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traversant la plaine d'Ortokobad et de Kasabad (1). Le beglerbeg -de Rum Huscin-Pascha, ralliant à lui les troupesjde Sulkadr et le beg de Meraasch et de Malatia , prit position à Siwas , et détacha en reconnaissance le beg de Malatia Jularkaszdi , avec mille hommes ; mais celui-ci fut repoussé avec une perte de quatre cents hommes. Le jeune et audacieux Churrem-Pascha dédaigna le conseil du vieux beg Piri-Beg d'Adana, de la famille Ramasan, qui proposait d'attendre le renfort des beglerbegs de Damas et de Diarbekr, dont l'un était déjà parvenu à Aintab , et l'autre se trouvait à Malatia. Dans l'engagement de Huiklu('2), les rebelles furent d'abord repoussés et perdirent leur chef Sulnun-Oghli [16 septembre] ; mais ils se rallièrent vers minuit, et fondirent, dans les ténèbres, sur leurs adversaires ; le beglerbeg de Rum fut mortellement blessé , et s'enfuit à Siwas où il mourut. Il fallut toutes les forces du beglerbeg de Diarbekr Chosrew-Pascha , pour frapper un grand coup sur les insurgés (3). Au même temps, l'insurrection avait éclaté à Adanaet à Tarsus; mais sur ces deux points elle fut comprimée par le sage Piri-Beg, gouverneur d'Adana (4).
11 y eut plus de gravité dans la rébellion de Kalendcr-Oghli l'année suivante, en Karamanie; pour la dompter le grand vesir Ibrahim entra lui-même en campagne. Un descendant du patron des janitschares, Hadschi-Beg-Tasch nommé Kalender (5), avait réuni sous ses bannières quelques milliers de partisans (6) derwischs, abdales, kalenders et autres; Ibrahim partit donc de Constantinople avec trois mille janitschareset deux mille sipahis, pour aller écraser les rebelles. Les beglerbegs de Rum, d'Anatoli et de Diabekr avaient déjà isolément attaqué les rebelles, leur avaient porté des coups, et avaient eux-mêmes subi des échecs. Le premier,
(1) Aali , Pelscbewi , Dscbelalsade, fol. 112.
(2) Aali , PeUcbewi , Dscbelalsade , fol. 113
(3) Aali , Petschewi , Ferdi , Dscbelalsade, Ssolaksade.
(4) Aali, xv« événement, fol. 233; Pelscbewi, fol. 44: Dscbelalsade, fol. 114
(5) Aali, xvi« événement, fol. 234, et après lui Pelscbewi, donnent la généalogie de Kalender, ei le fout desceudre d'Hadscbi Bctf-Tasch.
(6) Ibid.
Jakub-Pascha, fat vaincu dans le défilé d'Aunad; Chosrew- Pascha défit les rebelles dans la vallée de Pasinovya; ceux-ci repoussèrent avec perle le bcglerbeg d'Anatoli Behram-Pascha, sur Tokat. Là Behram-Pascha appela lesbeglerbegs de Karamauie et d'Alep, et avec toutes ces forces réunies livra bataille aux rebelles dans les environs de Tokat : mais le sort nelui fut point favorable- Le beglerbeg^de Karamanie. les begs cTAlaje, d'Amasia, de Biredschik, les défierdars des fiefs de Karamanie et d'Anatoli resté -
en de telles circonstances avaient coutume de
mettre leur confiance en Dieu, el de prendre conseil des vieillards, nous n'avons fait ni Ion ni l autre; l'orgueil et l'aveuglement ont attiré sur nous ces malhe«rs: il faut châtier ces fautes, voici le glaive et nos têtes 1 » Cet aveu calma la colère du grand vesir; il prononça le pardon du passé, et revint à Constaotineple avec le sage gouverneur d'Adana , Piri-Beg.
