XXIV. 4Dy
tions d'Hasands-Chan , père de Seadeddin, et
le* alarmes de Selim se dissipèrent.
ta peste , qui exerçait ses ravages à Andrinople, détermina le sultan à quitter la ville ; d'abord il parcourut les pays environnants, en se livrant à la chasse, puis il se rendit ä Conslanlinople, où le defterdar Abdel-Selam faisait construire devant les murs du sérail un koccbk de marbre , que l'on décorait de tableaux, dont l'un devait représenter le conquérant. Selim, qui se rappelait son aieul comme peut le faire un enfant de sept ans, trouva peu de ressemblance au portrait, où ne se retrouvait pas le grand nei de vautour ; il exprima son mécontentement sur ees constructions dispendieuses et sur l'élévation du kœschk , disant que e'était dissiper inutilement les trésors de l'empire. Le rusé defierdar se prosterna devant son maître, et l'apaisa en l'assurant que toutes ees dépenses avaient éié fournies par ses propres ressources. Selim, satisfait de cette déclaration, le fit revêtir de trois habits d'honneur, et lui permit de produire la demande qui lui conviendrait. Le defterdar, déjà très-riche, sollicita seulement deux villages derrière Kicouiédie, dans le district de la forêt profonde appelée Ner-d Jr* bres. Le sultan fit la concession sans connaître son importance ; et dès lors la famille d' Abdel- Selam fut l'une des plus riches de l'empire par la possession de tous les pâturages et de tous les champs qui s'étendent de Nicomédie aux limites de la Mer-d Arbres. En même temps que s'élevait le kœschk, étaient jetés lesfondements de la mosquée de Selim 1er à Constantinople, laquelle ne fut achevée que par son petit-fils.
Ce qui avait un plus puissant intérêt pour le conquérant , c'étaient ses arsenaux et ses chantiers ; il ordonna la construction de cent cinquante bâtiments grands et petits, dont trots de sept cents tonneaux ; en outre, cent galères déjà disposées furent garnies de leurs agrès. L'armée d'Asie fut rassemblée ; il y avait quinze mille cavaliers feudataires à Kaiszar'ue ; le pascha de Konia réunit tous les sandschak-begs de Karamanie àLarcnda, avec vingt mille hommes, le beglerbeg d'Anatoli Ferhad avait trente mille hommes: tout cela formait donc une force de plus de soixante mille hommes, qui semblait dirigée contre la Perse, comme la destination delà Hotte paraissait cire Rhodes. Déjà , dc-
puis que, sous Bajcsid II , Kemal-Reis avait débarqué à Rhodes, et avait ravagé une partie de Hie , la chrétienté craignait une nouvelle attaque sur ce point. En conséquence, le belliqueux pape Jules II avait, par un bref, recommandé aux chevaliers de se tenir scrupuleusement dans l'Ile au poste qui leur avait été confié. Lorsque , à l'époque de la conquête d'Êgypte, la flotte turque faisait voile pour Alexandrie , Rhodes trembla pour sa sûreté ; mais alors on en fut quitte pour des injures. L'amiral turc, dans une lettre grossière, traita le grand maître de chien, de fils de chien, sorti de la famille des chiens de l'enfer (1 ). Pour cette fois , les nouveaux préparatifs laissaient peu de doute aux chevaliers de Saint-Jean. Toutefois , Selim voulait que rien ne manquât à ses apprêts avant de commencer son entreprise , afin de ne point être obligé d'y renoncer, ainsi qu'il était arrivé à son aïeul. Il laissa éclater sa colère contre les vesirs qui auraient volontiers précipité l'eutrée en campagne. Un jour qu'il sortait de la mosquée d'Éjub, il était accompagné d'Hasandschan , père de l'historien Seadeddin. Il venait de lui montrer le tombeau de sa nourrice , lorsqu'il vit sortir de l'arsenal et voguer dans le port une des grandes galères destinées â recevoir l'amiral. «Par quel ordre, s'écria-t-H en fureur , ce bâtiment a-t-il été lancé.» A grand'peine Piri-Pascha put-il sauver la tête de l'amiral Dschafer-Beg, en représentant, avec une humble instance, que c'était une règle de lancer un vaisseau lorsqu'il était achevé. uVous nie pressez, disait Selim aux vesirs , de courir â la conquête de Rhodes ; mais savez-vous ce qui est nécessaire pour cela, et pourriez-vous me dire quelle quantité de poudre vous avez en magasin? » Les vesirs , tout confus, gardèrent le silence, et le lendemain ils annoncèrent qu'il y avait de la poudre pour un siège de quatre mois. «Qu'est-ce qu'un approvisionnement pour quatre mois, dit Selim irrité, lorsque le double ne suffirait pas? Voulez-vous renouveler la faute de Mohammed 11 ? Avec des préparatifs si incomplets , je ne me lance point dans la guerre ; d'ailleurs, je n'ai
(1) Lettera del iro. Mariai Sauulo
turea al gran inaci-
plus d'autre voyage à faire que celui de l'autre monde. »
11 avait prononcé ces dernières paroles dans le pressentiment de la mort qui le frappi bientôt, en effet, sur la route de Constaotinople à Andrinople. Déjà , trois jours avant son départ, il avait ressenti une douleur brûlante dans les reins , et , malgré toutes les représentations d'Hasandschan, père de Seadeddin , de laisser aboutir l'abcès qui se montrait , il se mit en route à cheval. Arrivé en face de Tschorli , vers le village d'Ograschkoi , à l'endroit où il avait livré à son père la bataille qui coûta à ce prince le trône, et plu* tard la vie , il éprouva des douleurs si violentes qu'il fallut faire halte. Les quatre médecins attachés à sa personne ne purent trouver d'aotre moyen contre les progrès effrayant des ulcères, que d'appliquer une emplâtre de poix contre la plus grande. Malgré toutes leurs représentations, il ne voulut point renoncer à la jouissance de l'opium. Hasandschan ne le quitta pas un instant: les médecins se réunirent à loi pour l'accomplissement exact de leurs prescriptions; Hasandschan le veilla nuit et jour : dans la septième nuit,depuisson départ de Constantinople, il priait avec lui en lisant la Sura-Jes , et Selim le suivait en remuant les lèvres. Lorsqu'Handschan arriva au senti . La parole du Tout-Puissant est le salut, la main de Selim le serra convulsivement, et il rendit l'ame [22 septembre 1520]. Hasandschan fut assez mattre de lui-même pour courir après le grand trésorier qui allait publier la mort du sultan, et pour déterminer le grand chambellan à garder le secret , et à convoquer les vesirs en divan au point du jour , comme à l'ordinaire. Puis il se mit à prier toute la nuit avec le trésorier, et à réciter la Sura-Jes. Au point du jour arrivèrent le grand vesir Piri-Pascha, Mustapha-Pascha, et lebeglerbeg Ahmed-Pascha, l'ancien grand écuyer du sultan. Piri- Pascha versa des larmes, et rendit grâces à Hasandschan , des mesures qu'il avait prises ; sans ces précautions, les clameurs des eunuques auraient provoqué les mouvements des janitschares, et l'empire eut été précipité dam les plus grands périls. Les délibérations du divan se tinrent donc comme de coutume; de» emplois furent conférés, des vêtements d 'hon-