‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 212 sur 297 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

ce l'ordre de faire incendier les vaisseaux de lim. Ce prince avait perdu deux mille cava- •rs dans l'action ; les autres se dispersèrent ou .□fuirent vers la Krimée, où son beau-père, chan des Tatares, l'accueillit avec amitié, et issura de son assistance pour qu'il prit posscs- )o du trône.

U nouvelle de la défaite du beglerbeg d'Aitoli, karagœs, qui , fait prisonnier par Scheinkuli, avait subi le honteux supplice du pal, ait, ainsi qu'on la vu, déterminé la marche ; Selim vers Andrinople , parce que le départ î grand vesir Ali-Pascha pour l'Asie, avec ois mille janitschares et quatre mille Asasl, faisait espérer une plus faible résistance i Europe. Ali-Pascha, de son côté, s'était flatté, ids cette expédition, d'effacer la honte de la »ort du beglerbeg et de la destruction de Tarife ottomane, de refouler les hordes de cheitankuli qui avaient poussé leurs courses isqu 'à Brusa (2), mais encore , à celte occasiou, c placer sur le trône le prince Ahmed, du vivant eson père et avec l'agrément de Bajesid , en épit du traité tout récemment juré avec Selim. o ministre du sultan korkud, gouverneur eSsaruchan, fit savoir au grand vesir que ennemi s'était tourné de Brusa vers A laschehr, vait attaqué et battu l'armée de Korkud forte e sept à huit mille hommes, et s'était emparé, Alaschcbr, du trésor du beglerbeg d'Anatoli, )ut récemment empalé, et de quarante rangs c chameaux (3;. Le prince Ahmed et le grand esir firent leur jonction sur le territoire de erraian, près d'uu lieu appelé Altuntasch^l) pierre d'or). Le projet de mettre à profil cette ceasion pour se saisir du trône fut déjoué par s manifestations des janitschares , qui, depuis u ils avaient reçu des preuves répétées de la ermeté inflexible et du courage indomptable le Selim, avaient porté sur lui toutes leurs esérances; les présents mêmes qu'Ahmed répaolit parmi eux ne purent lui gagner leurs inclinations aux dépens de sou frère. Alors, le prince

(1) Aali , xmi* événement , d'âpre* Seadeddin f 1. iv ,

(2) Seadeddin, I. rv, fol. 254.

(3; Le rapport de Korkud au grand vesir M trouve an» Aali.

(4) Dana Giovk), Fatti illuttri di Selim , ce lira pourut «treTasda.

et le grand vesir résolurent d'attendre des circonstances une occasion plus favorable pour l'accomplissement de leurs plans. Pour le moment, ils se contentèrent de poursuivre les révoltés de Tckke , qui, au bruit de rapproche dn grand vesir, se retirèrent dans les gorges de Kisil-Kia ( rocher rouge ), où ils avaient pillé les bagages de korkud, lorsque ce prince se rendait de Tekke à Ssaruchan l'année précédente. Gomme cette vallée proftmde touche sur un point à la karamanie , le grand vesir confia l'investissement de l'ennemi de ce côté à Ilairier- Bcg, grand maître de la cour du prince gouverneur de karamanie Aalem-Schah ; le beg de kaiszarije s'était aussi approché avec deux mille hommes tandis que le vesir occupait ainsi les issues; les brigands se trouvèrent dîme enveloppés de toutes parts. Cette espèce de blocus dura trente-huit jours; mais, enfin, les assiégés taillèrent un chemin À travers les rochers, exterminèrent Ilaider-Beg, et marchèrent sur la route de Kaiszarije, du côté de Siwas. Le grand vesir, qui ne fut informé de cette retraite que le second jour, fit monter à cheval les plus vaillants de ses janitschares, laissant le reste de la cavalerie au prince, et, se mettant à la poursuite des rebelles, il les atteignit à Sarimscbaklick (1) [août 1511 |. De part et d'autre, on combattit avec un grand acharnement ; Scheitankuli et le grand vesir restèrent sur la place, et les deui armées, privées de leurs chefs, se dispersèrent. Ainsi périt l'eunuque Ali-Pascha, conquérant de Coron et de Modon , signalé, malgré son infirmité, par sa valeur et son élévation däme, protecteur des sciences et des hommes d'étude ; il fut le premier grand vesir de l'empire ottoman qui finit ses jours sur un champ de bataille. Une fois par mois il rassemblait les savants et les poètes auprès de lui, et leur distribuait de l'argent ; un jour il leur donna plus de trois eenta bourses (2). Plusieurs ouvrages importants lui furent dédiés : le plus remarquable est l'histoire des Ottomans par le persan Idris. Les qualités politiques et les vertus guerrières d' Ali-Pascha ont été dignement célébrées dans la composition d ldris et dans les élégies du poète Meschi (3).

(1) Aali , xlii' événement ; d'après Seadeddin, I iv fol. 581 , wir la rivière de Kœkiscbai.

(2) Seadeddin , 1. iv , fol. 555 et 55«.

