LIVRE XXIII
pays et les habitants, avait été envoyé par Se- f lim, du quartier d'hiver d'Amasia, avec des lettres d'invitation auprès des divers begs du Kurdistan , pour les détacher de l'obéissance du >chah, et les attirer au parti du sultan; et l'on avait fondé des espérances de succès sur les mouvements qui s'étaient manifestés en faveur des Ottomans, dans toutes les villes du Kurdistan, à Amid Bidlis et Hosznkeif.
Après la bataille de Tschaldiran, les habitants d'Amid ou de Diarbekr avaient expulsé le lieutenant d'Ustadschluoghli , mort dans l'action, et envoyé des députés auprès de Selim, avec des offres de soumission. A Bidlis, Seheref-Beg s'était déclaré en faveur de Selim, contre Chaled-Beg, son frère, qui gouvernait la ville au nom du schah. Chaled-Beg tomba entre les mains de Selim, qui le fit exécuter a Mercnda. Ses fils, dirigés par le persan ChaliPe, commandant de la frontière de Chunis, en vinrent trois fois aux mains avec les troupes de ^heref-Beg, qui retournèrent â Bidlis, avec une perte de trois centshommes, morts de froid. | MeUk-Chalil, l'Ejubide, dont les ancêtres avaient possédé Hosznkeif et Saard, avait été dépouillé de ces places, malgré son alliance de famille avec le schah , qui en donna l'investi- ; Jure à Karachan, père d'Ustadschlu. Melek- Chalil s'empara de Saard, et attaqua plusieurs fois Hosznkeif (1). Le commandant de Ssasznu, Mohammed-Beg, avait saisi pour lui le territoire | d'Hersen qui appartenait à l'émir des cavaliers du schah, et chassé les feudataires persans. Dans le voisinage de Diarbekr , le seid Ahmed- Beg-Riski avait conquis les châteaux d'Atak et de Miafar-Akain, et Kasim-Beg-Merdisi, le château d'Egil, avec l'aide des habitants de ! Diarbekr. Dschemschid-Beg-Merdisi, qui était I venu baiser les pieds du sultan dans la marche sur Tebris, se voyant investi d'un sandschak , avait planté la bannière ottomane sur les murs de Palu. Le commaudant de Nedschti et de Dschesire avait battu et mis en fuite les troupes persanes dans le canton de Moszul , et Seid-Beg, commandant de Suran, s'était emparé d'Erbil et de Korkul. Outre ces neuf begs,
Il Ebulfasl, filR d'Idris, d'après le* papier» de soîi
père ; Aati l'a suivi fidèlement ; Seadeddin et Ssolaktade »en ont donué que dt* extraits.
les plus influents du Kurdistan, seize autre* encore s'étaient déclarés pour le sultan des Ottomans ; et c'est auprès de tous ces chers Kurdes (1) quldris avait été envoyé en qualité de commissaire ottoman, pour recevoir d'eux l'hommage au nom du sultan, et prendre possession du Kurdistan septentrional , depuis la frontière orientale, c'est-à-dire depuis Crmia, sur les bords du lac du même nom (le Spauta de Strabon ), jusqu'à la limite occidentale, oô il touche à Malatia ( Métitène ) (2).
Cependant , a la nouvelle du départ du sultan, le schah Ismail quitta Dergesin et Hamadan , on il s'était réfugié, pour regagner sa capitale que venait de quitter Selim , et avait détaché Karachan , frère dTstadschlu , comme successeur de celui-ci , pour reconquérir le cheflieu de son gouvernement de Diarbekr. Karachan se mit brusquement en marche, avec quelques milliers d'hommes, sur la route de Tchabakdschu a Diarbekr ; et , ralliant les commandants de Mardin, Roha et Hosznkeif, restés fidèles au schah, il alla mettre le siège devant Diarbekr. Les habitants, vivement pressés, mais résolus à une vaillante résistance, envoyèrent des députés au camp d'Amasia , pour solliciter des secours. Selim fit partir, avec quelques troupes, le janitschare Hadschi-Jekda-Ahmed , qui , se faisant jour h travers l'année de siège, entra par la porte grecque (3) , se jeta dans la ville , et planta sur les remparts la bannière ottomane (4). Par les députés de Diarbekr, Idris reçut des dépêches qui l'informaient des ouvertures d'Ismaïl,de la résolution de Selim de n'écouter aucune proposition, et de son projet de secourir aussitôt les habitants du Kurdistan , en faisant attaquer Knmach. Le schah envoya le gouverneur de tout le Kurdistan avant la conquête persane , Kurd-Beg , avec les commandants d'Ardtthisch et d'Aadi'dschuwas , et les fils de Chaled, begs de Baschuhl,du côté de Bidlis, et d'Achlath(S), pour appuyer les troupes cam-
(1) Aati, fol. 2O0.
(2) Seadeddio , I. iv, fol. 667. La plupart de» Heu* cité* ci-denus te trouvent «ur la carte , à la fin de ce volume.
(3) Rum-Kapusi.
