‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 192 sur 297 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

troupes légères, suivait les traces du négocia- , leur, afin de surprendre Keduk- Ahmed-Pas- ; :ha(l). Conformément aux ordres du sultan, j Iveduk avait quitté Larenda , et s'était dirigé vers Konia, pour escorter ensuite le prince Ablallahjusqu'au château fort de Karahiszar ; près :les Alpes de Tschukur-Tscheraen , au-dessus !e konia, il y eut un mgagement entre Ahmed- Pascha et Mohammed, commandant de la cavalerie de Dschem, mais sans résultat décisif. A >idi-Guasi, Keduk- Ahmed fit sa jonction avec le sultan, auquel il alla baiser la main, ainsi j que fit le prince Abdallah. Cependant, Dschem | et kasim-Beg étaient arrivés devant konia, dont ils entreprirent le siège (6 juin 118*2). La vaillante défense d'Ali- Pascha leur ayant enlevé tout espoir de prendre la place, Mahmud« Bei; sollicita de Dschem la permission de pousser avec mille hommes jusqu'à Angora, pour prendre ses femmes et ses enfants qu'il y avait laisv s. Mais il eut la douleur de trouver que ces êtres si chers avaient été, sur l'ordre du sultan, emmenés a Constantinople. Il attaqua Suleiman, pascha d'Amasia, qui était en marche pour joindre le camp du sultan. Mais le sort des armes devint fatal à Mahmud , dont la tête fut envoyée au sultan comme trophée de la victoire. Dschem, espérant enlever Suleiman -Pascha, s'était porté rapidement vers Angora ; mais il apprit l approche des troupes de Bajesid. Abattue par eette nouvelle, l'armée de Dschem rassemblée à la hâte se dispersa, et le prince lui-même précipita sa fuite par Akschchr et Héraclée vers la Cilicie Pétrée. Iskander-Pascha , qui le poursuivait avec les cavaliers les mieux montés, til halte à Héraclée, parce que sa troupe s'égara pendant la nuit dans les marais , et il fit savoir au sultan que son frère s'était sauvé dans les montagnes (à). Bajesid détacha le Segbanbasci», lieutenant général des janitschares , à Dschem, pour lui demander d'envoyer un négociateur afin de traiter d'un accommodement. Dschem envoya d'abord son chambellan, Sinao-Beg, puis son defterdar, Mohammed-Beg, avec des offres pacifiques, sous la condition de cession de territoire en Asie. Les députés de

(t) Seadeddin , 1. m , p. 445; Ssolaksade , p. 67 ; Ne* Mï,p.240;ldrU,p. 123.

(2) Sadeddio , 1. m, p. 445.

TOM. I

Bajesid, Bachschaischoghli et Imam - Al Rapporter en t'cet le réponse :« La fiancée de l'empire ne peut être partagée entre deux prétendants ; je prie mon frère de ne pas enfoncer plus longtemps les pieds de son cheval , et traîner les pans de ses vêtements dans le sang innocent des musulmans , de vouloir bien se contenter de ses anciens revenus, et de les dépenser a Jérusalem (1). Aucune proposition n'ayant été accueillie, Hersck-Ahmed-Pascha s'avança avec la cavalerie asiatique contre la Cilicie Pétrée(2). Dschem, tout préoccupé de la pensée d'une retraite ultérieure , avait tenu conseil à ce sujet avec son allié Kasim-Beg. Celui-ci, contraire a tout projet de fuite en Perse ou en Arabie, lui coa^eilla de se tourner vers l'Europe, afin de planter, à l'exemple de Musa, tils de Bajesid 1pr , sa domination dans les provinces européennes de l'empire ottoman. Dschem, adoptant ( et avis, envoya l'un de ses plus dévoués serviteurs , Suleiman le Franc, comme ambassadeur auprès du grand maître de Rhodes; il le chargea de présents considérables pour obtenir un accueil amical, et les moyens de se transporter plus loin.

Le chapitre des chevaliers se tint au complet pour recevoir l'ambassadeur de Dschem , et , après que le musulman se fut retiré , retraite assurée et accueil honorable furent promis au prince (3). Dschem était arrivé sur les côtes de Cilicie, dans le port de Kurkus (Corycos) , accompagné seulement de trente personnes, et, dans une attente inquiète de la réponse de Rhodes, il s'était jeté dans un bâtiment karamanicu [17 juillet 148*2 J. Le lendemain matin apparut, du côté d'Anamur (Anemorium), la barque de son envoyé Suleiman, qui lui apportait un sauf-conduit du grand maître , puis se montra l'escadre , commandée par le grand prieur de Castille, don Alvarez de Zuniga, chargé de le prendre à bord. Après quelques délibérations avec Suleiman, auquel la déclaration du grand maître ne paraissait pas garantir une liberté suffisante, Dschem monta sur une des galères de l'ordre, et, après une traversée

(1) Scadfddin, I. m, p. 445.

