‹ Histoire de L'Empire Ottoman (volume 3)Chapitre 34 sur 297 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

impériaux des objets de grossière dérision ; Chalil se coiffa du bonnet enrichi de torsades de perles, se livra aux moqueries les plus bouffonnes [1309]. L'on a déjà raconté comment | 1 empereur, pour empêcher l'union ultérieure des Catalans avec les Turkopols, promit au ehef de ceux-ci, Melck-lsak, la main de la fille deM<lek-Constantin,petite-filled'Aseddin,avec le gouvernement de Bigha (Pega), et comment les Catalans, informés de la perfidie des Turkopols , les forcèrent à leur livrer leurs chefs Melek-lsak et Chalil (1). Au premier ils abattirent la têteainsiqu'àson frère ;Chalil s'échappa, et s'enfuit auprès du commandant grec d'Apros, puis i;agna Tzurulum ( l'ancien Tirihalum , aujourd'hui Tschorli)(2). Tel fut le sort que les Catalans firent subir aux chefs; quant aux soldats, les Serviens se chargèrent de leur ruine. I^a troupe permanente au service de Milutin-Urosch, kral de Servie, de retour d'une expédition contre les Hongrois, s'était révoltée contre celui qui la soldait. Milutin ordonna de la massacrer, et fit distribuer comme esclaves le petit nombre de ceux qui échappèrent au tranchant du sabre (3) [1314]. Les autres Turcs, restés dans la Cht rsonèse fur* nt enveloppés avec l'aide de deux mille cavaliers serviens , forcés de s'embarquer, et rejetés sur la côte d'Asie (4). Les Serviens déjà préludaient aux hostilités et aux humiliations qui se rencontrent dans l'histoire des destructeurs de l'empire byzantin.

Ainsi, les premiers Turcs qui étaient passés en Europe , la colonie de la Tatarie-Dobruze et les Turkopols, étaient des Turkmans seklschukides; les seconds qui avaient été appelés par les Catalans des Turkmans d'Aidin. Bientôt après eut lieu la première expédition des Turcs ottomans qui, montés sur des vaisseaux, tinrent eu effroi les côtes de Macédoine et de Thrace (6), et, durant dix-huit mois, brûlant les moissons, investissant les villes [1321 J, empêchèrent la culture des champs et les communications entre les cités (6). Ils épuisèrent si complètement le

(1) Nicepb. Gregoras , l. vu , c. 8 , p. 158.

(2) Pacbymeres, 1. ni , c 22, tom. u , p. 440.

(3) Engel , Bisloire de Servie , p. 249.

(6) Nicepb. Gregoras , 1. vm, c. 11 , S 5, tom. H, p. 216 , et Pbranzes , 1. 1 , c. 5.

[6) Pbranzes, ifod.

pays et le trésor de l'empereur, qu'il se vit contraint de vendre l'or et les ornements de ses insignes; et à 1 intronisation de son successeur Cantacuzène, la couronne n'était ornée que d'une feuille d'or et garnie que de pierres fausses (1).

Avec le règne dHJrchan commence l'époque des premières relations pacifiques et amicales entre les Ottomans et les Byzantins, des alternations de guerre et de trêve, d'alliances et d'hostilités. Andronicus l'Ancien appela des troupes ottomanes à son secours contre son petit-fils Andronicus le Jeune [1327], qui les battit entre Tzurulum et Selymbria;en sorte qu'ils s'enfuirent vers Conslantinople. L* , ils sollicitèrent de l'empereur, qui les avait appelés, la permission de retourner en Asie , et ils obtinrent des vaisseaux pour leur transport (2). Andronicus le Jeune, engagé dans la guerre avec les Génois comme avec les Ottomans, s'allia avec les voisins d'Urchan, les souverains de Ssaruchan et d'Aidin (de la Lydie et de. l'ionie). Il se rendit à Phocée, cette ancienne patrie des plus fameux navigateurs de l'ionie, et qui maintenant était un repaire de pirates turcs; là, il conclut définitivement son traité avec Ssaruchan, qui parut en personne, et Aidin qui se fit représenter par des ambassadeurs chargés de présents (3). Les princes infidèles pourvurent la flotte de l'empereur de vivres pour le siège du château de Neuphocée, alors occupé par les Génois ainsi que Chios.

A peinede retour à Demotika (Didymotichon), l'empereur apprit que soixante vaisseaux du I souverain de la côte troyenne, c'est^-dire du prince de Karasi, avaient franchi rHellespont [13311, et débarqué dans la Chersonèse des troupes qui ravageaient les cantons de Beroia et de Trajanopolis (4). Aussitôt il leva des troupes pour les chasser. Un grand nombre s'étaient déjà retirés d'eux-mêmes; quinze cents de ces barbares restés en Thrace tombèrent sous le fer des impériaux (5).

(1) Nicepb. Gregoras, I. tiii , c. 11 , S 5,t.t , p. 216, et 1. rr ,c. 11 , S 4 , t. n , p. 496. 8anaorin© porte leur nombre à 3,000 , confondant le passage de Tannée 1321 avec un suivant.

(3) Cantacuzèue , I. u , c. 13, 1. 1 , p. 238.

