‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 219 sur 297 · LIVRE XKII · texte numérisé non relu

LIVRE XKII

trab fils de Mahniud.le fiis d Aalem-Schah. Qrraan et U fils de Sehen in - Schah Mohammed ; ce dernier n'avait que sept an», le* autres étaient àg< s d ï quatorze 6 vingt-un ans. Tous les cinq furent renfermés dans une chambre et réservés au supplice pour le lendemain, l-e petit Mahmud se je( a aux genoux de* bourreaux, les supplia de lui laisser la vie, offrant de servir fidèlement le sultan moyennant un as|>re par jour (1). Osman, fils d'Aalem-Schah , jeune |wHnce de vingt ans rempli d'espérances, se défendit vigoureusement contre les exécuteurs au moment ou Us voulurent remplir leurs fonctions : i l'un il cassa le bras et frappa l'autre mortellement d'un coup de couteau (2). Selim, qoi d'une pièce voisine contemplait le massacre de ses neveui, envoya d'autres bourreaux qui lièrent les mains au prince, et alors ils purent l'étrangler sans aucun risque pour leur propre vie. Les cinq cadavres furent ensevelis à Brnsa, près dn tombeau de Murad 11 (3).

Jnsque là , Korknd s'était tenu paisiblement dans son sandschak (4); mais, à la nouvelle de cette exécution, ne pouvant plus douter que Selim ne réservait pas un meilleur sort à ses frères qu'à ses neveux , il tenta, par des lettres, de Offner les gouverneurs et les janilschares. Instruit de ces manœuvres , Selim quitta Brusa, avec un corps de cavalerie de dix mille hommes , sou» prétexte d'aller à la chasse , et le cinquième jour de sa marche, il atteignit Magnesia, oÄ H espérait surprendre son frire. Celuici eut à peine quelques instans pour s'échapper par une porte de derrière avec Piale, l'un de ses plus dévoués serviteurs. Durant vingt jours ils se tinrent dans une caverne, puis s'enfuirent déguisés vers Tekke, l'ancien gouvernement de Korkud , d'oô ce prince se flattait de pouvoir frapner l'Europe. Là encore, Korkud resta quelques jours enseveli dans une caverne, tandis

(1) Rapport de ramba**ade vénitienne, dana Marini Snwilo et Giotïo; FaUi illuatri di SeJim , dana Sansovioo , 1. i , fol. 344.

(2) Menavino.

(3) Lea biographie» don personnages illustre* en»«tvelia a Brusa.

ff) La lettre par laquelle Korkud avait fait la paix avec SeJim , et la répooae de ealot-«i ae trouvent dana reridaa , *•* »44 et HS; daat la Cad« pariai, 79, P. 283: [SoticeaetCTiraiw, U, p. «m

que Piale confiait son cheval n un Turkman , afin d'aller chercher des alimens pour le prince. La richesse de la selle et des harnais, éveillèrent lea soupçons d'autres Turkmans, qui épièrent les alentours de la grotte, et donnèrent avis de leur découverte an sandschak-beg Kasim(l). Celui-ci s'empara de la personne de Korkud et de son compagnon Piale, et de suite expédia un courrier S Selim , qui , après avoir pris possession du palais et du harem, était revenu à Brusa. Karatschinogli fut chargé d'amener à Brusa le frère du sultan. Le kapidschibaschi Sinan fut envoyé à la rencontre du prince , aux approches de la ville, comme pour lut présenter les compliments de Selim, mais en réalité porteur d'un ordre de mort. Dans la nuit, Sinan trouva moyen , à l'aide d'une ruse , d'éloigner Piale de son maître, puis il éveilla Korkud pour qu'il prit connaissance de lu sentence prononcée jwir son frère (*2). korkud demanda une heure de délai , et se mit k écrire à Selim une lettre en vers, pleine de reproches sur sa perfidie. Le lendemain le cadavre fut apporté devant le sultan , et l'élégie lui fut présentée. U meurtrier pleura de repentir ou peut-être ne versa-t-il que des larmes hypocrites. H ordonna un deuil de trois jours; quinze Turkmans,qui avaient dénoncé le lieu de refuge de la victime et qui s'étaient rendus à Brusa dans l'attente d'une récompense, furent mis à mort, comme jadis avaient été traités par Bajcsid les brigands qui s'étaient vantés d'avoir pillé les bagages de Dschem (3). Le fidèle Piale déplora toute sa vie la perte de son maître, et sa tint comme gardien du tombeau de korkud. jusqu'à ce que lui-même rendit le dernier soupir (4).

A peine l'hiver touchait à sa fin , qu'Ahmed partit d'Amasia avec vingt-cinq mitte cavaliers, se dirigeant sur Brusa. Selim envoya en toute hate t'aga des ianitschares à Constantinonle . avec ordre de faire débarquer, dans l'espace de trois jours, dix mille janilschares sur la cote,

(1) Seadeddin , fol. 665; Ssolakaade fol. 83; Nocabr tat-f ewaricta, Aali.

(2) Menavino , délia morte di aultan Corcuth fratetio di ittltaa 8etim ; G»»», Katti èlliauri di Selim to Saoac vino, l.i, fol. 346.

