‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 278 sur 297 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

de tous les beglerbegs, sandschakbegs ou de tous les autres employés et fonctionnaires tes plus élevés et les plus inférieurs, soit auprès de nia sublime Porte, soit dans les provinces, sont remises à son jugement si certain , à son esprit si pénétrant. Ainsi il doit remplir les devoirs que lui imposent les fonctions de grand vesir et de serasker, marcher dans le sentier de la justice et de la loi, et ne rien négliger pour attribuer a chaque classe d'individus la place qui lui appartient. Toutes les fois que ma sublime personne entrera en campagne , ou que l'envoi d'une armée sera réclamé, toutes les affaires du serasker, c est-a-dire du général en chef, seront remises à son conseil certain, à son esprit pénétrant, et nul n'aura l'audace de refuser obéissance à ses ordres. Ce qu'il jugera bon de faire relativement à ses compagnons d'armes, soit dans la distribution des sandschaks, la collation des fiefs, l'attribution de la solde, l'installation des dignités et des places, tout ce qu'il concède, confère et accorde, toutes les élévations, augmentations et les actes de munificence, à l'exception de ceux qui regardent l'armée en général, sont approuvés et confirmés par ma majesté. Si jamais. Dieu nous en préserve! et contre mou ordre sublime et le Koran ( loi fondamentale ) , quelque membre de mon armée victorieuse osait refuser obéissance à Tordre et aux paroles de mon grand vesir et serasker, faisant subir aux sujets des iniquités et des extorsions, aussitôt qu'un rapport soit adressé à ma sublime Porte, quel que soit le nombre ou la qualité des coupab es, que la faute soit châtiée sans délai et comme elle le mérite, et que le châtiment serve à jamais d'eiemple et soit une terreur salutaire â tous les autres. » Avec ce diplôme, le sultan adressa au grand vesir trois pelisses d'honneur, huit chevaux richement enharnachés, un neuvième coursier chargé de sabres, d'arcs et de carquois étincelants de pierreries, six queues de cheval, et sept étendards, au lieu de quatre comme c'était l'usage, dont deux blancs et deux verts. Ces sept bannières, une blanche, une verte , une jaune, deux rouges et deux rayées, devaient garantir l'heureuse influence des sept planètes sur la campagne. Le bt glerbeg de Rumili les apporta au premier campement du grand vesir à Daud-Pascha, faubourg de Gonstanlinople; et Ibrahim

traita magnifiquement les grands delà capitale

et les généraux de l'armée (1). Bientôt après mourut le second vesir le vieux Mustapha, I dont la dignité passa au beglerbeg de Rumili Kasim, et le gouvernement de celui-ci fut ajouté encore aux attributions du grand vesir (2). Le lundi 10 niai 15*29, le sultan partit de j Gonstantinople pour Philippopolis. La Marizza j (l'Hebre ), grossie par des torrents de pluie, \ s'enfla , emporta le pont , et ses flots couvrirent j la plaine oft se déployait le camp; beaucoup d'hommes furent noyés; un graud nombre se réfugièrent sur des arbres, où ils restèrent exposés au danger d'être enlevés par l'eau toujours s'élevant , ou de périr de faim (ä). La marche continua d'être embarrassée par l'abondance des pluies; tous les cours d'eau se gonflèrent , et l'on eut beaucoup de peine à franchir la Mnrawa et la Save; mais les plus grandes difficultés se présentèrent au passage de la Drau ä Essek, où il fallut construire un pont. A Mohacs, Jean Zapolya vint pour présenter ses hommages au sultan, accompagné de son ambassadeur Lasczky, et suivi seulement de six mille chevaux. Le grand vesir alla au devant de lui avec cinq cents cavaliers de sa suite et autant de janitschares, et ils s'abordèrent à cheval. 1^ lendemain fut fixé pour l'audience solennelle de Zapolya, comme roi de Hongrie, reconnu par Suleiman. Dans la tente du divan se trouvaient les agas de la cour et de l'armée; derrière eux les gardes du corps (ssolak), ayant à la main leurs arcs et des flèches, puis les échansons et les fourriers; au dehors, la tente était entourée de janitschares : à droite, derrière les janitschares, étaient lessîpahis, puis les troupes de Rumili; à gauche les silihdares, ensuite les soldats d'Anatoli. Lorsque le roi s'approcha vers midi, les agas de l'aile droite avec les fourriers s'avancèrent à sa rencontre, puis l'escortèrent dans la tente. Suleiman se leva , fit trois pas en avant , présenta sa main â baiser à Zapolya, le fit asseoir, tandis que les vesirs Ibrahim , Ajas et Kasim se tenaient de-

(t) DschelaUadc, fol. 124; Mouradjea d'Obusoo, édit. in-ë°, p. 301, d'après Hasantx-gsade. Ssolakiade fol. 108 ; Ferdi , fol. 150; Aali , nu* événemenl.

(2) Ferdi, fol. 150 , Peluche wi , fol. 4«.