Trois mois après le retour du grand vesir, fat agitée une question rehgieuse,qui occupa exclu-
rent parmi les morts. Ibrahim reçut celte triste sivement l'attention du sultan el bientôt de
nouvelle à Ssaars dans le canton de Sulkadr. Il précipita sa marche jusqu'à Elbistan , et, avant de tenter une bataille contre les insurgés, il prit deux mesures importantes pour assurer ses succès. 11 défendit sous peine de mort que pas un homme de l'armée battue par les rebelles entrât dans sou camp, afin de ne pas affaiblir le courage des siens par de tristes rapports des fuyards ; ensuite par des témoignages de faveur et par les distributions de fiefs, il gagna les tribus turkmanes qui s'étaient rattachées à kalender-Oghli. Aprèsavoir réduit par celle. séparation le nombre des rebelles à quelques centaines de malheureux obstinés, il lui suffit de peu de soldats conduits par les échansons Belal-Mo-
toute la ville. Un légiste en renom , Kabi* , avait été traduit devant le divan sous l'accusatiou d'avoir reconnu la prééminence du prophète Jésus sur le prophète Mohammed. Les deux juges de l'armée, Fenarisade - Mohijeddio- Tschelebi et Karidi-Tscbelebi, se sent ireBt impuissants â combattre par des moyens rationela les argumeuts produits par Kabis à lappui de son hérésie, et trouvèrent plus facile et plus expéditif de le condamner à mort, le grand vesir leur défendit de se laisser emporter à la colère , et leur recommanda de triompher de l'hérétique par des raisonnements, au lieu de le frapfier d'une condamnation capitale dictée par le ressentiment. Ces dignitaires i
hammed et Dcli-Perwane, pour anéantir les sachant qu'opposer à celte déclaration, lesvepartisans de Kalcnder-Ogli dans les Alpes de sirs renvoyèrent du divan accusé el accusateurs. Baschsif (1 ). La léte dv ce chef et celle de Welidumdar, de la noble maison de Sulkadr, furent suspenduesaux selles des vainqueurs^}. Ensuite le grand vesir appela le bcglerbeg d'Anatoli et les begs à un divan, pour instruire le procès des lâches qui en fuyant avaient causé précédemment la honte et la défaite de l'armée. S'adressant au beglerbeg : Pourquoi , lui dit-il, plein d'indignation, avez-vous pris la fuite devant un parti de derwist hs à demi nus, demisérables sans aveu ? Le beglerbeg garda lesilence. Il fit la même question aux begs qui , entrant dans de longues disputes , rejetèrent la faute
Ce jour là Suleiman se trouvait derrière la fenêtre rceouverte d'un voile qu'il avait fait pratiquer à la salle du conseil, afto d'être lorsqu'il le voulait témoin invisible des délibéra lioni(3). Tout-à-coup il parait au milieu des vesirs, et se tournant vers Ibrahim ; Pourquoi, s'écrta-t-il furieux , pourquoi 1 hérétique qui a osé soutenir que Jésus était plus grand que votre prophète, a-t-il été renvoyé imponii* Les juges del'arn.ée, répondit Ibrahim, au lieu de l'abattre avec des raisons l'ont condamné avec colère, c'est pourquoi nous n'avons pas poursuivi les effets de l'accusation. La science de la loi, «•
l'un sur l'autre. Déjà le grand vesir faisait signe prit suleiman, ne réside pas seulement dans les aux bourreaux d'approcher, lorsque le fils du 1 juges de l'armée; demain l'affaire doit être dé-
dernier grand vesir Mohammed-Beg, sandschakbeg d'itschil, qui s'était tu jusqu'alors, prit brusquement la parole : «Nos aïeux, dit-il,
cidée par le juge de Constant! nople et le mufti, en attendant, que l'accusé soit tenu en état d u-
(1) Peucbfwi, fol. 45; Aali.
(2) PeUchewi , AaU
I (I) Aalt, xvii' evéïirmeii» , fol. Xi; PWJrbewi, : fol. 46; Ifccbelalsade , fol. 1*); Mouradjea ûVhstou, I p. 151.
restation. Le jugedeGmstantinopleSeadeddin et le savant mufti Kemal-Paschasade siégèrent le lendemain dans le divan, à la place des juges de l'armée; ils disputèrent avec Kabis, et s'ils ne parvinrent pas â le réfuter, du moins ils le combattirent, et prononcèrent la condamnation capitale avec tout le calme et les formalités qui conviennent aux organes de la loi ; Kabis subit sa peine sans fléchir, sans abjurer sa croyance, et mourut en martyr de h doctrine chrétienne.