(4) Seadeddin , Saolakaade, Aan.

près de Modania (1). Aussitôt que ces troupes furent arrivées, Selim marcha contre son frère, qui déjà avait pris position au passage d'Ermcniderbend , qu'il faut franchir le long du mont Olympe, pour aller d'Ainegœl à Brusa Ce défilé était célèbre dans l'histoire ottomane : là était tombé le neveu d'Osman , fondateur de la dynastie, et il avait été enseveli près du village d'Hamsabeg. C'est dans ce lieu aussi que Dschem, fuyant du champ de bataille près de Nicée, avait eu à subir les attaques des Turkmans. Legrand écuyer Mohammed -Aga, commandant de l'avant-garde et le beglerbeg d'Anatoli furent battus par Ahmed, avec une perte de sept mille hommes. Il ne restait plus guère au sultan que huit à dix mille guerriers^). Si Ahmed avait su poursuivre ses avantages, Selim aurait indubitablement perdu la première bataille et le trône ; mais Ahmed laissa au sultan le temps d'appeler à lui les renforts de Dukaginoghli, d'Ahmed-Pascha, et du fils du chan tatare Seadrt-Girai, fils dcMengli-Girai, beau-frère de Selim , qui était arrivé avec cinq cents Tatares, dont chacun menait quatre chevaux (3), afin de présenter les hommages du chan au sullan. Avec ces forces nouvelles, Selim fraochit l'Akszu (eau-blanche), qui le séparait d'Ahmed , et les deux armées se rangèrent en bataille dans la plaine de Jenischehr, la veille de l'anniversaire de l'abdication de Bajesid (4). Avant d'engager l'action 1 24 avril 1613J, Ahmed appela son frère en combat singulier, pour épargner l'effusion du sang. Selim renvoya le messager avec 8,000 aspres. 11 y eut d'abord une escarmouche entre cent cavaliers de part et d'autre. Ahmed courut se mettre à la tète de mille chevaux, avec lesquels il fondit sur un corps de trois mille hommes qui lui était opposé; mais le beglerbeg d'Anatoli, avec les janitschares , d'un çôté, et Scadet-Girai avec les Tatares, de l'autre , le chargèrent si vigoureusement, que ses troupes furent battues et que

(1) INescbri , fol. 26; Aali, fol 10, et Dscbibannuma, p. 426.

(2) D'après Menavino , huit milie hommes , selon les rapports de l'ambassade vénitienne, dix mille.

(3) Seadeddin , &olaksade, Aali , Menavino , Giovio, Tubero.

(4) La date du 24 avril ne se Ulloa,p. 10$.

lui-même fat réduit à prendre la faite; il cou rut rapidement le long d'un fossé, et, la terre cédant sous son poids, il tomba dans l'eau avec son cheval et fat saisi par Dukaginoghli, qui le poursuivait (1). Ahmed demanda à être anduit devant son frère ; mais cette prière fat rejetée et Selim répondit qu'il allait lui accorda un sandschak tel qu'il convenait am prinw ottomans : c'était un arrêt de mort. Le chambellan Sinan , qui avait déjà immolé Korkod, fat chargé aussi d'exécuter la sentence portée contre Ahmed. Avant de se livrer au bourrea.i Ahmed tira de son doigt une bague dont leprii égalait, disait-on, le produit du tribut de la Rumili,et l'adressa comme un legs à son frire, en le priant d'excuser le peu de valeur de tt souvenir (2). Son corps fat déposé, à côté des« cinq neveux exécutés avant lui, près do tantombeau de Murad II , à Brusa (3).

Alors, tous ces meurtres accomplis, le suluu revint à Gallipoli , et après avoir inspecté k château européen des Dardanelles appelé la Clef-de-la-Mer (Kilidul-Bahr), il se rendit ai mont Athos (4), où, au milieu de fêtes pompeuses, il reçut de riches présents de ses vesirs; puis il se dirigea vers la capitale de l'empire, pour gagner enfin Andrinople. Là se préàni*rent les députés de la Moldavie et de la Valachie , déposant à ses pieds le tribut, et les ambassadeurs de Hongrie et de Venise, qui, maintenant qu'il n'y avait plus de doute sur ta toulepuissance et la souveraineté absolue de Selim. sollicitaient avec ardeur le renouvellement d?> traités existants ; ils furent d'autant nùeoi accueillis que les pensées de conquête de Sdim* portaient , non point sur l'Occident , mais en Orient. A peine assis sur le trône, le alun avait adressé au doge un ambassadeur extraordinaire chargé d'une lettre pour lai ootißtf l'abdication de son père en sa faveur (5} Bevêtu de drap d'or, l'ambassadeur Semis*Ts>cliausch (6), avec sa suite qui étalait des robes de

(1 ) Menavino , Giorio . Tubero , Saolaksade , *«W din, Aali.

(2) Ssolaksade.fol. 84.

(3) Seadeddin, Ssotaksade, Nochbetei -Tevmri, Aali et le rhéteur de Brusa, Aali, fol. 190.

(4) Cette circonstance ne se iroure que daoi ïbiiw" du grand vesir , Lutfi p. 76.

(5) La lettre est dans Marini Sanuto , de juin UÖ (6 Marini Sanuto le nomme Simix-Zaus.

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