‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 236 sur 297 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

souverain fut vaincu et tué par Usun-Hasan, prioce du Mouton-Blanc ; a la dynastie du Mouion-Blanc succéda la domination de Scbah-Ismaïl, puis celle des Ottomans. La seconde ville considérable du pays de Rebia ou du sandschak de Roha est Rakka (Nicephorium), où s'établit d'abord Rebia ; elle était surnomméeKallinikion; c'était Tune des plus fortes positions des frontières et des meilleures places de commerce de l'empire byzantin (1); elle hit rétablie par Justinien (2), décorée d'un palais par Haroun-al- Rschid (3). Au-dessous de Rakka, sur le bord de 1 Euphrate et au confluent du Cbaboras , est situé kirkesia, le Kirkesion de l'empire bysantin, et vraisemblablement l'ancienne Karchabesa où le roi d'Égypte Necno posta son armée contre Nabuchodonosor (4). Plus haut que Rakka , et toujours sur les rives de l'Euphrate, le passage du lleuve était défendu par deux châteaux , Bir ou Biredschik, l'ancienne Birtha (5), et Dar-Rum ou Kalaat-Rum; ce dernier est le plus célèbre des quatorze châteaux dont fait mention la géographie arabe du moyen âge. Une place renommée dans l'histoire est celle d'Harran, entre Orfa et Niszibin, là où s'arrêta Abraham, en venant d'Ur; c'est le Chawran de l'Écriture (6), le Carne des Romains, à jamais mémorable par la défaite de Grassus. On montre encore sur une colline, dans le voisinage de la ville, le temple des Sabéens, consacré à la lune, où Julien sacrifia selon l'usage du pays.

Les provinces de Bekr, de Masar et de Rebia , aujourd'hui les gouvernements de Diarbekr, Roha et Moszul, qui, situées entre le Tigre et l'Euphrate , forment la Mésopotamie septentrionale, avaient donc été acquises à l'empire ottoman par les efforts de Biiklu-Mohammed-Pascha et de l'historien Idris, et l'on attendait de la Porte les actes confirmatifs des mesures prises ou des institutions proposées. Cette confirmation arriva enfin : c'était une

trième a Ha ma , la cinquième dans l'Iemen , la sixième à Alep , la septième à Hosznkeif.

(1 ) Aromien Marcellin , I. xziu , p. 3.

(2) Procopiu», De édifiais , I. u , p. 101.

(3) Dvhihannuma, p. 444; Rennet, Illustrations of ibe History ot ibe expédition of Cyrus , p. 6.

(4) Joaepbus, I. x,c.7l.

(5) Dacbibtnnuma,p.594.

(6) Moïse , I. xi , p. 31 , 1. xxxit , p. 10.

xxm.

sorte de diplôme adressé à Idris , véritable commissaire préposé à l'organisation du Kurdistan; en même temps furent apportés de l'or, des étendardset des vêtements d'honneur, qu'ldris fut chargé de distribuer parmi les begs attirés â la puissance ottomane. Le commissaire partagea d'abord le gouvernement de Diarbekr en sandschaks, comme, dans l'année suivante, Roha et Moszul furent divisées après leur conquête. La constitution toute particulière de cette partie du Kurdistan, dans laquelle il y avait presque autant de seigneurs que de châteaux, et dont la prise de possession ne put se faire qu'au moyen de négociations isolées; cette circonstance surtoutque l'assujettissement complet , et la défense d'une telle contrée sur une frontière si éloignée, étaient à peu près impossibles avec l'esprit opiniâtre et indocile des châtelains kurdes; rendaient nécessaire uneorganisation toute différente de celle des autres provinces de l'empire ottoman, et cette organisation, sur une frontière habitée par des tribus barbares et guerrières , s'est maintenue jusqu'aujourd'hui. Des dix-neuf sandschaks qui forment le gouvernement du Diarbekr, onze seulement furent conférés suivant la coutume adoptée dans les autres parties de l'empire ottoman ; les huit autres étaient à la nomination des Kurdes , sous des conditions particulières. Enfin, cinq districts restèrent en la possession héréditaire des familles qui en étaient mattresses. Ce morcellement de la propriété indépendante , entre une infinité de seigneurs , s'accommode plus ou rroins à tout pays de montagnes, hérissé de châteaux et de forteresses, dont la situation inaccessible et les épaisses murailles inspirent encore plus de confiance aux populations naturellement guerrières. Sous ce rapport, les deux pays aux extrémités orientale et occidentale de l'empire, le Kurdistan et la Bosnie, sont absolument semblables; enRosnie ausM il y avait alors et il y a encore aujourd'hui autant de seigneurs que de châteaux; mais les châtelains bosniens, par leur proximité du siège du pouvoir, réclamaient moins d'égards et de ménagements que les chefs asiatiques si éloignés; et la collation de sandschaks héréditaires resta limitée à la frontière orientale.

