LIVRE XXVI
RÉVOLTE DES JANITSCHARES. — ATTITLDE HOSTILE ENVERS LA PERSE. — DISPOSITIONS AMI- CALES A L'ÉGARD DE LA POLOGNE ET DE LA FRANCE. — ÉVÉNEMENTS MILITAIRES EN CROATti ET EN DALMATIE. — LES VESIRS ET LE MUFTI. — EXPÉDITION EN HONGRIE. — FONDATION I* PETERWARDE1N. — BATAILLE DE MOHACZ. — MASSACRE DES PRISONNIERS. — SE LEIM AN A OFEN. TROPHÉES CONQUIS SUR LES HONGROIS, ÉTALÉS A CONSTANTINOPLE.— SOULÈVEMENT EN ASIE. — SUPPLICE D'UN HÉRÉTIQUE. — CONQUETE DES PLACES DE BOSNIE , CROATIE , SLAVON1E. - AMRASSADES DE ZAPOLYA ET DE FERDINAND A SULEIMAN. — IBRAHIM-PASCUA SE R ASRER. — CONQUETE DOPEN — SIÈGE DE VIENNE. — MOTIFS QUI DÉTERMINÈRENT A LE LEVER.
Nous allons maintenant reporter nos regards eo arrière , pour contempler les circonstances intérieures qui déterminèrent le prompt rappel d'Égypte d'Ibrahim; ensuite nous examinerons les relations extérieures de l'empire. Ferhad- Pascha, qui, à l'époque de l'expédition de Rhodes, avait signalé son humeur sanguinaire et sa rapacité par (a destruction de la famille Schensuwar à Sulkadr, sans pouvoir se rassasier de meurtre ni de pillage , avait continué de se montrer en bourreau plutôt qu'en gouverneur dans l'Asie Mineure qui lui était confiée, et le sang de plus de six cents victimes innocentes , exécutées sans pitié, criait vengeance ( 1 ). Provoqué par d'incessantes clameurs, Suleiman le rappela d'Asie; et, sur les instances de sa mère (la Walidé) et de sa sœur, épouse de Ferhad, il conféra à ce terrible lieutenant le gouvernement de Semendra, avec 700,000 aspres de traitement annuel; soit qu'il espérât qu'un si grand revenu mettrait des bornes a ses extorsions, soit qu'il voulût, en le transportant d'Asie en Europe, le tenir ainsi sous l'œil et la main du maître ; mais aucun de ces motifs ne put agir sur le naturel atroce du Dalmate. Comme les mêmes plaintes s'élevèrent sur ses iniquités à Semendra, malgré les liens qui l'at-
tachaient à Suleiman, il fallut bien qu'il tombât en expiation devant la justice du sultan (1> Cétait d'ailleursun enseignement pour tes autres gouverneurs, qui virent aussi déposer Ton d'eux , celui de Syrie Churrem-Pascha , dont la place fut donnée au kapudan-pascha.
Aussitôt après le départ d'Ibrahim, Suleiman avait quitté Gonstantinople, et, pour la première fois, il était allé passer l'hiver a Gonstantinople; mais il se livrait aux plaisirs de la chasse beaucoup plus qu'il ne se tenait dans le diwan. Deux fois par semaine il paraissait dans son conseil; mais la chasse le séduisait surtout , comme une image de la petite guerre. A l'exemplede Timur, il y réunit quarante et même cinquante mille cavaliers. En conséquence, les affaires ne suivaient pas un cours régulier, surtout à Constantinople, où les janitschares murmuraient de l'inaction du sultan, et se plaignaient d'être réduits eux-mêmes au repos. Le mécontentement éclata en révolte ouverte, lorsque Suleiman, après son retour d'Andrinople, s'abstint d'entrer dans la ville, et , au lieu d'aller se loger dans le sérail, s'établit dans le voisinage des eaux douces (*2). Les janitschares agitèrent leurs armes, réclamant à grands cris des gratißca-
(1) Bapport de l'ambassade de Piero Braßedioo, <k (l)Ai)i, fol. 229, xi* événeuemeat de Saleimaa ; 1526; Mariai Saouio,L. xii. Ferdi , fol. 74 et 90 ; feolaksade , fol 90 ; PeUcbewi , (2) Mariai Stauto , 1. xxxnn ; Pietro Bragadiao, à» fol. 31. 22 mai 1«5.