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son grand marée baj (1). Le lendemain, Dschem quitta Rome, et, accompagué du fils deßorgia, il parvint à Velletri, où il resta cinq jours. Il fut ténioin des horribles scènes de massacre de Montefbrtino et de Monte-San-Giovannj , et entra dans Naples avec l'armée française. Cependant le Génois Bocciardo, accompagné d'un ambassadeur de Bajesid auprès du pape, était arrivé h Ancone. Jean de la Rovère, préfet de Sinigaglia , qui avait embrassé le parti du cardinal, membre de sa famille, connu plus tard sous le nom du pape Jules II , leur enleva l'argent de deux années de pension qu'ils avaient apporté, et se saisit même de leurs personnes. L'ambassadeur turc s'échappa et se réfugia auprès de Francesco de Gonzaga , marquis de Maqtoue; celui-ci, qui alors était en rapport d'amitié avec Bajesid , lui renvoya son représentant (2).
Privé de ces 80,000 ducats, et voyant s'évanouir l'espoir d'un revenu fondé sur la possession du prince pour l'avenir, Borgia eut recours au seul moyen qui lui restait encore pour attirer l'or des Turcs, l'empoisonnement de Dschem. Les historiens italiens et turcs s'accordent sur le fait même ; tous rapportent qu'un poison lent conduisit le prince exilé au tombeau; ils ne diffèrent que sur l'espèce et la manière dont il fut administré. D'après les premiers , ce fut au moyen d'une poudre blanche mêlée au sucre , avec laquelle Borgia se débarrassait de ses cardinaux , et dont il finit par être victime luimême. Les seconds prétendent qu'un rasoir empoisonné lui introduisit, par une petite coupure, la substance vénéneuse dans le sang, laissant au temps à développer ce germe île mort (3). Les Ottomans nomment le barbier de Dschem, Mustapha , renégat grec, qui , acheté dans ce but par le pape^ sut ensuite sj bien faire valoir ce service auprès de Bajesid , que , s élevant de degré en degré, il finit. par arriver au faite des honneurs, à la diguité de grand vesir. Arrivé â Naples, Dschem se trouvait déjà si faible qu'il n'était plus en état de lire et de comprendre la lettre qu'il reçut d'Égypte. Telle
(1) Seadeddin,!. m, p. 474.
(2) Paoto Giovio , I. n ; Gukciardioi, I, i ; Simnoodi , I. xu , p. 190.
(3) Seadeddin , I. ni , p. 474; Idri», fol. 286 ; Ssolaksade , Nochbelet-Tewaricb , Aali.
fut , dit-on , sa dernière prière : « 0 mon Dieu , si les ennemis de la foi doivent se servir de moi pour mettre à exécution des projets de destruction contre les confesseurs de l'islam , fais que je ne vive point assez pourvoir ces jours funestes, rappelle mon esprit dans ton sein! »11 expira dans la nuit du lundi au mardi, le 24 février 1495. Ses chambellans, Sinan-Beg et Dschelal-Beg, lavèrent le corps, et récitèrent les prières des morts. Le roi de France pleura sincèrement sa mort . envoya des parfums pour embaumer ses restes, et les fit déposer à Gaète (1). Dschelal-Beg et Ajas-Beg restèrent auprès du tombeau pour le garder; quant à Sinan-Beg, ilse revêtit d'un déguisement pour courir bien vite à Constantinople porter la nouvelle de la mort au sultan. Charles envoya la succession du malheureux prince, par Chatibsade-Naszuh , Tun des plus dévoués serviteurs du mort, à sa mère , en Egypte; mais, par l'effet des venis contraires , ou de l'infidélité de de Chatibsade, le bâtiment, au lieu d'être poussé vers Alexandrie , entra dans le port de Constantinople. Bajcsid s'occupa religieusement des dernières volontés de son frère, qui, sentant sa fin approcher , avait exprimé le désir que ses restes fussent ensevelis dans la terre de l'islam (2). Un envoyé turc se rendit auprès du roi Frédéric d'Aragon, pour réclamer le cadavre, qui, de Gaète, fui transporté a Gallipoli ; de là on le conduisit à Brusa , où il fut déposé à
(1) Les historiens italiens donnent la date du 26, qui est celle de ses obsèques; sur l'empoisonnement de (Ht hem , voy. aussi Kosroe, Leon X , 1. 1 , appendices , 1. su, o* se trouvent aussi les écrits cités de Bur-
(2) Seadeddio , I. m. p. 475 ; Ssolaksade , Nochbetet- Tewaricb , Aali , Hadschi.
côté du tombeau du sultan Murad IV (1). Ain* finit cet infortuné prince, danslatrente-siiièn* année de son âge, après treize ans de captivité , victime des politiques turcs et chrétiens conjurés pour sa perte, de la perfidie ri< d'Aubusson, des rêves de conquête de Giarles VIII , de la convoitise et de l'humeur vindicative et sanguinaire d'Alexandre VI. H fm immolé aux passions de ces puissancesde la chrétienté, tandis que trois autres rois , les dra Ferdinand de Naples et d'Espagne, et Matois Corviuus de Hongrie, ainsi que la répnblirjrc de Venise, désiraient aussi le faire servir d instrument à leurs plans (2), et probablcnin l'auraient mis en liberté s'ils avaient été maiir« d'accomplir leurs désirs. Le souvenir de? infortunes de Dschem s'est conservé dans le p.r < des Francs, pour lesquels Dsrhcm, né d'une mer? servienne, se sentait quelque inclination: mai* aujourd'hui encore ses poésies sont répétées par la bouche de son peuple. Parmi ses fidèles serviteurs, Haider, le garde de son scean. cl Saadi, son defterdar, sont connus par leurs collections de poésies lyriques. Le dernier Et quelque bruit par sa fin tragique arrivée av.r i la mort de son maître. Envoyé de France, av ides instructions secrètes , auprès des grand? »fr l'empire et auprès des janitschares, il fut Ira! arrêté à Aidin , et, sur l'ordre du sultan , jeté .i la mer, avec une pierre au cou. Durant son pèlerinage à la Mecque, son *éjour en Egypte, Rhodes et en France , il recueillit les poésie de Dschem , dont plusieurs, et surtout la pien1 composée sur le pays des Francs, jouisses; d'une haute réputation.
(1) Seadeddin , I. m, 475 ; Ssolaksade, Nocnbeia-Te waricb , Aali , et la description de sa vie par le rhéteur de Brusa.
(2) Sismondi , 1. ix , p. 326 ; Vcrtot , 1. vu.