La rigueur de Suleiman qui avait immolé un hérétique isolé au maintien de l'orthodoxie, s'exalta bientôt jusqu'à la fureur lorsqu'il s'agit de prendre des mesures atroces pour la conservation du repos et de la tranquillité intérieure. Dans le voisinage de la mosquée de Selim, la maison d'un moslim avait été forcée, pillée, et tous les êtres qui l'habitaient, hommes, femmes, enfants, esclaves avaient été massacrés. Le soupçon étant tombé sur les Albanais qui parcouraient ordinairement la ville comme fendeurs de bois et marchands de soie, aussitôt huit cents de ces malheureux furent égorgés (1). Le même jour on avait disparu la famille horriblement vengée, dans le canion d'Adana , Sidi se déclara en révolte ouverte, Iwtlil son oncle le sandschak-beg Ahmed, puis, à la tele de cinq mille hommes ravagea le district de Birindi, brûla la ville d'Ajas, se réunit à Ssaars dans le canton de Sulkadr avec un autre rebelle nommé Indschir, puis se montra devant la place de Sis espérant l'enlever. Ursqueces nouvelles furent parvenues à Constantinople, Piri-Beg fut aussitôt envoyé vers llschil avec deux mille hommes. Il fit diligence et put arriver à temps pour préserver Sis de sa chute. Les rebelles se partagèrent en deux troupes, dont l'une s'enfuit vers Asir; l'autre conduite par Sidi, s'établit près du rhàieau de Derbrnd dans les montagnes de Sis. Ces derniers furent attaqués d'abord par Pir-Ali ; le frère de Skii périt dans l'action ; le chef lui-même tomba vivant eiKre les mains des guerriers du sultan, deux mille rebelles restèrent sur le champ de bataille. Le lendemain Piri-Beg se tourna du côté d'Asir, dispersa les rebelles, fit parvenir à la Porte , avec les tètes des chefs , Sidi lui-même
(1) Petacbewi, fol. 46; Aalt, xix* événement, fut 253; Dschelaude , fol. 122 ; Stolakude , fol. 108
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vivant et chargé de fers, qui fut pendu dans la capitale (1). Une émeute des habitants d'Alep,qui, un vendredi, dans la mosquée, immolèrent leur juge dont les iniquités les avaient exaspérés, et le gouverneur trop impitoyable avec huit personnes, fut châtiée par le bannissement des coupables à Rhodes; et pour prévenir une pareille explosion de l'irritation des opprimés à l'autre extrémité de l'empire, le sultan expédia des tschausches qui firent périr par la corde le sandschak-beg de Skutari Bali- Bcg, ainsi que son woiwode et son kiaja et cinq autres complices de leurs vexations (2).
Bientôt Suleiman oublia sa colère au bruit des succès de Chosrew-Beg, gouverneur de Bosnie et d Iahja-Oghli deSemendra, contre les châteaux de Bosnie et de Dalmatie. Dans le dernier hiver, à chaque divan, pour ainsi dire, était apporté le bulletin de la prise d'une place bosnienne ou d'une course heureuse dans le Syrmium (3). Jaicsa ne put longtemps résister aux forces réunies des gouverneurs de Semendra et de Bosnie, et se rendit â la condition que le lâche commandant Etienne Gorbonogh pourrait se retirer librement; quant au vaillant guerrier BlasChery, il était absent, et Jean Hobordansky souffrait encore d'une blessure reçue dans un duel avec le woiwode Kasim (4). Radovich remit aussi entre les mains des Turcs Banyalnka, l'une des places principales de la Bosnie. On vit également tomber les châteaux de Belojesero, OrbovaU, Socol, LevaU, Serepwar, Aparuc, Perga, Bossa tz, Greben en Bosnie, Udbina, Lika, Corba va en Croatie t Modrusch et Poschega en Slavonie, Urana en Dalmatie. lis évéchés de Knin, de Modrusch et de Corbava disparurent vers ce temps; Poschega devint le siège d un sandschak. Chosrew-Beg, issu du sang des sultans, petit-fils d une fille de Bajesid, put déployer toute la pompe du triomphe en Bosnie; mais en même temps, il fit éclater son amour de la justice. Sous lui se signala son kiaja Murad, Dal mate
(2) PcUcbewi , fol. 46; Aali , XYtiie événement,
fol. 2.V3 : Dschelalsade , fol. 1 19 ; S*o'ak«ude, fol. 108.
ci) P< ischewi, fol. 47 ; Aati, xx« événeoieut, fol. 230 DschdàlMde, foi. 123; Ssolaksade, fol, 1*8.
Ci) frVnn, fol. 146.
(4) Uiuanfi, fin du ixe livre.
HISTOIRE DK L'E
MPIRE OTTOMAN
de Sebenîco, auquel de son plein pouvoir il conféra le sandschak de Knin.