Le Kurdistan , ou le pays des Kurdes, ce

peuple connu des la pins haute antiquité par son humeur guerrière et ses brigandages , se compose de toute la contrée montagneuse, depuis l'Oronte (Klwend) jusqu'au* sources de l'Euphrate. Jadis, il reconnaissait, tout entier, la souveraineté de la Perse; ma'ntenant , il n'y a plus que le gouvernement de kerman qui soit au schah : on l'appelle le Kurdistan persan. Tout le reste est soumis à la Porte ; le centre du Kurdistan ottoman est le gouvernement de Schehrsor, qui ne fut conquis que sous le grand Suleiman. Quant à la race kurde, elle s'étend, à travers toute la Mésopotamie , jusque sur la frontière d'Arménie, aux lacs de Wan et d'Achlath, au Murad, bras orientai de TEupbrate, et jusqu'à Müsch, l'aocienue Moxoene. Renfermées au temps de Xénophnn,dans Korduene, c'està-dire dans le Kurdistan proprement dit , les tribus des Kordueoes, des Rar duchés , des Kadusiens ou Kyrtes(l), c'est-à-dire les Kurdes, se répandirent plus tard sur les plaines de l'Arménie méridionale et orientale, et de la Mésopotamie septentrionale, ou du Diarbekr. Dès la plus haute antiquité, il y avait là un mélange de t alions barbares (2), descendant, suivant la tradition orientale, des Persans qui s'étaient réfugiés dans les montagnes pour échapper à la tyrannie de Sohak (3), tandis que leur langue indiquerait plutôt une affinité avec les Indiens ou les Ottomans (4). Parmi ces nombreuses tribus, que l'on élève à quatrevingts^), les plus remarquables sont les jesidis, ou adorateurs du diable ; leur principale rési- I d'Hosznkeif , comme nu sandschak ottoman

sindscharis , les gurgilis, les aunikis, serewis, des villes de Bidlis et d'Amad'ta, des châteaux de Gurgil (I) et d'Aunik v2). de li plaine de Sindschar et de l'Ile d'Omar. Ils vivent sous l'autorité des chefs de leurs tribus, dont la volonté fait loi , et qui ont snr eux droit de vie et de mort. Ces chers sont ordinairement accompagnés d'une suite nombreuse; le sujet favori de leur» entreliens est l'antiquité de leurs famillesqu'ils font remonter joaqu'à Noé/3 \ ce qu'ils aiment par dessus tout, ce sont des armes brillantes (4); leurs occupations, ce sont les exercices militaires ; ou bien ils chantent. sur un ton grave et triste, leurs fleuves et leurs montagnes (fi); leurs vêtements «ont fbrnw* d'étoffes bigarrées et rayées (6). Tout eeb rappelle l'highland écossais avec ses dans, ses plaids et les chants d'Ossian. Aux habitants da Kurdistan , comme aux autres montagnards, ee qui est le plus cher, c'est la liberté au milieu de leurs montagnes. Le* plus célèbres héros des anciennes traditions persanes, comme des romans plus nouveaux étaient des kurdes, tels que Rustem, Behram-Tscnobin , Gurgm-Nilad. et Ferhad, l'amant si heureux et si infortuné de la belle Sdiirin (7). Enfin, à la race kurde appartenait le grand Ssalaheddin (Saladin), le héros des croisades, le fondateur de la puissance de la maison d'Ejub, et dont le dernier rejeton, Chalil l'Ejubide, souverain d'I keif, beau-frère de Sdiah-lsmaÜ, tint niais en fief le gouvernement de son

dence à Mardin semble annoncer une affinité avec les anciens mardes, et leur culte du diable se rapproche de l'ancienne erreur des Persans qui rendaient hommage au mauvais principe. Après les jesidis, les hakaris, lessibaris, leshaletis, lesliariris, les ruschenis et les bochtis, figurent le plus auvent dans l'histoire et la géographie, comme primitifs; d'autres prennent seulement leurs noms des lieux qu'ils habitent; comme les bidlisis, les amadis, les

(I) Straboeu parle deux fois Dan« Fohbc, I. m,

S 52 , ili figurent comme arrhm.

|2) Mannen, t. v , C. 2, p. 495 et 225. (S) CwNt , tfcAibannuma.

(4) Voyage* de H code ; Lonëm , 1819, et hstfoductioD.

{5) Ewlia cite

L'historien Mria l'installa au nom dn tuJtao. avec les cérémonies accoutumées. Lui-même reçut en récompense de ses services dans l'organisation du Kurdistan, un diplôme contenant des éloges sur sa conduite (8), plus un présent

(2) Histoire de Timur-Beß, 1. m , c.

(3) Mac Kinneir.

(4) Heude et M. Kioneir.

(5) Ewlia, Annale* .de la üuirature, I. Pliii.l. Ti.p. 20.

(fi) Mac Kinneir , Voyage , p. 411.

(7) Dschibannuma , p. 450.

(8) Ce diplôme e« daté de U c'ett-i-dire de la roi-novembre UI5

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de 2,000 ducats vénitiens, huit vêtement s d'honneur, et un sabre garni d'or, dans un fourreau [ de drap d'or. Les diplômes pour les sandachakbegs lui furent expédiés avec les noms en blanc, afin qu'il les remplit selon son bon plaisir. Lorsque Biiklu-Mohammed, à 1 ouverture de la campagne d'Egypte, revint dans son gouvernement du Diarbekr, pour faire la conquête de la capitale, Idris fut rappelé. Il accompagna encore le sultan dans son expédition d'Egypte; la mort vint seule arrêter son action politique,

bientôt après la prise du Kaire. Au reste, il n'aurait pu être employé pour l'organisai ion de l'Egypte, avec autant de succès que pour celle du Kurdistan, sa patrie, dont il avait servi le précédent souverain en qualité de secrétaire d'État.

Ainsi, la Mésopotamie septentrionale fut incorporée à l'empire ottoman qui s'appuya fermement sur le Tigre et l'Euphratc, et une barrière naturelle et puissante sépara dès lors les deux grands empii es qui se menaçaient sans

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