(1) Ebutftwl , fol. 83.
;5> /but , M. 81.
pées devant Diarbekr. Tandis que ces chefs se rassemblaient autour d'Ardschisch , Idris réunit les forces des begs kurdes de Bidlis, Chairan,MeksetSsasznu,qui mirent en fuitcles partisans du schah, et enlevèrent un riche butin (1).
Le siège de Diarbekr durait depuis un an, et les assièges avaient perdu plus de cinquante mille hommes , soit pur les sorties , soil par les maladies (2); néanmoins les kurdes restaient inébranlables dans la défense de leur pnys et de leur secte, en vrais montagnards et sunnites , engagés, depuis quatorze ans , dans une guerre continuelle avec les Persans , qui prétendaient les soumettre (3). Lorsque se répandit le bruit que Tannée ottomane, après le châtiment d'Alaeddewlet , revenait sur ses pas, les begs qui avaient prêté hommage a la Porte, se sentant rudement menacés , pressèrent Idris de se rendre au camp du sultan , pour implorer des secours rapides et une assistance efficace. Idris n'atteignit pas le camp , car il rencontra en route, à Hosznkeif, un firman, qui prévenait en partie la demande des Kurdes, etordonnnait à Biiklu - Mohammed- Pascha, alors à Baiburd, de marcher, avec quelques milliers d'hommes , à la délivrance de Diarbekr (4). Idris fit parvenir aussitôt cet avis à Diarbekr, au moyen d'un pigeon. Le defterdar des fiefs de l'empire, Nisameddin- Ali, qui avait parcouru le pays en divers sens pendant quarante jours , était porteur de ce firman et d'un autre pour Idris, auquel il était recommandé de maintenir l'union entre les begs kurdes par sa présence (ô). En conséquence, Idris assembla denou veau le commandant deTschcmischgcsek, le beg Merdisi. le commandant de Palu, Dschemschid-Bcg, les begs de Tchabakdschu, Bidlis, Hosznkeif , Chairan (6), Charire et Ssasznu (7).
Cependant, l'armée persane, commandée par Kurd-Beg, s'était avancée jusqu'à Tschabakdschu , et avait enlevé cette place. Idris en informa Biiklu-Mohammed-Pascha, qui était encore à Ersendschan, et lui indiqua Hosznkeif, com-
(1) Ebulfasl f fol. 81.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
(4) Ibid.
(5) Ibid.
(8) Probablement le Horre de Tbéophylacte. (7) KbulfaM , fol 87
me le point le plus convenable pour la jonttioa des begs kurdes avec les troupes ottomanes, Idris et les begs kurdes Kasim-Beg. Dschc*chid-Beg et Huscin-Beg, à la tète de diï raille hommes, se réunirent en effet au* troopMkl Biiklu -Mohammed, attaquèrent les enneraMl les mirent en fuite ; forcés de se replier en ttniel hâte sur Ardschiscb et Aadilschuwas, ItsPff.l sans durent abandonner le plan de leur nu>l che en avant d'Amid. Les kurdes et les im&l mans poussèrent du coté de Diarbekr: il E$masek,ils furent fortifiés par Schadi-Pal cha, beglerbeg d'Amasia , qui leur ameuM cinq mille hommes, et lorsqu'ils arriverai m Pont-Noir, à cinq lieues en avant d'Amid. k*l rachan leva le siège, cl se dirigea sur Mardis.l Biiklu-Mohammed-Pascha prit possession (kl Diarbekr, qui porte encore aujourd'hui m a>| cien nom d'Amid ; on l'appelle aussi kir»l Amid , ou le Noir-Amid. Ammien Marccllin J qui prit part, comme Idris, à une carapap»! dans ces conlrées, et qui en a fait le récit . deJ crit . ainsi que l'historien persan , la forte po« tion de cette ville : elle est située sur le TigrcJ à peu de distance au-dessous de sa source. « un peu au-dessus du confluent du Nymphio*! c'est-a-dire de la rivière de Miafarakain, m Marlyropolis. L'empereur Constantin leotooJ de murailles. Bientôt après, le roi de Persel Sapor, vint l'assiéger en personne i&9], fi «1 ses troupes repoussées dans plusieurs assaoufl mais la peste lui prêta un puissant secours 1 Les mines firent écrouler les murailles, et u garnison évacua la place (2). Justinienlwreleva les fortifications d'Amid , en même leoip que celles des autres places frontières de 1 empire byzantin, du côté de la Perse. Le second siège par les Persans, sous la conduite de Kobad, fut plus pénible et de plus longue dur* que le premier. Enfin . par une nuit tranquille, les murs furent escaladés, et quatre-nnf,' mille Grecs passèrent par le tranchant dowto des Persans [605]. Durant les guerres finie qui déchirèrent la Perse, Amid tomba cotre k mains des Arabes de la tribu de Bekr,t*<l01
(1) Dans la description de celte peste, Aramif« * cellin ri valiie avec Thucydide.
(2) An 347 [758] , Tables chronologique* dlb**- ChaMa.