(2) Caoursio fait monter le* force» de Bajesid et d'Anmed-Paacua réuuies a deux cent mille hommes.

(3) Caourtio.

de trois jours, il débarqua à Rhodes [23 juillet 1482], il fut reçu avec les plus grauds honneurs. Unpont de dix picdsdelong sur quatre de large, recouvert entièrement d'étoffes précieuses, fut jeté du rivage a la galère, afin que le prince pot gagner la terre à cheval; les chevaliers l'attendaient pour le recevoir, et l'escortèrent en grande pompe. Les rues par lesquelles passa le cortège étaient tendues en tapis de Flandres , ornés de fleurs et de rameaux de myrte ; les fenêtres et les balcons étaient garnis de dames et de jeunes filles ; les terrasses des maisons couvertes de peuple. En avant marchaient des serviteurs et des chanteurs en habits de fête, chantant des hymnes français; puis venaient les novices de Saint-Jean de Jérusalem , vêtus de soie ; enfin le grand maître s'avançait sur un cheval de bataille tout caparaçonné d'or et d'argent , ayant à sa droite le prince, et derrière lui les membres du chapitre; car le grand maître était allé au-devant du priuce jusqu'à la place de Saint-Étienne. Là il salua le prince à la manière orientale, lui posant trois fois le doigt sur la poitrine , et lui tendant la main droite. 11 s'entretint avec son hôte, au moyen d'un interprète, durant la marche, et l'accompagna jusqu'au palais de la Langue-de- France , qui avait été fixé pour sa demeure. Le confident du prince, Ali-Beg, fut expédié avec une galère vers la cote de Cilicie, auprès de Kasim-Beg,afin de prendre la suite de Dschem, sa femme et ses enfants, et de rapporter les bagages qu'on avait laissés (1). Lachasse, les tournois, les fêtes, la musique, abrégèrent les jours de l'exil do noble fugitif. Cependant arrivèrent des députes, d'abord du gouvernement de Kararaanie, puis du vesir Ahmcd-Pascha, avec une lettre de ce dignitaire qui offrait une paix sonde et durable , si le grand maître voulait envoyer des plénipotentiaires au sultan pour la conclure. Le grand maître d'Aubusson et le chapitre, pesant, d'un côté, l'avantage de l'ordre, de l'autre, les devoirs de l'hospitalité et la sainteté des engagements, considérant en outre que, si l'extradition de Dschem était refusée, la vie de ce prince serait toujours menacée à Rhodes par le poignard et le poison , ré-

0) S«ad«ddio, l.ni.p. 446.

solurent d'éloigner leur hôte de l'Ue, et de.

, l'envoyer dans Tune des commanderiez de l'ordre en France (1). Mais, afin d'assurer an« tous tes avantages jwssïbles à l'ordre auprès de Dschem , pour le cas où ce prétendant, ftror*

I de la fortune, parviendrait à monter wr le trône paternel, le grand maître contint me sot hôte un traité en vertu duquel , si 16 prince saisissait le pouvoir suprême, totis les ports de IVepire devaient être ouverts àux flottes de l'ordre, trois cents chrétiens relâchés ehaqu? année sans rançon, et 1 30,000 florins d'or paret à l'ordre, en dédommagement des frais avancés. Le dernier jour d'août [14*2], Dstbea s'embarqua, suivi de ses trente serviteurs, et* plusieurs autres Turcs rachetés de l'esclivagt sur un vaisseau commandé par le chevalier Blanchefort , neveu du grand maître, et on oit à la voile le l*r septembre. Le jour mémo* Dschem sortait du port de Rhodes , se dirigeai! vers la France, les envoyés du grand maître a Bajesid , le chevalier Guy de Mont . Arnaud et Duprat, partirent pour l'Asie. Ils furent aecueillis avec de grandes marques d'honneur. et négocièrent avec les deux plénipotentiaire* d< Bajesid, les deux vèsirs Ahmed- KeduK-Pavb le conquérant dé Kaffa , et Mesib-Pascha, qui jadis avait mis le siège devant Rhodes. Les négociations parurent devoir se rompre tout d'abord, parce qu'Ahmed -Pascha réclama le tribot et l'extradition de Dschem. L'honneur delVàt ne permettait pas de céder sur ces points. S* l'observation de Mesih-Pascha à son collègue, que te sultan voulait la paix, le belliqueia Ahmed laissa la conduite ultérieure des confifrencesà Mcsih. Le traité fut conclu àcescooditiohs : paix sur terre et sur mer, liberté àt commerce entre les deux parties , restititwo des esclaves fugitifs qui n'auraient pas change de religion ; dans le cas contraire indemnité de 22 ducats pour chacun de ces hommes; érection du château de Saint-Pierre ê HaKrar nasse en asile assuré pour les fugitifs. La pu devait durer pendant toute ht vie de Bajestf Les ambassadeurs revinrent chargés de présents , accompagnés d'un Ttarc qui arrêta ds articles secrets avec le grand maître, cooeer-

(1) Caoursin et Vertot ,1. tn.

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