XXIV
pilant dans l'arène, tournons nos regards vers l'Egypte et son souverain , le sultan des mameluks Kanszu - Ghawri , nous reconnaîtrons mieux les causes de la guerre, et les ennemis auxquels Selim allait avoir à faire.
Après la domination des Pharaons, drs Ptolémées, des Romains et des Byzantins, les pyramides avaient vu huit dynasties passer à leurs pieds et descendre dans la poussière; les chalifes de la maison d'Ommeije et d'Abbas administrèrent l'Egypte par des lieutenants, parmi lesquels les Turcs Tulun (1), et Achschid (2) furent les fondateurs des familles souveraines dont la domination passa rapidement. Les Fatimites (3) érigèrent ensuite en Egypte un chalifat indépendant de celui de Bagdad , de sorte que le pouvoir suprême dans l'islam était réclamé a la fois sur le Nil et le Tigre. Le grand -Ssalaheddin fonda la grandeur de sa maison en Egypte, mais à peine pour un siècle (4); car l'ambitieux mameluk de la garde du corps appelé Bahri (5), du nom d'un château sur le Nil, arracha violemment le pouvoir des faibles mains du dernier Ejubide. A la dynastie des mameluks du Nil succéda celle des tscherkesses , dont l'avant-dernier souverain fut le sultan Kanszu-Ghawri. L'Egypte, limitée à l'ouest par le désert , au nord et à l'est par la mer, n'a, du côté de la terre, à redouter qu'une invasion des Abyssiniens venant du sud , et des maîtres de la Syrie arrivant du nord-est par l'isthme qui unit l'Afrique avec l'Asie. Depuis des siècles, il ne vient plus d'armée du sud, mais seulement des caravanes, avec des esclaves, de l'or et de l'ivoire. Mais du côté de la Syrie, le danger d'irruptions guerrières avait toujours été menaçant depuis l'antiquité jusqu'aux derniers temps, et la Syrie paraissait aux maîtres de l'Egypte un avant-poste nécessaire pour la sûreté de leurs états. C'est pour cela
(1) Les Beni-Tulum , de l'année 254 1867] à 292 [904] , quatre souverains.
(2) Les Beni-Actaschid , de 323 [934] à 357 [967], cinq souverains.
<3) Les Faliinites, de 297 [909], à Mebdye, puis en ÊfjYPte • ju»qu'en 567 [1171], quatorze souverains ; Tables cbrouolofiique» d'Hadschi-Cbalfa.
(4) De l'an 567 [1171] jusqu'en 652 [1254] , onie sou? verains , en quaire-ringt-cinq année».
(5) Bahreiner et le M,
que la Syrie, loule entière ou en partie, reconiiut le souverain de l'Egypte, et que les monarques égyptiens furent si souvent en guerre avec tous les asiatiques qui menaçaient la Syrie. Sans parler des anciens débordements des armées persanes et assyriennes qui se répandirent par la Syrie vers l'Egypte; sans parler des nombreuses guerres entre les Seleucides et les Ptolémées ; sous la domination arabe, les souverains s'observèrent continuellement avec inquiétude t aussitôt qu'ils ne furent plus réunis sous le sceptre des Abbassides. Le fils de Tulun le Turc crut donc avec raison quesa domination indépendante, nouvellement fondée en Egypte, n'était point assurée tant que la Syrie ne lui serait point soumise, et il porta ses armes triomphantes jusqu'à Antioche et Tarsus (I). Son fils Chumaruje, qui, aux fêtes de son mariage avec kotron-Meda ( la rosée), surpassa la magnificence du cbalife père de cette princesse, suivit la politique ambitieuse de ses devanciers. Achschid, d'abord commandant de Damas, puis gouverneur, et enfin maître indépendant de l'Egypte, voulut soumettre à son pouvoir son ancien gouvernement de Syrie, et pousser même plus loin ses conquêtes; en effet, U s'empara d'Alep, siège des Beni-Hamdan, qui alors dominaient en Syrie et en Mésopotamie. Toutefois l'eunuque Kiafur ( le champion ), qui, au nom du fils d'Achschid, et comme le grand maître de sa cour, exerçait un pouvoir illimité, perdit Alep qui lui fut enlevé par Seifeddewl et ( épée de l'empire ), le plus grand souverain de la maison Hamdan. Le fameux poète arabe Motenabbi lui-même, qui chanta les louanges de Kiafur et de Seifeddewiet, en faisant de fréquentes allusions au sens de leurs noms (2), passa tour à tour de la domination des souverains de la Syrie à celle du maître de l'Egypte, et fit sa résidence alternativement à Alep et au Kaire. Déjà le quatrième des chalifes Fatiraites Asisbillah avait enlevé Damas des mains d'un esclave des Bujides (3): la campagne de Syrie de son successeur Hekim-Biemrillah , le plus capricieux et le plus extravagant de tous les tyrans, est assez connue par la désolation
(1) Nochbeiet-Tewaricb.
(2) Motenabbi , le grand pw'ie arabe ; Vienne, 1024.
(3) Nocbbeiei-Tewaricb.
de Jérusalem, décrite en traits lamentables
dans l'histoire des Croisades (1), et aussi par ses manœuvres secrètes dans les vallées do Liban , pour se faire adorer comme un dieu parmi les Druse«, dont quelques-uns ont encore aujourd'hui conservé ce culte (2). Les croisés de Syrie furent toujours en guerre avec l< s sultans égyptiens de la famille d'Ejub, et lors du second siège de Damiet te, saint Louis fut témoin, comme prisonnier, de la révolution qui renversa du trône cette dynastie pour y élever les mameluks du Nil. Les deux plus grands souverains de ces mameluks, Bil>ars et Kilaun, affermirent leur pouvoir en Egypte par des conquêtes en Syrie; le premier chassa les Mongols de ce pays, et força les repaires des Assassins; le second enleva Merkeb, Lsodicée, Tri" poli, et d'autres places, aux croisés; U nerestt guère à ceux-ci que Ptoléma» et Tyr, dont Escnref, fils de Kilaun, se rendit maître (S). Ainsi , après une occupation de deux siècles, la Syrie fut entièrement évacuée par les croisés; et désormais, si Ton excepte l'expédition de Timur, elle resta dans la possession exclusive des mameluks du Nil, puis des Tscherkesses , dont le règne s'ouvrit avec la fin du xive siècle, et il avait déjà duré cent trente-quatre ans sous vingt-trois sultans.
Le premier des souverains Tscherkesses Berkuk vit sous son règne le fantôme de ebalife du kaire conférer à lémir des Ottomans Bajesid I"r le titre de sultan sollicité par un ambassade solennelle (4); ce même Berkuk brava la puissance du conquérant Timur, en mettant à mort les envoyés par lesquels le terrible mongol avait réclamé l'extradition du prince de l'Aserbeidschan Ahraed-DscheUir, réfugié au Kaire. Timur se vengea de cette insulte sur le fils de Berkuk, par le ravage de la Syrie, et les massacres d'Alep et de Damas (6). Au départ de Timur, la Syrie retouroi sous la domination égyptienne, et le sultan
(1) Willen , flistoire dei croisades , et Michaud ,
(2) Extrait* des livres des Druses , par S fi mire de
Sac y.
(3) Wilkeu, Histoire de* croisades, et INookKei-Tt-
warirb.
<4) Ibo Sctaohoe , aa 7W(l*Mj.
(5) Vor- ci-dessus , p. 237 -W-