LIVRE XXlll
it appeler le canton environnant le pays de lekr ( Diarbekr ) ; et ce nom, jusqu'aujour- ! hui , est resté ainsi à la ville. La famille qui ut la domination dans ces lieux était celle !e Kende. Le fils d'Hadschr, roi de Kcnde, ppelé Amrolkais , fut Tun des sept plus grands of tes arabes avant l'islam, dont les vers, écrits a lettres d'or, furent exposés dans la Kaaba , à t vénération de toutes les tribus. Sous le règne e l'islam, Diarbekr , après la conquête d'Oiar, passa au pouvoir des chalifes de la maison Omraeije et d'Abbas. Les Grecs la reprirent u milieu du xe siècle (1): mais, avec le comîencement du xi* siècle de l'ère chrétienne , 'éleva une dynastie particulière de kurdes ; ce urent les fils de Merwan qui établirent un pouoir indépendant à Diarbekr, où ils se maininrent quatre-vingts ans. Renversés par le urkman Ortok , les Merwan furent remplacés iar la dynastie du vainqueur ('!). Timur abattit es descendants d'Ortok, se saisit de Diarbekr aria ruse [1390] (3), et conféra le gouverne- □eut de l'Irak-Arabic et de Diarbekr à son peit-fils Ebubekr (4) ; mais , après la mort de Ti- Qur 11402], le souverain du Mouton-Blanc, varajuluk,se saisit de Mardin et d'Amid, et a famille régna sur le Diarbekr pendant un iècle entier, jusqu'à ce que Schah-lsmaïl la reniTsat. Alors le conquérant confia Diarbekr au •lus vaillant de ses chans, à Usladschlu; puis u frère de celui-ci , karachan. On a vu comlent la place était tombée ensuite sous le pouoir des Ottomans.
Après la délivrance de Diarbekr, l'armée éonie des Kurdes et des Ottomans s'arrêta rois jours à Dschewsak, où fut tenu un conseil e guerre pour décider si l'on attaquerait Marin, place regardée comme imprenable. Idris ut d'avis qu'il fallait marcher sur cette forteesse; car il avait des intelligences avec Melek- Ihalil , commandant de Hosznkcif , alors renfermé dans Mardin. La sommation écrite par Idris ommençait par ce vers du Koran : « 0 vous,
(1) De302[1001] à 478 [1085], il y eul *ix priuces. ables chronologique* d'iladschi-Cbalfa, p. 163.
(2) Lafamille Ortok de 470 [1081] à 8011 [1408]. üble« chronologique* d'Hadfcchi-Cbalfa , p. Ifil.
(3) Scherefcddin , HUt.de Timur-Beß , I. m, ch. 35 , u , p. 202 , et ch. 41 , p. 287.
(4) Ibid., I. ti, ch. 3 , t. iv, p. 92.
qui croyez, entrez tous dans la paix, et ne suivez point la route de Satan , qui est votre ennemi déclaré (1). » Les habitants de la ville députèrent auprès des Ottomans Seid- Ali, qui s'entendit avec Melek-Chalil et Idris sur la manière d'ouvrir les portes et de livrer la garnison persane. Aussitôt après la remise de la place, un ordre fut publié pour que tous les bonnets rouges , symboles d'hérésie et de rébellion . fussent apportés à un lieu désigné, et Idris les fit jeter dans le réceptacle des immondices de la ville (2). Restait encore le château, assis sur le pic Izale,qui forme l'extrémité orientale de la chaîne appelée Masu, Masis on Masius; il avait bravé deux fois toutes les forces de Timur.
Maintenant, un nouvel embarras parut devoir rendre l'entreprise encore plus impraticable. Idris, qui avait su , avec tant d'adresse et de succès, maintenir l'union entre les begs kurdes, ne put apaiser la querelle qui s'éleva entre le général ottoman Biiklu-Mohammed- Pascha et Schadi-Pascha. Le dernier prétendit que ses ordres lui enjoignaient seulement de s'avancer jusqu'à Diarbekr: et, malgré toutes les représentations d'Idris et de Chalil , il quitta Dcheusak avec ses cinq mille hommes, et prit la route de Diarbekr, au lieu de se porter sur Mardin. Idris rendit compte à la Porte de cette circonstanec, sollicitant de plus grands secours, nécessites par une telle désunion. A l'entrée du printemps parut une armée auxiliaire ottomane de vingt mille hommes, dans laquelle figuraient mille janitschares, six mille guerriers sous les ordres de Chosrcw- Pascha , bcglerbeg de Karamanie; les sipahis et les silihdars, commandés par Bali-Aga, au nombre de cinq mille.
A la nouvelle de la mésintelligence et de la séparation des paschas ottomans, Ka radian marcha aussitôt sur Mardin, et envoya six cents de ses plus braves kurlschis, par les passages de Sumi et de Kerkuk, dans la direction de Bagdad , afin qu'ils pussent parvenir de ce côté a Mardin , parce que tous les autres abords étaient occupés par des begs kurdes dévoués aux Ot-
(1 Ebulfasl, fol. 81.
