‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 262 sur 297 · XXV. 47i · texte numérisé non relu

XXV. 47i

dans la direction de* deux ports qui loi étaient opposés ( le mandraccio et le port des galères); à la gauche était le bastion de la langue allemande, puis venaient la porte ambroisienne et le bastion de la langue française; à la gauche, était le bastion des langues d'Auvergne et de Provence. Ces quatre ouvrages défendaient le coté septentrional de la ville: à l'orient, où *e portèrent les principaux efforts de l'attaque, était le bastion anglais que les rapports ottoman* sur le siège désignent sous le nom de château de Bedschne, à la suite duquel se trouvaient la porte ambroisienne et le palais du grand maître (I). Sur les remparts du raidi de la ville, touchant au port, se tenaient les chevaliers des langues de Provence et d'Italie; le port lui-même, où étaient postés les Portugais, se trouvait protégé par des chaînes, et les tours de l'Archange etde Saint-Nicolas devaient arrêter toute attaque de l'ennemi de ce c6té(2). Les chefs de l'armée ottomane inve«tirent la ville du nord au midi, dans Tordre suivant. Devant les bastions de* langues française et allemande était Ajas-Pascha, beglerbeg de Ramili (3), et immédiatement après lui , au pied des bastions d'Auvergne et d'Espagne, le troisième vesir Ahmed-Pascha ; du côté de l'orient au centre près du bastion anglais, se trouvaient le sérasker, et le second vésir Mustapha-Pascha; sur la colline de Saint-Cosroe et Saint-Damien, située derrière le poste de Mustapha-Pascha . et dominant le boulevard , pre* de la chapelle de la sainte Vierge d'Elemonitra, était plantée la tente de Suleiman; devant le bastion du sud et de la langue de Provence, c'est-à-dire sur la colline de gauche, était le beglerbeg d'Anatoli Kasim-Beg ; et à côté de lui , à la pointe extrême de l'aile gauche , au pied du bastion italien , le grand vesir Piri-Pascha. L'attaque commença, le premier août, par le beglerbeg de Rumili, du côté du bastion allemand ; comme gardien de la frontière hongroise, c'était à lui qu'il appartenait de porter les premiers coups sur ce point. 11 avait en face de lui le chevalier Christophe de W aldner, jadis commandeur à Furstenfeld ,

(1) Notices toponraphique* recueilles dans un voyage au tarant, 1811 , p. 72.

(2) Le bAtard de Bourbon.

(3) Ibid.

Mœdling, Vienne et Haguenau; vingt-un canons battirent en brèche la simple muraille du bastion allemand, et vingt deux pièces furent pointées sur la tour de Saint-Nicolas; quatorze batteries, chacune de trois canons, furent dirigé» contre les bastions espagnol et anglais ; et dix-sept batteries, armées de même, contre le bastion italien. Tout le mois d'août se passa à faire des mines et des contreraines ; les assiégés étaient animés par le courage héroïque du grand ma tire Villiers de lisle-Adam , protégés surtout par les talents supérieurs de l'ingénieur vénitien Gabriel Martinengo, qui, dès son arrivée de Crète, avait été décoré de la grande croix de Tordre. Le quatre septembre, enfin, une mine fit sauter une partie du bustion anglais. Les Ottomans s'élançant par la brèche, enlevèrent sept étendards; mais le grand maître, accourant au secours des siens, sous la bannière de la croix, les assaillants furent repoussés avec une perte de pl us de deux mille hommes ( 1 ). Le second assaut, livré six jours après au même bastion, leur coûta encore autant de monde, tandis que les assiégés n'eurent à regretter que trente hommes; mais parmi ces morts se trouvèrent le générai de l'artillerie et le porteétendard du grand mattre (2). Au bout de deux jours encore, les assiégeants, sans faire jouer la mine, pénétrèrent par la brèche du bastion anglais, où ils plantèrent cinq étendards, dont Tun fut enlevé par le commandeur Waldner qui le consacra au saint patron d'Oberweiler. Le lendemain, le docteur juif qui trahissait la ville, fut saisi au moment où il lançait une lettre au moyen d'une flèche dans le camp ottoman, et on l'écartela (3): au reste, les attaques dont il vient d'être parlé, n'avaient été que partielles; mais le 23 septembre fut annoncé un assaut général pour le lendemain. De midi à minuit, les hérauts parcoururent le camp en criant : « Demain assaut, les pierres et le sol appartiennent au pa dischah, le sang et les biens sont le butin des vainqueurs (4). » Au lever du soleil,

(I) Le bâtard de Bourbon ; Journal de Soleiman.

(2; Bourbon nomme le général de l'artillerie, Guyot de Marsalhac ; le porte-étendard, Henri Mauaelle. Vertot confond le premier avec Michel Arffillemont , capitaine dea galères.

(3) Bourbon. Le journal de Suleiman fait mention d'une lettre lancée de la rille ce jour-la même. (4; Journal de Suleiman.

l'attaque s'étendit du nord à Test et au sud; la lutte fut acharnée surtout au bastion espagnol où l'aga des janitschares alla planter ses bannières; mais elles tombèrent tontes entre les mains des assiégés, et les assaillants furent repoussés de tous les bastions. Quinze mille cadavres turcs remplirent les fossés et comblèrent les brèches (1). Dans cet assaut, le plus terrible de tous ceux qui se livrèrent durant le siège, brillèrent la valeur des chevaliers et des laïcs, et le courage héroïque des femmes de Rhodes. Elles apportèrent du pain et du vin aux guerriers épuisés, de la terre pour remplir les brèches, ou des pierres pour lancer sur les assiégeants (2). On vit briller entre toutes, une grecque, amante d'un capitaine mort sur le bastion anglais. Après avoir couvert de baisers ses deux enfants, et leur avoir mis au front l'empreinte de la croix, elle les poignarda, et les lança dans les flammes, en disant : que l'ennemi ne puisse vous outrager ni dans la vie , ni dans la mort! puis, s'enveloppant jdans le manteau ensanglanté de son amant, elle se précipita l'épée à la main dans la mêlée la plus épaisse, où bientôt elle reçut en combattant la mort des héros (3). Suleiman, furieux de son échec, en rejeta la faute sur le beglerbeg de Romili Ajas- Pascha, qui fut déposé et arrêté ; mais au bout de vingt-quatre heures lex-dignitaire rentra en grâce et dans ses fonctions. La nouvelle arriva de la mort de Chair-Beg ; trois jours après le sérasker Mustapha fut envoyé à sa place en Égypte, en qualité de gouverneur, et fut remplacé lui-même par Ahmed-Pascha jusqu'alors troisième vesir, qui prit la conduite do siège. Le kapudan de la flotte Jailak-Mustapha- Pascha fut déposé, et son commandement fut conféré à Behram-Beg. Le 12 octobre (1622. avant le point du jour, Ahmed tenta de surprendre le bastion anglais; déjà les assaillants avaient mis le pied sur le rempart, lorsque l'aga des janitschares, Bali-Aga, fut blessé, et les Turcs se retirèrent (4). A la fin du mois, après une lutte acharnée, ils furent encore re-

grande perte.

(2) Bourbon.

(3) Jacobi Footani, Debello rbodk> . I. n. (i) Journal de Suleiman et Bourbon.

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