‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 240 sur 297 · LIVRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIV

Moejed-Abunaszar-Dhahcri porta ses arme*

au-delà de la Syrie, dans les états des princes de Solkadr et de Karawanie. U arracha au premier, Meraasch, Elbistan, Behcsni : au second, Tarsus, Ijrcnda et kaiszarge qu'il réunit à l'Elbistan, et dont il donna l'investiture au prince de Sulkadr su us la suzeraineté égyptieune (1). Dès lors, les Ottomans et les Tsctierkesses devaient nécessairement se toucher par le territoire de Sulkadr et de Karamanie. Le sultan Eschref- Bersebai, vainqueur de Chypre, étendit ses conquêtes par la Syrie , à l'Orient , jusqu'à la .Mésopotamie , assiégea Diarhekr et força Kara- Osman (la sangsue noire), prince du Mouton- Blanc, à faire réciter la prière publique en son nom. Des envoyés de Schahroch , Mis de Tiiuur, étant venus demander que les prières fussent récitées au Kaire, à la Mecque et a Medine, au nom de leur maître, Eschrcf les fit chasser à coups de bàion Sultan-Kaitbai, contemporain de Mohammed U et de Dajesid 11 , fut le premier des souverains égyptiens qui entra en lutte avec les Ottomans; ce fut a l'occasion de la succession disputée entre les quatre princes, fils de Suleiman de Sulkadr; d'abord il y eut débats entre Rail bai et Mohammed, puis la querelle éclata en guerre ouverte avec Bajesid; après trois défaites des Ottomans la paix fut conclue par la médiation de Tunis. Er suite vingt-cinq anuées s'écoulèrent dans le repos; mais lorsque l'empire ottoman, par l'effet de la conquête du Diarbekr, toucha immédiatement à la Syrie, et menaça d'absorber cette contrée comme le Kurdistan , Kanszu-Gawri, qui occupait le trône depuis seize années, ne put désormais considérer en spectateur indifférent le danger qui le menaçait lui-même, et il se mit en marche avec son armée pour la Syrie. On connaît assez bien les relations politiques de la Syrie avec l'Egypte, résultant de leur contiguïté; mais on est fort peu instruit suri organisation de l'empire Tscherkesse sur le Nil, malgré la renommée des mameluks. Chacun sait que sous ce nom arabe étaient désignés des esclaves achetés, parmi lesquels les chalifes choisirent d'abord leurs gardes du corps, et qui , au temps de la décadence du chalifat. s'occupèrent sur-

;i) ISocbbeict-Tewarich ei Dadteuabi.

(2) Nochbciet-Tcwarich.

tout à renverser et à élever des trônes; c'est dans ces révolutions qu'Us trouvaient leurs moyens de fortune. Plusieurs de ces esclaves turcs se placèrent sur des trônes comme fondateurs de dynasties dans diverses contrées du vaste empire des chalifes; mais nulle part le pouvoir suprême ne fut plus pleinement établi par l'esclavage que dans l'Egypte, où les mameluks, depuis la chute de la maison d'Éjub jusqu'à la conquête ottomane, se maintinrent durant deux siècles et demi sur l'un des plus puissants trônes de l'Orient; puis ces hommes tinrent l'Egypte courbée pendant trois cents ans, non pas sous le sceptre d'un esclave tiré de leurs rangs, mais sous le bras d'un serviteur du sultan, jusqu'à ce qu'enfin, tout récemment, nous ayons assisté à ces scènes sanglantes dans lesquelles la domination mameluke a été renversée, non par la force, mais parla trahison; non par des guerriers sur les champs de bataille, mais par des assassins. Quoique de nos jours des voyageurs isolés et des corps de savants aient communiqué à l'Europe tant de détail» sur l'existence des mameluks dans le xviue siècle, néanmoins l'on connaît fort peu la constitution primitive de ces guerriers, alors qu'ils brillaient du plus vif éclat , aux xivc et xve siècles ; les voyageurs européens et les historiens du moyen âge ont puisé à des sources faibles, obscures; les ouvrages arabes qui donnent des éclaircissements suffisants sont a peine < de nous, et attendent encore des iraductc Nous pouvons donc placer ici quelques données sur le principe de la force des mameluks, leur destinée, l'organisation de leur armée, la tenue de la cour de leurs sultans. Les troupes étaient divisées eu trois classes distinguées l'une de l'autre, moins par la différence des armes que par le rang et la hiérarchie. Les premiers guerriers les plus nobles étaient les mameluks, ou les esclaves proprement dits de pur sang tscherkesse; les seconds, ou les dscoelban* (entraînés), étaient pour la plupart des esclaves abyssiniens; ceux qui dérobent de jeunes garçons en Abyssinie et les vendent sur les marchés d'Égypte s'appellent encore aujourd'hui dschellabs; la troisième et dernière classe était formée des karaniszes, ou korsans, et offrait on ramas de mercenaires. A chaque changement de sultan, les troupes recevaient un présent