{•i) Ibid
toroans (1). Ces six cents gardes du corps du schah , avec les troupes du beg de Hameran , de Gulschehr et d'autres, montant à environ deux mille hommes, rencontrèrent, dans la plaine de Sindschar, quelques centaines d'Ottomans, parmi lesquels se trouvaient les begs kurdes Dschesirei , Omar et Kerkud-Buchtan , et Tun des fils de l'historien Idris, Abulmewahib-Tschelcbi. Ils s'ouvrirent un passage à travers l'ennemi , qui perdit deux cents hommes.
Cependant , après le départ de Schadi-Pascha, la ville de Mardin avait rouvert les portes aux Persans, qui, en possession du château, et maîtres d'Hosznkeif, se portèrent sur Kerch(2), d'où ils étaient sans cesse harcelés par tes Ottomans de Diarbekr (3). Les vingt mille hommes de renfort, envoyés par le sultan, étaient arrives à Diarbekr, et Idris fit les plus vives représentations à Biiklu-Mohammed-Pascha , sur la nécessité d'attaquer maintenant l'ennemi avec toutes ces forces réunies. Biiklu , ne tenant aucun compte de ces instances, prit position contre le pont, entre Diarbekr et Kcrch , et détacha le commandant de Charpurt (4), Husein-Beg, avec deux mille hommes, pour faire des reconnaissances , avec l'ordre de se replier sur le pont , s'il rencontrait des forces supérieures. On était alors à l'époque des pluies de printemps : le terrain était fangeux, les chemins défoncés. Le jour des huit étoiles, considéré comme fort important par les soldats et les Turcs , les fourrageurs furent surpris et attaqués par les Persans, qui les jetèrent dans le Tigre; à peine mille hommes purent se sauver à la nage (o). Satisfaits de cet avantage pour le moment, les Persans se dirigèrent vers Pire, pour attirer à eux les tribus des Turkmans de Diarbekr, qui se tenaient là pendant l'hiver. A Karghaodede, dans le voisinage de l'ancienne ville de Kotschiszar (6), ils firent halte, et, h, l'armée de Karachan en vint aux mains avec les troupes des Ottomans, qui étaient enfin sorties de Diar-
(1) EbulfMi, fol. 89.
(2J Kcrch , daiisTéhopbylacte , 1. 1 , p. 13. (3) Ebulfasl , fol. 91.
(4; Jbid.y fol. 92.
(5) /bid.
(«) Sur la route de Roba à Niszibin. Dscbihannoma, p. 444.
bekr. Ces troupes se divisèrent en deux oorpt, dont l'un , fort de six mille hommes, commit par le brglerbcg Chosrew-Pascaa, rénorai la cavalerie d'Anatoli et de Kararoanic; l'aotit, composé de quatre mille hommes, était «utils ordres des begs kurdes, parmi lesquels se tr» vait l'historien Idris. Entre ces druxcorpt.u | en avant, Biiklu-Mohamrued-Pascba avait pn \ position avec deux mille janiischares(t:.Avet les Kurdes, à la droite , étaient les quatre hrp d'Hosznkeif, Ssasznu , Schirewanat (2; Ef. cl , à la gauche, les quatre begs de Bidlis.N» ran, Atak et Tschemisgesek, avec les autrui. Karachan, voyant à l'avant-garde les janitsetares et l'artillerie, dont la supériorité avait décidé la victoire de Tschaldiran en faveur de Ottomans , sentit bien que , sur ce point, tait attaque îerait vaine, et suivit le plan adq* par Ismail à la journée qui avait vu sa dcftit Il disposa ses forces eu deux divisions, dut: l'une devait se porter contre hs Ottoman» i J l'aile droite, et l'autre attaquer les Kurde» li gauche; de sorte que les janitscharejeUartileric, au milieu, se trouvaient compléta»* enveloppés. Il avait confie son épouse. m* d'Ismaïl , à une tribu de Turkmans; mais Itwtfl les femmes de la suite de cette princesse, witues de costumes d'homme>, avaient été distribuées parmi les cavaliers. A l'aile gauebeto Perses, en face des Ottomans, coiubaitirts Karachan et Huseiu-Dchani-Beg , neveu do schah; à l'aile droite, opposée aux kur<K étaient le commandant d'Ilamadan.Dergesio. et troiscents kurtschis d'élite. Karachan char);» l'aile droite des Ottomans, et l'aurait eafarae, si Biiklu -Mohammed, avec les janitsch««"1 n'était accouru les soutenir. Le général persai tomba blessé d'une balle. A l'aile gauche da Kurdes , le combat fut plus long et plusadur* né : Husein-Beg, serré de près par Tchemisft* sek, ne fut sauvé que par les begs de Hou* keif et de Bidlis , accourus à son aide et anima par Idris. Alors tous ensemble renoavekreai le combat, repoussèrent l'ennemi et le poor suivirent sur la route de Mardin, éloigne*
(1) Ébulfasf.
(2) Schirwan ou Scbirwanat , dans Mszibin (** carte de Kinneir, Scbirak).
(3) Le fils d'idris donne leur» noms et prénom