‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 208 sur 297 · LIVRE XXL · texte numérisé non relu

LIVRE XXL

ÉTATS VOISINS, RIVAUX DE LE MPI RE OTTOMAN. — FIN DE LA DYNASTIE DU MOUTON-BLANC» ET COMMENCEMENT DU SCHAH ISMAIL. — CE PRINCE EST EN CONTACT AVEC LES OTTOMANS. — FUITE DE KORKUD EN EGYPTE. — GRAND TREMBLEMENT DE TERRE. — GOUVERNEMENT DES PRINCES ET AMBASSADES. — GUERRE CIVILE ENTRE BAJESID ET SELIM. — RÉVOLTE EN ASIE. — MORT DU GRAND VESIR SUR LE CHAMP DE BATAILLE , ET CHATIMENT DES REBELLES PAR SCHAH ISMAIL. — SOULÈVEMENT DES JANITSCHARES , GUERRE CIVILE , DÉPOSITION ET MORT DE BAJESID — FORCES MILITAIRES. — MEMBRES DU DIVAN. — CONSTRUCTIONS , FONDATIONS , SA- VANTS ET POETES SOUS LE RÈGNE DU SULTAN BAJESID.

La paix avec Venise et la Hongrie avait été j accueillie, non-seulement par les dispositions naturelles de Bajesid, mais aussi à cause des orages qui se formaient en Asie. Le déclin rapide de la dynastie persane du Mouton-Blanc, et l'élévation de la famille souveraine des Ssaffi , exercèrent une influence funeste sur Tempi re voisin des Ottomans. En raison de IS liaison intime des événements d'états limitrophes, l'histoire de l'un exige nécessairement un certain examen des faits principaux de l'autre. Les annales des quatre grands États européens, si fréquemment rattachés aux destinées de la Turquie, dans la paix et dans la guerre : Venise, la Hongrie, la Pologne, et plus tard la Russie, sont assez connues , pour que nous puissions nous dispenser de nous arrêter à chaque pas sur les phases qu'elles parcourent ; mais la plupart des états asiatiques, dont les mouvements agissent sur les développements de l'empire des Ottomans, offrent encore des objets d'étude si nouveaux, que c'est un devoir de jeter, de temps en temps, un regard sur eux, pour nous en former quelque idée, et comprendre leur action daans la marche générale que nous suivons. C'est ainsi que nous avons passé rapidement en revue les Seldschuks de Rum, et la maison souveraine de Timur, les familles des chans tatares, sur la mer Noire, des Karamaniens, sur la mer de Cilicie, les dynasties de

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Sulkadret de Ramasan, du Mouton-Noir et du Mouton-Blanc; une pareille attention doit être accordée aux chans des usbegs, aux scher ifs de la Mecque, aux mameluks égyptiens et aux schahs de la Perse. De tout ces champions, qui voulaient saisir le pouvoir suprême, la plupart ont été foulés aux pieds par les Ottomans, qui se parèrent de leurs dépouilles; les usbegs et les descendants de Timur, assis sur des trônes au delàdel'Oxusetde l'Indus, entretinrent des relations lointaines de paix et d'amitié; au moyen d'ambassades, les scherifs de la Mecque et les chansdela Krimée prêtèrent l'obéissance de sujets soumis; le Persan seul s'est toujours montré jusqu'à nos jours sur les champsde batailles, tantôt vainqueur et tantôt vaincu; par fois renversé, mais se relevant aussitôt , et toujours prêt à se mesurer avec son adversaire. Après la conquête de l'Égypte et de l'Asie, la Perse, dont l'histoire marche parallèlement à celle-ci, est le seul état de l'Asie qui réclame toujours une attention particulière, et qui nous occupera jusqu'à la fin de notre ouvrage, durant trois siècles entiers. Pendant deux cents ans , depuis lecommencemeiit du xvir jusqu'à celui du xviir siècle, le trône de l'erse fut occupé par douze schahs de la famille Ssaffi. appelée SofienFurojK*, même par des orientalistes comme de Guignes , et dont les règnes vont nous occuper. Dans l'année lôOO, tandis que Bajesid adressait des bul-

letins sur la conquête de Coron et de Modon, schah Ismaïl faisait rédiger les lettres de notification de son avènement au ti ônc. Cet avènement avait été précédé par une longue époque de guerre civile, de discorde entre les membres de la famille des anciens souverains, de désordres et d'excès de toute nature. Il est nécessaire de nous reporter un instant sur ces scènes de trouble, qui précipitèrent la chute de la dynastie du Mouton-Blanc.

