‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 213 sur 297 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

recevant l'assurance de ia vie sauve. Bajesid lui rmoya faire des représentai ions sur cette violation de la paix ; Ahmed ordonna de couper le nez et les oreilles au messager, et néanmoins il mit le prince en liberté. Au vaillant beg de Karamanie Deli-Gœgus, tombé entre ses mains ivec Mohammed, il fit abattre la tête qu'il îdressa à la Porte. Les janitschares, qui déjà damaient l'attaque d'Ahmed contre son neveu, uurmurèrent hautement d'une telle cruauté; uais leur mécontentement fut irrité bien plus 'Dcore par la défaite d'Iularkaszdi-Sinan-Paslia, vesir du prince Ahmed , aux environs d'Anasia, lequel se laissa vaincre par le rebelle Mir-Ali-Chalife, qui avec vingt mille Turkmans ravageait le paysde Karahiszâr et de Nigisar(l). Ce fut la troisième défaite que subirent les Ottomans, succombant sous les coups des troupes <leScheitankuli ; et ils purent, en grande partie, »ttribuer ces désastres a l'inaction d'Ahmed, '•oie vit décheoir bien vite dans l'opinion; la voix de l'armée et du peuple éclata en faveur de Selim. Bajesid, irrité contre Ahmed qui ■ivait fait couper le nez et les oreilles au messager de la Porte (2), pi rsuadé d'ailleurs par les raisons des deux vesirs Hersek et Mustapha (3), restitua le gouvernement de Semendra à Selim. <i autorisa ainsi le retour de ce prince de la krimée en Europe. En même temps Korkud , <|ui jusqu'alors s'était tenu paisible dans son j;ouvernement de Ssaruchan, et qui devait (Taindre maintenant d'être traité par Ahmed romme l avait été son neveu Mohammed , fit une tentative pour gagner la faveur de son vieux père et des janitschares, et s'assurer la succession au trône, au préjudice d'Ahmed et île Selim. Suivi seulement de trois serviteurs, et < aché sous un déguisement , il se rendit à Con- >tantinople et descendit à la mosquée des casernes des janitschares qu'il espérait gagner au moyen de cette confiance, en invoquant les droits de l'hospitalité et en rappelant lesouvenir des présents qu'il leur avait distribués trois ans auparavant, alors que, pendant deux semaines, il

(1) Seadeddin , I. iv, fol. 572.

(2) Traduction d'Ulloa de Dia« Tanro , p. 08.

(3j D'après Seadeddin , I. iv, foi. 573 , ce fut volontairement; selon Giovio.il fut contraint par les deux

avait tenu les rênes du gouvernement au de son père 1 . Mais leur opinion sur son incapacité, et leur prédilection pour Selim étaient si puissantes, qu'ils les manifestèrent ouvertement devant lui ; lorsqu'il exprima le désir de baiser encore une fois, après trente ans, la main de son père, ils le conduisirent respectueusement à l'audience du sultan; mais ils le surveillèrent rigoureusement jusqu'à l'arrivée de Selim, qui s'approchait de la capitale (2). Ahmed avait fait solliciter secrètement l'assistance du chan de Krimée , en lui promettant à l'avance la possession de la presqu'île; déjà Mengli-Girai était ébranlé, lorsque son fils Seadet- Girai vint combattre l'influence de l'autre prince Mohammed dévoué au parti d'Ahmed, et fit préférer les offres de son ami Selim (3). Avant même la lettre de son père, à la fin de janvier, Selim était parti avec trois mille cavaliers, dont moitié Talares de krimée; il avait passé le Danube sur la glace près d'Akkerraan, où un grand nombre de ses gens étaient morts de froid. Le (i mars 1512, les janitschares, en tumulte, demandèrent au sultan son fils Selim pour chef coutre Ahmed. Bajesid accueillit favorablement leur requête; et aussitôt des courriers des janitschares furent expédiés à Selim, pour lui porter la réponse de son père, et lui faire accélérer sa marche (4). Lorsqu'il fut à trente mille de Constanlinople, l'aga des janitschares alla à sa rencontre (ô). Le 19 avril (6) , il fut reçu à la porte du jardin neuf (7) par les vesirs, les grands , par son frère korkud (8). Bajesid, qui avait amassé de grands trésors avec lesquels il espérait se maintenir sur le trône, fit offrir à son fils Selim 300.000 ducats sur-le-champ , et 200,000 de revenu annuel, s'il voulait s'éloigner (9). Mais Selim refusa de telles conditions,

(1) Giovio et Spandußino sont complètement avec Aalt et Seadeddin.

12) Seadeddin , I. iv, fol. 574 , Aali. 3, Dschfluls, exemplaire de Dre»de ,$ iv. fol. 17. 4; Rapport du Bailo roscolo, de Conslainiuople , (» mar«.

(5) Ibid., dans Marini Sanuto.

(6) A di 19 venne in lerra, ibid.

(7) Aali , xui* événement ; Seadeddin , I. iv, fol. 574, et Spandti(uiio , fol. 88.

