‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 255 sur 297 · XXIV · texte numérisé non relu

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puissante, sous le règne do sultan Selim. Son recueil de fetwas, sous le titre d'Al-Muchtarat (les choisis) appartient aux plus précieuses collections de ce genre; mais ce qui a beaucoup plus d'importance pour l'histoire ottomane, ce sont les décisions rendues par lui. On peut citer les trois fetwas qui devaient justifier la déclaration de guerre. « Si un padischah de l'islam , demanda Selim, engagé dans une sainte lutte, pour la destruction des impies (les Persans), rencontrait des obstacles dans les secours prêtés à ces odieux ennemis par un autre padischah, la loi permet-elle de frapper de mort le dernier, et de saisir ses dépouilles? — Celui qui aide les impies, déclara Dschemali, est lui-même un impie. — A la seconde question : Si un peuple compris dans l'islam (les Égyptiens) unit ses enfants a des mécréants ( les Tscherkesses ) plutôt qu'à des moslims , est-il permis de le frapper de mort? — Sans aucun doute , répondit le mufti. — Voici la troisième question : — Quand un peuple , sous le prétexte apparent d'honorer l'islam qu'il professe, grave les paroles de sa croyance sur les monnaies, sachant que ces monnaies passeront entre les mains des chrétiens, des juifs et des soixante-douze sectes qui en sont sorties, et qui portent ces monnaies, alors même qu'il s'agit de satisfaire les besoins les plus grossiers, que peut-on faire à l'égard d'un tel peuple ? — S'il ne veut pas renoncer à une telle pratique , son extermination est légitime?» Telles furent les paroles du mulfti. Malgré le fanatisme qui éclate dans ces trois réponses , l'amour de l'équité de Dschemali arrêta, plusd une fois, les actes de tyrannie sanglante, auxquels se plaisait le farouche Selim. Un jour, le sultan avait ordonné le supplice de cent cinquante employés du trésor; Dschemali se rendit au divan , bien que sa qualité de mufti ne lui en ouvrit pas l'entrée, et demanda d'être introduit auprès du sultan. Le devoir du mufti, dit-il, est de veiller â la vie future du sultan de l'islam ; je viens donc solliciter de toi la grâce des employés du trésor, condamnés à une mort injuste. — Les ulémas, répondit le sultan, ne doivent pas se mêler des affaires du gouvernement ; on ne contient les masses que par la rigueur. — Dschemali répliqua qu'il ne s'agissait pas ici de ce monde, mais de l'autre; que le pardon recevrait une récompense éternelle,

tandis que des châtiments étemels aussi étaient réservés à la rigueur injuste. A la prière de Dschemaii , Selim fit grâce de la vie aux condamnés, et même, sur «es instances, il les n'intégra dans leurs places. Une autre fois, qnatre cents négociants devaient être mis à mort, après la confiscation de leurs marchandises, pour avoir fait le commerce de soie de Perse. Le mufti, qui chevauchait a côté du sultan sur la route d'Andrinople, attira sur lui les reproches de son maître, par son refus de donner un fetwa pour appuyer la sentence. « N'est-il donc pas permis, dit Seiim, de mettre à mort les deux tiers des habitants du monde, pour le plus grand bien de l'autre tiers? — Oui, répondit Dschemaii , si ces deux tiers menacent d'entratner de jçrands désastres. — Est-il un plus grand malheur, reprit Selim, que la désobéissance envers les ordres du padischah? Tout pays qui refuse d'obéir a son maître court rapidement à sa raine. — La désobéissance dans le cas présent , n'est pas manifeste, car le commerce de soie jusqu'alors n'avait pas été prohibé. — Ne vous mêlez pas des affaires du gouvernement , continua Selim plein de colère. » Alors le mufti se retira brusquement sans saluer. Selim stupéfait, pâle de colère, arrêta son cheval, et resta quelque temps immobile, étouffant les éclats de sa fureur. De retour à Gonstantinople, il ordonna de relâcher les marchands arrêtés, et de restituer les machundtses confisquées; et il adressa une lettre au mufti pour lui annoncer que son bon plaisir était que Dschemaii réunit en sa personne les deux premières dignités de la loi , celles de grand juge de Ru m* Ii et d'Anatoli. Dschemaii répondit qu'il était de son devoir d'obéir au sultan , mais qu'il avait des obli- j gâtions bien plus sacrées a remplir envers Dieu, à qui il avait promis de ne jamais accepter de dignités auxquelles serait attaché le pouvoir de donner des ordres, et de se renfermer dans la décision de questions de droit. Le sultan IVstima d'autant plus, et il lui envoya cinq cents ducats. Dschemaii fut un véritable ange protecteur pour les chrétiens, et particulièrement i pour les Grecs qui habitaient la capitale. Lorsque Selim, «près le massacre eu masse des schiites dans ses États, résolut aussi la perte des Grecs, et la spoliation générale des églises, il posa au mufti cette question captieuse : |

«Quelleest l'œuvre la plus méritoire , d'assujétir le monde entier, ou de travailler à la conversion des peuples à l'islam? Le mufti ne pénétra pas les vues du sultan, répondit que la conver sinn des infidèles était de beaucoup plus agié i- We aux yeux de Dieu. Selim donna ordre m grand vesir de transformer toutes les églises ni mosquées, d'interdire le service divin, et de faire appliquer la peine de mort à tous les chrétiens qui ne se convertiraient pas à rislam. Le grand vesir surpris de cet ordre sanguinaire se consulta avec le mufti , dont le fetwa verni; de donner un prétexte à de tels actes. Il Érent transmettre secrètement au patriarche, le conseil de solliciter une audience du sultan; et Selim, après quelques difficultés, l'accorda sur les représentations du vesir et du mufti. Le patriarche, accompagné de tout >nn clergé, par»! devant le divan a Andrinople, et invoqua leagagement solennel de Mohammed 11, qui avait promis, à l'époque de la conquête de la ville, de ne pas transformer les églises en mosquées, de ne mettre aucun obstacle k l'exercice du coite, et de laisser célébrer publiquement les fêtes de pâques; d'ailleurs la conversion violente était condamnée par le Koran qui assure la tolérant aux peuples non musulmans, moyennant le pave ment de la capitation. L'acte constatant l'enta geroent de Mohammed était brûlé; mais troh vieux janltschares qui, soixante ans auparavan'. avaient assisté a la conquête de Gonstantinople. attestèrent que le sultan avait accordé ces trois points aux députes de la ville qui lui avaient présenté les clefs sur un bassin d'or. Selim respecta la décision du Koran . et la parole du conquérant , en ce sens qu elle accordait le libre exercice du culte religieux; mais comme la loi n'exigeait pas que les beaux édifices servant an culte des chrétiens fussent consacrés au servir? des idoles, il ordonna de transformer en mosquées les églises de Gonstantinople , sans porter atteinte * la liberté assurée aux chrétiens, d'eu construire de nouvelles en bois, et de réparer celles qui étaient dégradées. Selim rendit a *a foi et a l'empire de plus grands services, ea triomphant du schah de Perse et du sultan des mameluks, et en réunissant auxÉtats ottoman^ la plus grande partie de la Mésopotamie, avec l'Êgypte toute entière; si Mohammed 11 acquit . par la conquête de Gonstantinople , le titre de

souverain de deux parties de la terre, et des deux mers, Seiim le fortifia en méritant celui de serviteur et prolecteur des deux villes saintes la Mecque et Médine. Mohammed II et Selim soat les deux colonnes sur lesquelles s'appuya la

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