(3) Aali , xïii* événement, fol. 236, et Séolatsjde , fol. 108, doooent ce» récit* d'après Dalsade, foL 128

bout; en le congédiant, il lui adressa des paroles affectueuses, et lui fit présent de trois chevaux avec des harnais d'or, et de quatre kaftans de drap d'or (1). Dans la marche de MobacsàSexardJebeg deSwornik, Bali-Beg fut détaché en avant de Szekso, avec cinq cents cavaliers, pour aller recevoir la couronne de Hongrie , et le gardien de cet emblème, Claude Pereny, enlevés par des partisans de Zapolya. Trois jours après le départ de Mahacs, Suleiman campait dans les vignobles d'Ofen.

Le sultan et Ibrahim allèrent fréquemment reconnaître les abords de la place , revêtus d'un simple kaftan de zibeline et la tète couverte d'un casque; le cinquième jour la porte inférieure fut enlevée; le sixième un assaut fut livré sous Ofen; Ton attendit l'ouverture de la brèche, et la place capitula. La soumission fut décidée par la lâcheté de deux capitaines allemands Christophe Besserer et Jean Taubinger, qui se contentèrent de pouvoir se retirer librement^). Lesjanitschares murmurèrent de voir disparaître tout espoir de butin , et voulurent des présents en dédommagement : des murmures ils passèrent aux actions ; leur second général, le segbanbaschi, fut blessé à la tète, beaucoup de hauts dignitaires furent chassés à coups de pierres. I^es mutins n'ayant pu saccager la ville, se dédommagèrent en vendant les habitants comme esclaves, et en immolant les Allemands , au moment où en vertu de la capitulation ils voulaient se retirer avec leurs biens. Sept jours après la prise d'Ofen se fit l'installation solennelle de Zapolya sur le trône de la race d'Arpad , et à cette cérémonie présida simplement le lieutenant du général des janitschares, le segbanbaschi, qui, accompagné de Louis Gritti , alla chercher le woiwode de Transylvanie pour l'installer dans le château royal. En reconnaissance, Zapolya donna 1,000 ducats au segbanbaschi et distribua pareille somme parmi lesjanitschares qui l'avaient escorté (3). Hasan , sandschak-beg dllbessan, resta en qualité de commandant turc à Ofen; legraudvesir,

(1) Journal de Mileimam, Aali , fol. 237; Dtchelalsade, fol. 128; Ferdi, fol. 156.

(2) Uiuanfi , I. x , édiL de Cologne, p. 156 ; Veliu* , édiL de Vienne ; 1762 p. 105.

(3) Journal de Sultiman.

puis le sultan, se mirent en mouvement avec l 'armée, dirigeant leur marche sur Vienne : le gouverneur de Semendra Mohammed - Beg , fib de Jahja- Pascha, fut détaché en avant pour éclairer la marche.

Avec les orages de l'équinoxe d'automne arrivèrent devant Vienne les premières troupes d'akindschis. Christophe Zedlitz, porte étendard du comte Hans d'Hardeck, tomba des premiers entre leurs mains avec six cavaliers. Ces malheureux captifs furent obligés de porter chacun sur un pieu la tète d'un prisonnier, et de s'avancer ainsi au-devant du sultan jusqu'à Bruck sur la l>eytha , où Suleiman lui-même les interrogea (1). La veille du jour de Saint-Weoceslas , le sultan assit son camp devant Vienne, près du village de Simmering. Sa tente était garnie de drap d'or à l'intérieur : à l'extérieur, elle était oruée de colonnes à chapitaux dorés : douze mille janitschares étaient rangés tout autour; derrière ceux-ci le beglerbeg d'Anatoli Behram , avec les troupes d'Asie , étendait son quartier jusqu'à la Schwechat ; à droite de Simmering se dressaient les tentes de lacban- . cellcrie sous l'inspection du defterdar. Dans l'espace compris entre Saint-Marx et la porte de Vienne, et s'étendant de là jusqu'au Wienerberg, se trouvait le grand vesir ayant avec lui le traître évéque de Gran Paul Varday , qui avait livré la place sans tirer l'épéc, et depuis avait suivi le camp s'attachant à la personne d'Ibrahim. Entre Saint-Marx et le Wienerbeg, était aussi tout le parc d'artillerie , composé de trois cents pièces: couleuvrines, canons et fauconneaux , sous les ordres du topdschibaschi. Sur les hauteurs du Wienerbeg, et sur le versant, était le jeune Bali-Beg , gouverneur de Bosnie, et commandant de Pavant-garde ; en avant de cette élévation, Chosrew-beg, gouverneur de Servie et général de l'arrière-garde. A la porte du château étaient postées les troupes de Rumili ; devant la porte des Écossais et à coté de Dobling, le pascha de Mostar. Il y avait en totalité environ cent vingt mille hommes, et vingt mille chameaux. Le woiwode Rasim avait sous ses ordres huit cents nassades sur le Danube, et un nombre infini de martoloses (soldats

(1) Petsel et Labacb, édités par Meldman Nürnberg,

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