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tache lui donnaient l'aspect effrayant d'un lion (1).
Le jour où Selim accompagnait son père jusqu'en dehors de la porte d'Andrinople , les janitschares attendaient son retour dans la ville, rangés sur deux lignes; ils heurtaient leurs armes les unes contre les autres, afin de réclamer ainsi du nouveau sultan le présent de joyeux avènement. Selim, indigné de n'arriver au trône qu'en subissant le joug des janitschares et protégé par leurs bras, se détourna de sa route, sous le prétexte de se rendre aux Sept - Tours,afin d'y prendre le trésor de son père; puis, suivant les murs delà ville, il rentra silencieusement dans le sérail , trompant la surveillance des janitschares,qiù se tenaient toujours à la même place, dans la grand'rue, attendant qu'il traversât leurs rangs. Toutefois, il n'osa pas refuser le don d'avènement, dont il avait même promis l'augmentation. Au lieu des 2,000 aspres accordés par Bajesid, chaque janitsctiare , en cette circonstance, en reçut 3,(100, équivalant alors, d'après les rapports des monnaies d'or et d'argent turques, a 50 ducats. Un sandchak-beg eut la hardiesse de réclamer une augmentation dans ses revenus. Pour toute réponse, Selim, tirant son sabre, lui abattit la tète (2). Afin de remplir le trésor épuisé par les largesses faites aux janitschares, une contribution extraordinaire fut levée sur tous les sujets, chrétiens, juifs et moslims (H). Les Ragusaius, en apportant le présent d'avènement , obtinrent la confirmation du patronage dont l'empire les couvrait; mais, en même temps, on frappa leurs marchandises d'un droit de cinq pour cent (i . Avec Bogdan, prince de Moldavie, fut renouvelé le traité par lequel celui-ci se reconnaissait sujet et tributairedela Porle(5).
Sur le trône arraché à la faiblesse de son père, Selim se trouvait exposé à mille dangers, menacé par une infinité de rivaux, ayant à redouter les attaques de ses frères gouverneurs des diverses provinces de l'empire. Des huit fils de Bajesid, cinq l'avaient précédé dans la tombe :
(1) GioTio.
(2) SsolaltMde.fbt. 82.
(3) Rapport de l'ambassade vénitienne , dan* Mario Sanuio.
(4) Engel , Histoire de Ragu se, p. 190.
(5) Engel , HUtoire de de Moldavie, p. 162.
Abdallah , Mohammr d , Schehinschah , Aalem- Schah et Mahmud ;les deux premiers sans postérité. Schehin-Schah laissa un fils appelé Mohammed et Aalem-Schah un prim e du nom d'Osman. Trois fils, Musa , Urchan , Emin , représentaient Mahmud. Des trois fils survivant de Bajesid , Korkud n'avait pas d'enfants ; Selim avait plusieurs filles et un seul fils Suleiman; Ahmed était père de quatre princes, Alaeddin, Murad, Suleiman, Osman. Il y avait donc, en comprenant le sultan actuel, douze princes du sang ottoman. A l'abdication de leur père, Korkud et Ahmed avaient été confirmés dans leurs gouvernements d'Amasia et de Ssaruchan ; l'Ile de Mitylène avait même été ajoutée au territoire du premier. Le prince héréditaire Suleiman résidait à Kaffa; il fut appelé à Constantinople, pour rendre ses respects à son père. Pendant les ffctes de sa réception, le bruit courut qu'Alaeddin , fils d'Ahmed , avec l'agrément de son père, s'était emparé de Brusa, avait mis à mort le ssubaschi de la ville , et avait levé des taxes énormes sur les habitants. Comme il fallait porter un prompt secours â ce mal , ScKm remit à son fils les rênes du gouvernement dans la capitale, et. à la fin de juillet , à la tête d'une armée de soixante-dix mille hommes, il marcha vers l'Anatoli, contre Alaeddin et son père Ahmed (I). En route, des débats s'élevèrent entre les janitschares et les sipahis, qui en vinrent aux mains (*2). Selim, sans se laisser arrêter par ces embarras, envoya vingt-cinq galères observer les côtes asiatiques, afin qu'aucun des princes ne put s échapper en Europe. Tnr-Ali Beg,fi!s de Malkodsch, commandant de l'avant-garde, rejeta le prince hors de Brusa, et le poursuivit par de là Amasia , du côté de Malalia et de Derende. De son côté, le sultan marcha par Angora contre Ahmed sans pouvoir l'atteindre. Ahmed avait envoyé doux de se* fils , jeunes princes pleins de courage et (^Intelligence, par de là les frontières de Perse, auprès duschah Jsmaïl (3). Selim conféra le gouvernement d'Ahmed au fils de Daud-Pasc! a Mustapha-Beg ,et arriva à la fin de novembre [1512]
; A Brusa , ou il visita les tombeaux de ses ancêtres, distribua des présents, et laissa entrer ses troupes dans leurs quartiers d'hiver. Ahmed saisit cette occasion, se porta rapidement de Kumach et de Nigisar sur Amasia qu'il surprit, gagna le fils de Daud-Pascha à force de flatteries, et le nomma son vesir (1). Selim rejeta la faute de la perte d'Amasia sur le grand vesir Mustapha- Pascha, qui alors se sentit dispos s trahir Selim, au profit d'Ahmed , comme il avait déjà trahi Bajesid en faveur de Selim. Voulant surprendre le harem d'Ahmed à Amasia , SeHm avait ordonné à une troupe de cavaliers mercenaires (ulufedschi) de se porter rapidement sur cette ville. Mustapha transmit un avis de ce mouvement au prince Ahmed, qui, alors absent d'Amasia, faisait des courses dans les cantons environnants. Les mercenaires furent enveloppes et pris. Selim, informé de la trahison du grand vesir, par le capitaine des mercenaires ou par une lettre interceptée, convoqua les quatre vesirs qui se trouvaient alors auprès de lui (2) et leur fit donner des vêtements d'honneur, à l'exception du grand vesir qui reçut un kart an noir, comme un signe de sa condamnation. 11 fut aussitôt étranglé et son cadavre rat jeté aux chiens dans la rue (3). Ainsi finit le renégat Mustapha, qui jadis s'était chargé de faire accomplir l'empoisonnement de Dschem, et qui , malgré son avarice bien connue, construisit à Gonstantinople des mosquées, des cloîtres, des bains, des cuisines de pauvres. La place de grand vesir rut donnée pour la quatrième fois à Hersek-Ahmed-Pascha.
L'exécution du grand vesir (4) notait que le prélude d un drame sanglant. Uo samedi (6), que le divan était repris après quatre jours de suspension, Selim présida le conseil à cheval, puis passa la revue de ses troupes réunies sous les armes. Cinq capitaines des janitschares reçurent Tordre d'aller enlever à Brusa les cinq nevew du sultan et de les amener au palais : c'étaient les
(1) Sao'akuadc , fol. 83 ; Seadcddiu , fol 761.
(2) Rapport de TambaMadc TéniliennedansSamifo.
(3) Rapport de l'ambassade véoitienne de Constatilinople , du 9 au 20 octobre , ei du 11 septembre.
( I ) Seadeddin , fol 613 ; Ssolakuade , fol. 83 ; Nochbetet-Tewatkb, Aali.
(2) Rapport de l'ambasaade TêoUienoe, dans Mann. Sanuto.
(3) Menarioo , Giovino.
(4) Rapport de l'ambassade vénitienne, dp 3 décjmDrf. de GoiMiantinopte.
(5; MenaviDo.