(8, Giovio, Fatti illustri di Selim { Sansovino , I. il, fol. 3W;.

Si Rapport de Giustiuiani, dans Marin i Sanuto.

iré de l'appui des janitschares, auxquels il avattpromistroisaspresdeftolde par jour, s'il parvenait au trône. Alors Rajcsid demanda lg de ! pouvoir mourir sur le trône , en assurant la succession a Sel ira; 2° de conserver son trésorier et ses trésors; 3° la réconciliation de Seliin avec Ahmed. Selim n accorda que le dernier article, «t fit ses dispositions pour précipiter son père du trône (K

Le samedi 26 avril 151? (2\ les janitschares et les sipahis ainsi que toute la population de Constant inople, les vesirs en tète, se levèrent a la fois, et ces masses se portèrent an sérail ; Bajesid , assis sur le trône , reçut les vesirs. et fie demander par eux à la multitude ce qu elle désirait , une voix immense répondit : » Notre padi*chah est vieux et malade, nous voulons le sultan Seum. » Douée mille janitschares poussèrent à la rois leur cri de guerre. Alors Bajrsid, accablé, laissa tomber ces paroles .l'abandoune l'empire à mon ftls Selini ; que Dieu répande sur lui ses bénédictions (3 j ! » Aussitôt de toute cette multitude s'éleva le cri : Dieu est grand ! qui fut répété par les murs du palais et par les sept collines. Tandis que cette scène se passait du côté du sérail , Selim s'était arrêté à la porte de la première à la seconde cour* où doivent attendre, encore aujourd'hui , les paschas et les ambassadeurs, avant d'être admis en audience, là où se tient le bourreau pour serrer le lacet autour du cou ou abattre la tète des vesirs condamnés ù mort , à leur entrée ou A leur sortie, horrible vestibule du despotisme, ou l'esclave, dans des transes affreuses, se tient F&U fixé vers le palais, ne sachant si le premier message sera l'admission devant son maître ou Tordre de sa mort. C'est là que les vesirs vinrent chercher Selim, pour l'introduire dans les appartements intérieurs. Il baisa les mains de son père, qu'il renversait du trône; puis il remonta à cheval , précéda la voiture de Bajesid jusqu'à laneien sérail, et vint ensnite dans le nouveau recevoir les hommages de ses sujets. Bajesid, abandonné de tout le monde, resta ainsi vingt jours dans une affreuse soli-

(1) Rapport de l'ambassade, dans Marini Satiûto.

(2) Seadeddîn , fol. 574 , rt Ssofoksade.

(3j Cea paroles sont bien différentes du discourt imaftiué par Giovio. -

tude; alors, il sollicita de son fils la grâce de pouvoir se retirer à Demotika, afin de rendre l'âme dans le lieu de sa naissance (1). 5a prière fut exaucée, et il partit accompagné du veâr Juhis-Pascha, et du drflerdar Kashn, dont le dernier avait sauvé sa vie par le sacrifice de plus d'un million (2). Selim lui-même biarchai côté de la voiture de son père jusqu'à la porte d'Andrinople , à pied, dans une attitude respectueuse, paraissant écouter avec humilité la derniers avis du vieillard. Bajesid n'atteignit point Demotika; il mourut le troisième juur de sa route [26 mai 1512] a Aja , dans le voisinage d'Afsza , fcuccornbant sous le poids de l'âge, te infirmités et des douleurs mnrales , ou petit «rc des suites du poison , qui lui aurait été adminiv tré par un médecin juif , sur l'ordre de son fl<. suivant l'accusation du Génois Menavino.qui servait Bajesid en qualité de page. Au mir. ce témoignage, répété par les historiens ttalii liest bien affaibli par le silence des ambassadeoii vénitiens contemporains; mais il est rortifc par la réserve des historiographes ottoman*, qui évitent de toucher ce point , et par le rM« de la vie de Selim.

Le long règne de Bajesid, signalé par du guerres fréquemment malheureuses et par ow politique habituellement pacifique, porte shk plusieurs aspects l'empreinte de cette philosophie mystique , de cette poésie melancoHqueq« se réfléchissaient dans les t raits du sultan, et qii apparaissaient dans les institutions de répare. Andrea Grilli , ambassadeur et plus tard doge de Venise , représente ainsi le vieux sultan dans ses rapports à la Stgnoria : t Rien , dans son visage plein et gras, dans son aspect , n'annonce la cruauté , n'inspire PcfrYoi ; l'expression en est plutôt mélancolique. On croit y Ifte la superstition, l'opiniâtreté et la convoitise. B« plaît aux arts mécaniques , aime les cornalines bien taillées, l'argenterie ouvragée, les objets tournés; il est très -versé dans lastrotoflfe et la théologie , se livre à l'étude sans relâche, et sait bander un arc mieux que personne- Depuis bien des années il a renoncé au vin, et vit très-régulièrement, sans pour cela 5'afcle-

(\) Spandujîiuo , p. 89 ; Dscbelal», Sdunn.S (2; Rapport de fambasaade de Veniie , dam fori» Sanuto.

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