Usun-Hasan, le plus grand des princes de cette dynastie, qui, par ses exploits, inquiéta ; Mohammed le Conquérant, et qui finit par livrer un si malheureux combat, près deTerdschau, où périt le prince Seinel , avait encore six au- > très fils : Chalil, Jakub, Jusuf, Makszud, Me- I sih et Ogurlu-Mohammed. Le dernier, plein de valeur et de générosité, était l'idole de l'armée; mais Usun-Hasan nomma Chalil pour son successeur, parce qu'il était fils de la plus chérie de ses femmes, et surtout de la plus artificieuse. Ôgurlù -Mohammed prit les armes contre son père, qui, deux Fois, le défit dans le Far» et f'Aserbeidschan ; alors il se réfugia près du sultan des dtiömans, qui lui assigna pour résidence le 'gouvernement de Si was, dont les revenus devaient fournir a son entretien. Attiré par des lettres et des promesses, Ogurlu Franchit de nouveau les frontières de sa patrie, rassembla une armée, et la mena contre son père; mais il trouva sur le champ de bataille le châtiment de sa rébellion. Après sa mort, son fils, Mirsa- Ahmed, rechercha la protection de Baiesid, qui la lui accorda, et lui donna même une dé ses filles pour épouse. Deux mois après la mort d'Ogurlu , mourut aussi tlsun-Hasan , et Chalil monta sur le trône [1478]. Il fit exécuter son frère consanguin, Markszud, qui était entré en intelligence avec Ogurlu pour le renverser du trône; quant a Jakub et Jusuf, sur les instances ^e leur mère commune, il les envoya a foiarbekr, sous la conduite du grand maître de la cour, Baiender-feeg , parent d'Usun-Ilasan , et de Suleiman-Beg. Six mois à peine étaient écoulés, lorsque Jakub, jeune homme de quatorze ans, plein d'espérance, excité par son gouverneur à ne pas souffrir plus longtemps la domination cruelle de son frère, quitta Diarbekr, et gagna l'Aserbeidschan , avec le projet de se saisir du trône les armes à ta main. La bataille,

livrée près de Chui et de Selmas, d'abord contraire à Jakub, se termina par la mort de Chalil et l'élévation de Jakub sur le trône du Mouton-Blanc (1) [1479]. Jakub entretint d<s relations d'amitié avec Bajesid, durant son régne de douze mois , qui ne fut pas inactif. 11 étouffa la révolte de Baiender-Beg par ia mort de ce chef; arracha au fils, Musdiafïaas,!* possession d'Aldschesirea (2); et envoya ses dein généraux, Suleiman-Beg et Chaltl-Ssafi, au secours du prince de Schirwan contre le Scheidt Haider, père d'Ismail , futur fondateur de la dynastie Ssaffi, qui, avec une armée de ssofi, oa de mystiques, et de fanatiques, s'était empare de la ville de Schamachi [1488J. Le scheich périt dans le combat (3), et la ville fut restituée à son véritable possesseur. La sultane Validé, qui avait déjà contribué à l'élévation de wo fils Chalil à la place d'Orgulu, puis au renversement de Chalil lui-même par Jakub, complota maintenant pour enlever le pouvoir snpràre à Jakub , et le transférer à Jusuf. Comm: moyen le plus sûr et le plus prompt, elle adopta le poison; mais le hasard voulut que Jusuf guùt;\t aussi au breuvage mortel destiné à Jakub seul, et la mère désespérée avala ce o^ui restait dans le vase (4). Jakub laissa trois fils : Baisahkor, Murad et llasan ; les deux persounage* les plus puissants, le grand maître de la cour Suleiman-Beg et Ssofi-Chalil , se divisèrent sula question de la succession. Le premier soutint les préi entions de Mcsih. le seul des fils d Lsuo- Hasan, qui survécut à ses frères: l'autre appuya les droits de Baisankor, ifils aîné de jakub. lians la bataille livrée entre les deux partis, Mesia perdit la vie. Ainsi, tous les enfants d Usuo-tiasan avaient été emportés par une mort vioJeutr.

Nur-Ssofi, le plus puissant sujet dans l'empire du Mouton-Blanc, dont les dix-huit fils occupaient les premières dignités et les plus importants gouvernements, et dont les partisans étaient en possession des emplois les plus

(1) Seadeddio, I. m , fol. 622-524; Dscbamret Tmi rieb , et Iterbeiubi , dans la bibliothèque imperiale et

royaie , ii° 469 , p. 229; Idru , fol. 200 el«uir.

(2; Dsrlu s>ira1-Beni-Oii:ar , Voyage de Ktnnetra p. 450 ; Dsrluiianmitiia , p. 439.

(3) ttacfaenabi , p. 230.

(4) Seadeddiu , I. m, fol. 624; Dtcheuabi, Dtàbm- Tewarkb , Idris

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