‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 277 sur 297 · XXVI · texte numérisé non relu

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j sultan [27 janvier 1528] , Suleiman répondit à I son discours : «J'accueille avec bienveillance la i soumission de ton roi, dont les États jusqu'alors étaient non pas à lui mais à moi , acquis par le droit de la guerre et du sabre. Ayant accepté son dévouement, dès lors je lui cède le royaume de plus, je prétends donner à ton maître, contre l'autrichien Ferdinand, une assistance telle qu'il puisse dormir paisiblement sur les

■ deux côtés. » Au moment où Lasczky se retirait, Ibrahim lui dit : « Désormais , nous appellerons ton maître, non plus chan de Transylvanie,

■ mais roi de Hongrie ; mon maître marchera en personne contre ses ennemis. Maintenant nous ne réclamerons plus, ni tribut, ni présent.» Alors Lasczky s'occupa des préparatifs mili-

I taires et du plan de campagne. Le jour qui préj céda son audience de congé [3 février] , il reçut quatre vêtements d'honneur et 10,000 aspres (200 ducats). Suleiman lui parla en ces termes : « Tu sais maintenant ce qu'il faut pour donner a ton maître des preuves d'attachement et de protection : je fais de ses affaires les miennes; , il doit soutenir mes intérêts comme les siens. Je sais que les puissances chrétiennes ont souvent I roulé des nuages menaçants contre mes ancé- ! très ; mais de ces nuages n'est jamais sortie la ! foudre. Sans les complots de ces puissances, il n'y aurait pas eu tant de sang humain répandu: mais il était de la prudence dans toutes les occasions de briser la force de ceux qui se levaient contre nous. Tonmaitre nous a tenus au courant de toutes les affaires des chrétiens , grandes ou petites ; aussi l'amitié entre nous jettera de profondes racines; je veux être pour I lui un véritable ami, un allié utile et sincère, et je promets , par le prophète , par notre prophète Mohammed si chéri de Dieu , par mon épée, de l'assister en personne et de tout mou pouvoir contre tous ses ennemis. » Lasczky jura j « par le dieu vivant , par Jésus le rédempteur, qui est aussi dieu , que son roi serait l'ami des I amis de Suleiman, l'ennemi de ses ennemis; » et présenta 1 ouis Gritti comme chargé d'affairi s de son roi. Le 28 février 1538, il obtint la signature de la première alliance entre la Turquie et la Hongrie, avec la promesse de cinquante canons et cinq cents quintaux de poudre pour cette expédition qui devait se faire ! parle Danube et la I heysz :des mesures furent

arrêtées et des ordres adresses à tous les sandschak-begs de l'empire (1).

Ferdinand , informé de la mission de Lasczky et de ses résultats, envoya de son côté la première ambassade de l'Autriche A la Porte : c'étaient les deux nonces Hobordansky et Salathnok, et l'Allemand Sigismond Weixelberger; ils avaient pour instructions , non point de solliciter une alliance et des secours, mais de réclamer les places arrachées an royaume de Hongrie (2) . de rechercher la paix ou au moins une , trêve. En six semaines ils accomplirent leur j voyage et atteignirent Constant inople le 29 mai 1Ô28 , anniversaire de la conquête. Ils firent leur entrée escortés par mille chevaux , selon les ordres de Suleiman. « De quel front , dit Ibrahim à Hobordansky, ton maître ose-t-il s'intituler très-puissant à la Face de l'empereur des Ottomans, sous l'ombre duquel viennent j s'abriter toutes les autres puissances chré- I tiennes? »Hobordansky ayant demandé quelles étaient ces puissances, Ibrahim nomma la France, la Pologne, Venise, la Transylvanie. A l'aspeet de la liste des possessions dont on demandait la restitution, Ibrahim s'étonna que Ferdinand n'eût point aussi réclamé Constant inoplc. Le ton brusque et tout militaire d'Hobordansky différait complètement des manières de cour du palatin Lasczky. Suleiman, irrité tout à la fols des demandes de Ferdinand et de la forme sous laquelle elles étaient présentées, fit tenir les envoyés en état d'arrestation dans leur hôtel. Après une captivité de neuf mois , ils furent relâchés ; chacun d'eux reçut un présent de 900 ducats, et Suleiman leur adressa de sa • bouche les paroles suivantes : « Votre maître jus- j qu'alors n'a point assez ressenti les effets de j notre amitié et de notre voisinage; mais il les connaîtra bientôt. Vous pouvez lui dire que j'irai le trouver moi-même avec toutes mes forces, et que je pense bien lui restituer de ma main ce qu'il réclame; dites-lui aussi qu'il peut tout préparer pour notre réception. » Les envoyés ré-

(1) Katona, I. xx, p. 328-351, rectifie le* donnée* erronaees d'Itfuanfi tt de Jovias sur cette ambassade de Laiczki , et quelques fautes de dates de son journal.

(2) Zermecby, Rer. ße*t. inter Ftrd. el Joan., dans Schwatidtner , I. H , p. 393; Mayasin boiißrois, l. iv , p. 395, et rapport de l'ambassade d Hobordansky, dans les Archives impériale et royale.

pondirent que le roi aurait une grande joie s'il venait en ami; mais qu'il saurait aussi le recevoir en ennemi. A l'ambassadeur Polonais, qui avait été envoyé par Sigismond pour la prolongation de la trêve, et qui, dans Sigismond Weixelberger voulait absolument reconnaître Sigismond-Dietrichsteiner.le fidèle serviteur df Ferdinand , Ibrahim reprocha d'être un possesseur de domaines autrichiens, et de n'être venu a Constantinople que pour servir d'émissaire i Ferdinand (1); quant aux envoyés de Ferdinand , il les maltraita de ses paroles , les accosant de l'assassinat du iscuausch turc, jadis envoyé comme messager de paix au roi Louis.

La réponse de Suleiman à Ferdinand n'était qu'un ironique défi : car, trois jours auparavant, avait été notifié solennellement, dans le divan public, le diplôme qui affeetait au grand vesir Ibrahim le traitement inouï de 60,000 ducats, et le nommait serasker ou général en chef pour la guerre prochaine [2). Voici coniuae se terminait cette pièce remarquable :« J'ordonne par ces présentes, que, dès ce jour et à jamais, la sois mon grand vesir, institué comme tel par ma majesté dans tous mes États. Mes vesirs. beglerbegs, juges d'armée, légistes, juges, seides, scheichs, dignitaires de cour et soutiens de l'empire, sandschak-begs, généraux de la cavalerie ou de l'infanterie, alailtegs (colonels des troupes de feudataires ), ssubaschw, tscheribaschis ( officiers des troupes de feudataires ), tous mes soldats victorieux, grands et petits, tous les employés élevés ou inférieurs, tous les habitants de mes États et provinces, des villes ou des campagnes, riches et pauvres, tons enfin quels qu'ils soient, doivent reconnaître mon dit grand vesir comme serasker, le respecter et l'honorer en cette qualité, aller au-devant de lui pour lui rendre hommage, considérer ses pensées et ses paroles comme des ordres émanés de ma propre bouche, écouter ses parole» avec toute l'attention possible, les recevoir arec une contenance soumise, et, dans tontes les affaires de J'fitat, ne s'écarter en rien de ses recommandations. L'installation et la déposition

(1 ) Kapport de Weixelberger , dans les Archives ; Ma ßasin veinlu , I. iv

(2) IhobelaUade , Ssolaksade et MouradjeatfOhswc, 1. m , p. 420 , édit. info». ; Hasanbeosaue.

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