karamanie à son fils Abdallah, et se remit en route pour Constantinople, en passant par Ilghun. Aux approches de Brusa, les janitschares réclamèrent le pillage de la ville, parce que, disaient-ils, les habitants avaient fermé leurs portes à leurs frères, sous la conduite d'Ajas- Pascha, et soutenu l'armée de Dschem. Sur le refus du sultan, ils se soulevèrent. « Vaillants guerriers, s'écriait Bajesid, faites-moi la remise de o tte ville! »(2) Mais les instances restèrent sans effet; il fallut donner 1,000 aspres par homme pour racheter la ville.

lorsque Keduk-Ahmed-Pascha , lancé à la poursuite de Dschem, fut arrivé a Héraclée, il reçut Tordre du sultan de ramener l'armée, de laisser quatre bannières au prince Abdallah, et de se rendre à Constautiuople , où il siégeait dans le divan en qualité de vesir. Par sou humeur indocile et orgueilleuse , par les souvenirs

(1) Scadeddin ,p. 441.

(2) Neschri , fol. 239; Seadeddlo , I. m, p. 441 ; S«otaksade , Idri*.

irop vifs de sa puissance antérieure, comme grand vesir et lieutenant victorieux du conquérant, il était tombé dans la disgrâce de Bajesid, et il fut renfermé dans l'appartement des gardes de la porte du sérail, d'où l'on est conduit ordinairement à la place des exécutions. Sur les instances du grand vesir lshak- Pascha, Bajesid le mit en liberté, le reçut en grâce, et lui rendit la place de vesir; car il avait besoin de son bras vigoureux pour contenir la Karamanie. Kasim- Beg, dernier rejeton des princes de Karamanie, qui d'abord avait cherché un refuge , et trouvé assistance auprès d'Usun-Hasan, puis de son fils Jakub, avait violé les frontières turques par Larenda, et , poussant plus loin ses courses , il avait battu, dans là plaine de Perwane le beglerbeg de Karamanie, Ali-Pascha l'eunuque , qui était placé à côté du prince Abdallah, pour le diriger; maintenant il assiégeait Konia(l). Ahmed-Keduk, qui devait son arrestation principalement aux manœuvres du vesir Mustapha- Pascha, et qui alors était remis en liberté, parce que l'on avait besoin de lui , ne voulut pas entrer en campagne avant de s'être vengé de son ennemi. Appuyé par la voix des janitschares, il demanda, et obtint du sultan l'incarcération de Mustapha-Pascha; puis il partit pour son expédition, avec deux mille janitschares, quatre mille Asabes, et les propres troupes de sa maison, laissant à la porte du sultan son fils, comme otage de sa fidélité. Sur le bruit de son approche, Kasim-Beg avait quitté Konia, et s'était enfui dans la Cilicie Pétrée, et Ahmed-Pascha, appelant à lui les troupes de la karamanie, le poursuivit jusqu'à Selefke (2). La disette de vivres se faisant sentir en ce lieu pour tant de troupes rassemblées , Ahmed envoya l'eunuque AH-Pascha vers Mut. Kasim- Bcg, qui déjà était en route pour Tarsus, revint sur ses pas pour attaquer l'eunuque. Celui-ci , prévenu de ce mouvement, pressa vivement Ahmed-Pascha de lui expédier des secours, et il en reçut aussitôt. Kasim-Beg, ne se sentant ' point en état de lutter contre tant de forces réunies , déjoua les plans de ses adversaires, fit allumer des feux la nuit dans son camp, et re-

(1) Seadeddin , Ssolakude , ldrit.

(2) Selefke (Sdeud), Caramania de Beaufort, p. 213 et 214.

prit aussitôt la route de Tarsus. Ahmed-Pascha le poursuivit jusqu'au fleuve Tekke, qui sert de limite entre la Syrie et la Karamanie, se dirigea vers le château d'ilraas, le dévasta , distribua j son armée les vivres trouvés dans les magasin* de ce lieu , tandis qu'Ali-Pascha ravitaillait la place de Selefke, puis il alla prendre ses quartiers d'hiver à Larenda , pour y attendre le printemps (1).

Durant cet hiver, Dschem accomplit un pèlerinage d'Égypte au saint sépulcre. Après od séjour de trois mois et demi , il se rendit do Caire à la Mecque, et deux mois après, il ala faire ses stations au tombeau du prophète i Médine. A son retour au Caire [1 1 février 148Î, il reçut des lettres d'invitation , non-senletwat de Kasim-Beg, mais encore de plusieurs feudataires de l'armée ottomane, et entre antres, de Mahmud, sandschak-beg d'Angora, qui, an temps du conquérant, avait occupé la plaît d'aga des janitschares. Us lui représentaient le moment favorable pourla conquête de l'héritage paternel. Entraîné par cet appel, Dschem partit du Caire pour Alep, où il arriva au bout de six semaines [6 mai 1482]. Là vinrent le joindre Mahmud, sandschak-beg d'Angora, et les antres transfuges, qui avaient quitté les quartiers d'hiver d'Ahmed-Pascha , et abandonné le service du sultan. A la réception de ces avis inquiétants, Bajesid, songeant à la sûreté du prince Abdallah, donna l'ordre de le transporter à Karahiszar; et , attribuant la défection d'une parti* de son armée à Ahmed-Pascha , il lui manda de venir le trouver. Lui-même s'élança dans l'Asie» et planta les bannières impériales dans la plaine d'Aidos , où devait se rassembler l'année. Cependant Dschem s'était avancé dans la Cilicie Pétrée, où Kasim-Beg vint à sa rencontre i Adana ; une alliance fut conclue entre eui.« vertu de laquelle Dschem , s'il parvenait au trône, devait assurer à Kasim-Beg le coœmandement viager de la Karamanie. Ainsi unis, ils marchèrent sur Héraclée , d'où Dschem expédia son chambellan Sinan>Beg, avec des profitions de paix , à Ahmed-Pascha [18 mai 1401» dans l'espoir d'endormir ainsi l'activité de « chef. Le déserteur Mahmud -Beg, avec ses

(1) Seadeddin, 1. ni, p. 443; IdriJ, p. 122, LaUade , p. 67 Nochbetet-Ttwaricb, p. 107-

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