L'année 1528 vit les préparatifs de Sulciman pour une nouvelle expédition en Hongrie, et les deux ambassades de Jean Zapolya et du roi Ferdinand. Jérôme Lasczky , palalin de Siradie, également habile à manier la plume el l'épée, d'un esprit actif et inquiet, à la fin de Tannée précédente avait paru à Constantinople pour conclure une alliance d'amitié avec Suleiman et solliciter son appui. Avant d'être admis à l'audience du sultan , il alla d'abord faire visite aux vesirs, suivant le cérémonial accoutumé; en se rendant auprès de Mustapha-Pascha et d'Ajas, il ne prétendait que remplir une formalité ; mais en se mettant en rapport direct avec Ibrahim ou en faisant agir Louis Gritti sur l'esprit du grand vesir, il tendait à favoriser le succès de sa mission. Louis Gritti , fils naturel d'Andréa Gritti, ancien ambassadeur vénitien à Constantinople et alors doge de la république, et d'une Grecque, adroit flatteur, dissimulé, avide d'argent et ambitieux, prêt à toutes les turpitudes , souple et habile, avait gagné la faveur d'Ibrahim , et par l'effet de l influence de celui-ci sur son maître s'était acquis les bonnes grâces du sultan. Dans la conduite des affaires étrangères, et surtout dans les relations avec la Hongrie, il prit une haute direction comme médiateur, et dès-lors il joua un rôle important, non-seulement comme émissairede Venise, mais comme chargé d'affaires de Hongrie. Sur la promesse des revenus de l'évéché hongrois le plus productif, et par le don provisoire d'une pension annuelle de quelques milliers de ducats, Lacszky l'avait gagné, et par lui avait vu à l'accueil rude et froid des vesirs succéder des manières bienveillantes . et les demandes d'un tribut se réduire à la réclamation d'une ambassade annuelle avec quelques présents volontaires. «Pourquoi, dit Ibrahim à Lacszky à leur première entrevue 1.22 décembre 1527 j , pourquoi ton maître n'a-t-il pas plutôt sollicité la couronne de Hongrie auprès du Grand Seigneur? N'a-t-il pas compris l'incendie d'Ofen et la conservation du palais royal? Maintenant ici l'on est parfaitement éclairé sur la valeur de l'archiduc, de ton maître, et des autres princes chrétiens.» Lacszky, en répondant adroitement que Zapolya désirait se lier étroi-
tement, non-seulement avec le sultan, mais en. core avec le grand vesir qui exerçait un si grand empire sur lui , provoqua le sourire sot les lèvres d'Ibrahim. Le lendemain Laczsky dot entendre de Mustapha les paroles suivantes : « Es-tu donc venu sans présents pour solliciter de l'amitié et des faveurs? Dis-moi comment ton maître a osé entrer dans Ofen, mettre le pied sur un sol foulé par le cheval du Sultan, pénétrer dans le palais royal épargné pour le retour de notre maître? Notre loi veut qoe chaque lieu oit la tète de notre maître a reposé, où a paru celle de son cheval , aoit soumis pour jamais à la domination du sultan. Tu viens sans tribut, tu es envoyé par un serviteur. Nesàis-tu donc pas que notre maitre commande seul sur le monde, comme le soleil domine au ciel? et toi, messager du ban de Transylvanie, tu oses appeler le padischah père de ton maitre ! » Le troisième vesir Ajas- Pascha se montra moins intraitable, et s'informa si l'esclave du sultan, envoyé comme ambassadeur au roi Louis, vivait encore. Dans la conférence suivante, Ibrahim permit que Zapolya , roi couronné et reconnu de Hongrie, le traitât comme un frère puiné. a Nous avons , dit-il , tué le roi , conquis sa résidence ; nous avons mangé, dormi dans ses appartements , le royaume est à nous. C'est folie de dire que les rois sont rois par la couronne; ni l'or ni les pierreries ne font le pouvoir, c'est par le fer qu'on domine : le sabre assure l'obéissance; ce qui est acquis par le sabre doit se maintenir par le sabre. Nous savons que la Hongrie saccagée ne peut offrir "de ressources; ainsi doue , que ton maitre saisisse le bras da nôtre, et le reconnaisse pour son seigneur, ensuite il obtiendra le royaume et des secours, tels que nous pourrons réduire en poussière Ferdinand et ses amis, et nous applanirons leurs montagnes sous les pieds de nos chevaux. Sans le doge Gritti et son fils, nous aurions déjà dévoré Ferdinand et ton maitre ; car la lutte de deux ennemis, voilà ce que doit désirer surtout un tiers qui veut tirer parti de leur situation. Que serait-il advenu si je m'étais jeté, d'un côté, contre Ferdinand avec les troupes de Rumili et avec lesjanitschares, et qu'Ajas-Pascha avec les Moldaves et les Tatares se fui opposé à ton maître? Sur les instances des Vénitiens , nos amis , nous nous sommes tenus en re-