(4) Ibid., pan. cité.

(5) Ibid., t. u, c. 21 , 1. 1, p. 261. Dans Nicepb. Gre"

Arrivé à Constantinople , l'empereur se disposait à quitter cette capitale pour visiter les villes de Thracc, lorsque lui parvint la nouvelle que de la cavalerie turque venait de franchir THcllespont, s'était partagée en deux corps, dont Tun , tirant au nord, dévastait les cantons autour des villes de Polybotos, Kissos, Àsnitos; et l'autre, se dirigeant au sud, attaquait la ville de Rhaidestos (autrefois Bizanthe, maintenant Rodosto). Le premier fut battu et chassé par les troupes envoyées à sa rencontre; le second se rembarqua au bruit de l'approche de l'empereur (1).

Plus les restes de l'empire byzantin étaient rudement assaillis par les flottes de Karasi et par les armées d'Osman , plus la nécessité se faisait vivement sentir de conclure paix et amitié, au moins avec l'un d'eux , ainsi qu'il était arrivé précédemment avec Ssaru-Chan et Aidin Afin de pouvoir secourir promptement Nicomédie étroitement resserrée , l'empereur avait embarqué de la cavalerie et de l'infanterie sur des galères et des transports; mais, avant qu'il se fût approché de la côte, il rencontra en mer le message d'Osman qui lui offrait la paix ou la guerre. L'empereur ne montra pas moins de courtoisie, et répondit qu'il était préparé à la guerre, mais disposé à la paix [1333]. Des envoyés des deux parties conclurent un traité , sous la condition qu'Urchan , l'ami de l'empereur, respecterait les villes qui restaient à rempire. Ensuite , des présents furent échangés ; Urchan donna des chevaux , des chiens de chasse, des tapis, des peaux de léopard ; l'empereur, des vases d'argent, des étoffes de laine et de soie : il y joignit un de ses vêtements, ce qui, dit Cantacuzène, auprès des satrapes des barbares , est la plus haute marque d'honneur et de bienveillance (*2). Ainsi, dans ce premier traité des Ottomans avec les Byzantins, déjà se pratique l'usage des présents diplomatiques, parmi lesquels se trouvent les vases d'argent et les vêtements d'honneur qui ont toujours figuré chez les Orientaux depuis l'époque la plus reculée jusqu'aux temps modernes. Déjà, des Hellènes

noras.n'jr eo a que cinq cents; c'est probablement uoe faute d'écriture.

(1) Cantacuzène,!. il , c. 22, L i,p.266.

(2j Ibid., I. n,c. 24, t. il, p. 273.

avaient été revêtus de kaftans par le roi de Perse; dans la dernière croisade, le Vieux de la Montagne envoya à saint Louis, comme gage de la plus grande amitié, sa chemise, exprimant ainsi qu'il lui était attaché comme la chemise au corps (1), et tant que les ambassadeurs de l'empereur d'Allemagne apportèrent des présents à la Porte , des vases d'argent étaient les principaux objets (2).

L'empereur, revenu en Macédoine, formait un camp dans les environs de Thessalonique. entre cette ville et le lac Bolbe (aujourd'hui Besch ik (3), afin de diriger ses armes contre les Serviens. Il apprend encore que soixante vaisseaux avaient débarqué des Turcs à la poinle extrême du mont Athos , près de Pallène (appelée autrefois Potidée, puis Kassandra (4), non loin de l'ancienne ville dévastée des Saryliens (5), et qu'ils désolaient le pays. L'empereur marcha contre eux avec le grand domestique. Le combat fut acharné. I>e terrain était embarrassé de broussailles , et les enuemis ne combattaient qu'à pied; néanmoins, ils furent presque tous tués ou pris. Ceux qui se cachèrent dans les bois revinrent le lendemain â leur flotte, la brûlèrent à l'exception de deux vaisseaux qu'ils ramenèrent chargés de butin (6\ A quel prince de la côte asiatique appartenait cette flotte? Cantacuzène s'abstient de nous le dire ; mais il ne laisse aucun doute sur le chef de l'expédition suivante.

Umur-Beg , fils du prince d'Aidin. maître de Smyrac , Éphèse et des autres villes ioniennes , avec une flotte de soixante -quinze vaisseaux [1335], débarqua d'abord ä Samothrace, puis à Poros, où des Kumutzènes avaient opéré leur descente (7), et qui porte encore aujourd'hui le nom de Kumuldschina (8). Les Grecs et les

(1) Jointille, p. 85,86.

(2) Voy. la liste des présenta dam la description de l'ambassade de Gerlacb , p. 100, de Schweißer , p. 61.

(3) Cautacuzène , 1. n , c. 25 , 1. 1 , p. 278 , entre Salonique et le château de Rbétine.

(4) La ßlose de Cantacuzène dit que Pallene s'appelait aussi Kassandra.

(5) Mannert , qui dit, part, vu , p. 455 , qu'après Hè rodole et Thucydide, il n'a plus été question de cette rille , n'a pas vu ce passaoe de Cantacuzèue , p. 278.

(6) Cautacuzène , pass. cité , p. 279.

(7) Ibid., p. 287.

(8) Hadachi-Cbalfa , Ruiuili , p G9

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