(3) Idris; Elégie de Meicbi, dans son divan.

Les compagnons de Scheitankuli se retiré- | même du prince aîné Schehinschah '1), après

la défaite et la mort d'Ali-Pascha (2), avait repris le chemin de la capitale, s'était avancé jusqu'à Gchise, dans l'intention d'exécuter !»• plan si longtemps médité sur le trône, d'amener r.ibdication de son père, afin de pouvoir* saisir lui-même du pouvoir suprême. Le graml vesirllersck Ahmed-Pascha, auquel ccttedigniit avait été conférée pour la troisième fois apre> la mort d'Ali-Pascha, n'osa point réprimer lu janitschares, qui, après les désastres d'Asie, v prononcèrent hautement contre Ahmed et n faveur de Selim; et, Mustapha-Pascha,seeo&f1 vesir. jadis envoyé par Bajesid auprès d'Aleiandre Borgia, ayant fait des dispositions pour aller à choval au-devant du prince Ahmed. du côté de Skutari , un soulèvement éclata à Constantinoplc L*21 août 1511]. Dans la nuit .lu janitschares pillèrent le palais de Mustapba- Pascha. qui eut peine à sauver sa vie, et perdit des effets pour une valeur de trente mille ducats; ensuite ce fut au tour du palais du grand vesir Ilersek-Ahmed, qui essaya d'apaiser le* janitschares en leur donnant des privilèges et de l'argent , puis, de ceux des vesirs Hasan- Pascha, kadiasker d'Anatoli, de Muejidsadt et du nischandschi Dschaafertschelebi . to«> cinq partisans connus d'Ahmed, enfin, desboctiques des marchands européens , et particulièrement des Florentins (3). Pour mettre fin an soulèvement, Bajesid déposa le grand vesir et conféra sa place au second vesir Mustapha- Pascha , celle de juge de l'armée d'Anatoli an Molla-Chalil , celle du nischandschi au fil> d'Ibrahim- Pascha, le dernier grand vesir de la famille des Dschendercli (4\

Le prince Ahmed, se voyant si prèsdesporlf> de Constant inoplc, privé de l'espoir d'entrer dans la capitale (5), retourna en arrière, ei se dirigea vers son neveu Mohammed, fils àn prince Schehinschah mort tout récemment, (gouverneur de Karamanie, l'assiégea dans Konia, et le réduisit par la famine à se rendre, en

: sur les frontières de Perse; dans leur marche vers Tebris, ils pillèrent un grande caravane persane, et tuèrent plus de mille hommes. Parmi ces; victimes se trouvait avec son fils l'un des plus grands savants de la Perse le scheich Ibrahim - Schebesteri , auteur d'une épopée des prophètes, composit ion arabe que Ton place à côté du fameux poème de Toghrajï, et d'une grammaire rimée qui lui valut le surnom de second Sibuje. Les brigands l'immolèrent, après avoir égorgé son fils sous ses yeux. Ismail- Schah, ne pouvant laisser impunis de tels actes, encore bien qu'ils fussent commis par ses partisans déclarés, invita â une féte les chefs des brigands qui étaient venus pour lui rendre hommage. On fit chauffer deux énormes marmites pour préparer le repas, du moins les conviés le pensaient ainsi ; leurs deux chefs, dont l'un s'intitulait sultan , et l'autre vesir, parurent devant Ismaîl. 11 leur reprocha leur ingratitude envers leur souverain Bajesid, leurs révoltes, leurs attentats contre de paisibles caravanes, lisse jetèrent à terre en produisant d'humbles excuses; alors Ismail les fit jeter dans les deux chaudières remplies d'eau bouillante,et leurs soldats, qui avaient assisté à ce terrible enseignement, furent distribués parmi ses troupes. En agissant ainsi. Ismail *e proposait d'assurer son État, nouvellement fondé, contre des troubles intérieurs, et de détourner la guerre étrangère ; car un tel châtiment infligé aux rebelks ottomans étouffait l'esprit de révolte, et, d'un autre côté, c'était nne preuve de dispositions pacifiques données à Bajesid. Il confirma encore cette opinion par une ambassade à Constantinople, et voulut, en même temps, donner une manifestation de sa puissance. En effet, il envoya comme présent au sultan des Turcs la tète embaumée de Schcibek-Chan, souverain des Usbegs, au delà de l'0xus,qui, par la communauté d'intérêt politique et comme sectateur des Sunnites, était l'allié naturel des Ottomans contre les Persans et les Schutes.

Bajesid reçut cette ambassade à Constantinople, où il avait fait son entrée le lendemain de la bataille livrée à Selim , comme vainqueur de son fils. L'objet de sa prédilection, Ahmed, destiné à la succession du trône du vivant

(1 ) Mouradjea d'Obftson , ir* partie , édit. in-8°, P

(2) Aali , xLine événement ; Seadeddin, t. nr, W J® rapport de* Vénitien* de

BaRu*e,daprtideileumdt

Constantinople, du 13 «epterabre.

(3) Aali.

(4) Ibid., Seadeddio ,

Page 1