suivant les rapports de ces rangs divers (l).- Les begs ou émirs qui occupaient les premières dignités de l'état étaient au nombre de vingtquatre , d'après les vingt-quatre petits-fils d'Oghus-Chan , qui donnèrent naissance à vingtquatre tribus turques (2); le généralissime de l'armée s'appelait émirolkebir ou grand prince (3). Les mameluks étaient vêtus de blanc , et coiffïs d'un turban vert à la partie inférieure, et noir à la partie supérieure (4). Les begs portaient des espèces de tuniques blanches, et des surtouts des couleurs les plus éclatantes et les plus variées. La partie la plus remarquable de leur costume était l'énorme turban entouré de soixante-dix aunes d'étoffe si artistement tournées et entrelacées, qu'elles formaient des espèces de cornes dont la dimension, variant suivant la dignité et le rang du personnage, était de deux à dix aunes (6). Les cornes étant le symbole le plus ancien de la puissance royale ou divine, les Orientaux en voyaient partout dans les hiéroglyphes devant leurs yeux, et Alexandre le Grand lui-même, en Orient, est connu par le surnom glorieux d'Alexandre à deux cornes. L'ampleur du turban avait le double but d'accoutumer la tête au poids du casque , et en même temps de former le dignitaire à une attitude grave et sérieuse; car la tète trop légèrement couverte peut se laisser aller facilement à des mouvements trop vifs incompatibles avec une position importante , et qui pourraient faire présumer la légèreté de la pensée (6). Le reste du costume des vesirs, émirs, juges et scheichs n'était pas réglé sûr des principes moins sévères ; et la plus grande magnificence des vêtements d'honneur consistait dans des versets du

(1) Dans le rapport de l'ambassade vénitienne, dans Mariai taouto , on trouve Ifs présents d'avènement au trône de Ghawri , de 100 ducats pour un mameluk, 50 pour les zelebans,30 pour les karanisses. Pietro Martire, fol. 44 , donne le véritable nom arabe du présent d'avénement : Nasaca.

(2; Aboulßhasi , Bist. fjén. des Tatares.

(3) Pieiro Martire. Les beß* sont appelés amiragii (émirs) , dans les rapporta vénitiens.

(4) Rapports vénitiens, dans Marini Sanuto, et Pietro Martire, fol, 32.

(5) Rapporta de l 'atnbassade Yénitfenne , et Pietro Martire , f0|, 32,

koran ou des passages de poètes brodés tout an tour (1). Les grands portaient des manches courtes, afin d'avoir la main libre pour frapper; les mameluks en portaient de très-longues, descendant au-dessous de l'extrémité de» doigts, parce qu'il eôt été inconvenant qu'il* parussent devant leurs supérieurs sans avoir les mains couvertes (2). Après les vinçt-quatrt begs , dont chacun avait une chapelle particulière avec de la musique militaire (3), venaient les vingt-quatre gouverneurs , dont douze administraient les provinces de Syrie, et douze celles d'Egypte. Les premières dignités de l'empire étaient , dans l'armée, le généralissime ou grand prince (4), et dans l'ordre civil, le diwitdar (5), ou porteur de l'encrier, le grand vesir; les autres hauts fonctionnaires des mameluks étaient le premier écuyer (6), le grand maître de l'écurie (7), le grand chambellan 8 , le grand trésorier (9) , sous lesquels se trouvaient les employés de l'arsenal, de l'écurie, de la chancellerie, du Trésor (10). Les premier» magistrats étaient le grand juge de l'état (IT; puis les quatre juges des quatre sectes orthodoxes, selon le rite des imams Ebu-Hanife. Schafii, Malik et Hanbel (12). Ces personnages siégeaient dans les divans, les jours que le sultan les tenait (13), à la droite du souverain, avec le surintendant des revenus publics et inspecteur des troupes (14); à la gauche, se tenaient le secrétaire d'Etat et les émirs des mameluks (15). A une certaine distance étaient

(1) Comme l'ancien manteau de I Germanie.

(2) Pieiro Martire, p. 32, comme les anciens Perv* devant le roi Xenophon ; Histoire grecque, L u, c 1.

(3) Saataib.

(4) Emirol-kebir.

(5) Dans les rapporta italiens, il est écrit diodar, d'après l'égyptien corrompu.

(6) Emir-silah.

(7) Emir-acbor.

(8) Hadscbibul-kudscuab.

(9) Emir-chasinedar.

(10) Les silahdares, porteurs d'armes; les hndschaK chambellans; les diwiladarea, secrétaires, etc.

(11) lUdmol-kodhat.

(12) Sulian-Bibars installa ces quatre juges; Sujuti.

(13) Farporta , dit Pietro Martire, fol. 30, p, «73

(14) Wekil-beittt-mal et naMrol-djcbiacb,, (If) KaUtoHlrr, ï

Page 1