E IV
I territoire disputé, et la promesse d'un appui ! pour Suleiman (1), qui déjà avait fait une 1 visite à Cantacuzène, à Aigos-Potamos , lui offrant des présents en armes et en chevaux, et avait trouvé un accueil amical et distingué (2). Ainsi. Umur-Beg , accompagné du fils de Ssaru-Cban, marchant à la tète de vingt mille cavaliers, suivit la côte d'Asie jusqu'à rHellespont, passa en Europe et se trouva, pour la troisième fois , à Didymotichon comme allié de Cantacuzène. Il l'assista aussitôt contre le Bulgare Momitzilas, qui, maître de Xanthia et des villes et de la contrée de Mérope, jusqu'aux frontières de la Morée, était alors le plus redoutable ennemi de l'empire (3). Umur-Beg battit les Bulgares devant Perithoreum, Xanthia tomba, el Momitzilas, avec ses trésors, se retira sans empêchement en Bulgarie (4). Dans un conseil de guerre tenu pour savoir si l'on ferait lever le siège de Phera?, pressé par le kral des Serviens , ou bien si l'on marcherait sur Constant inople, Cantacuzène se décida pour le premier parti : mais les Turcs firent prévaloir l'opinion contraire. Ou se mit aussitôt en marche pour la capitale ; déjà Ton était arrivé à Apamea (o), lorsque le prince Suleiman, fils de Ssaru-Chan, mourut de la fièvre, dans un palais situé entre les deux points appelés aujourd'hui Kutschuktshekmedsche et Bali» kli (6). Afin de prévenir tout soupçon d'empoisonnement dans l'esprit du père , Umur-Beg résolut de retourner en Asie , et il ramena ses troupes, quoiqu'il eût arrêté, dès le commencement, de ne point se séparer de son ami avant l'achèvement de la guerre de Servie (7). L'impératrice, mère de Jean Paléologue , suivant le funeste exemple de Cantacuzène, chercha maintenant aussi des secours auprès des Turcs, et elle en obtint de Ssaru-Chan-, mais l'active intervention d'Umur-Bcg pour Cantacuzène neutralisa l'effet de ces mesures. Suivant un usage alors en vigueur parmi les princes turcs de la côte d'Asie, dans les expéditions où l'on courait
(1) Cantacuzène, I. m , c. 86 , t. u , p. 610.
(2) Jbid., c. 76, p. 617.
(3) Jbid , p.m.
(4) Jbid. , p. 652.
(5) Contiaiiiiiiople et te Bosphore , ». li , p. 8 (6j Jbid., c. 89, p. 661.
(7j Ibid., p. 662.
après les aventures et le pillage, chacun d'eux permettait volontiers qu'à ses troupes se joignissent aussi des étrangers pour partager les périls et le butin (I). Ainsi, se réunirent aux soldats de Ssaru-Chan, partis pour aller soutenir l'impératrice, deux mille fidèles guerriers d'Umur-Beg , qui , chargés secrètement par leur prince de détacher leurs compagnons de l'impératrice et de les disposer en faveur de Cantacuzène, s'acquittèrent avec succès de leur mission (2).
Mais alors, Cantacuzène se flatta de trouver un nouvel allié turc plus puissant qu'Umur-Beg et Ssaru-Chan ; car Urchan sollicitait la main de sa fille(3). L'empereur combla les ambassadeurs porteurs de cette demande de protestations d'amitié et de présents, mais sans leur donner une réponse positive. Il consulta Umur-Bcg.et reçut une nouvelle preuve de son amitié dans cette circonstance importante: car le prince d'Aidin lui conseilla de ne pas rejeter une telle proposition, attendu que, s'il ne trouvait pas dans Urchan un ami dévoué, du moins il serait assuré d'un puissant appui. L'avis était d'autant moins à repousser , qu'à ce moment même , l'impératrice Anne recherchait l'assistance d'Urchan (4), et vraisemblablement aussi l'honneur de sou alliance par mariage. Cantacuzène engagea donc sa fille au prince des Ottomans, qui envoya trente vaisseaux, une nombreuse cavalerie et les principaux personnages de sa < our pour lui amener sa fiancée impériale (5). I /empereur, avec son armée, suivi de ses grands dignitaires, et entouré de sa famille, s'avança jusqu'à Selymbria. Dans la plaine en avant de cette ville fut disposée une estrade tendue de draperies, sur laquelle, suivant un antique cérémonial de la cour de Byzancc , lorsque des priucesses épousaient des étrangers, la fiancée, avant son départ, devait être donnée en spectacle au peuple. A côté était dressée la tente où se tenait l'impératrice avec ses trois filles. \je soir fixé pour la remise de la fiancée , l'impératrice demeura dans son pavillon avec ses deux autres filles ; l'empereur était à cheval ;
tout le monde se tenait autour dans l'attente. A un signal donné, tombèrent en même temps, de tous côtés , les rideaux de soie brodés d'or qui enveloppaient l'estrade, et la fiancée parut au milieu d'eunuques à genoux, portaiit des torches allumées. Aussitôt retentirent les trompettes, les fifres et les autres instruments ; puis des chœurs harmonieux chantèrent des vers composés en l'honneur de la jeune épouse. Durant plusieurs jours, furent donnés de somptueux festins auxquels assistaient soldats et dignitaires, Turcs et Grecs confondus ensemble (1), et la princesse grecque, au milieu des chants d'allégresse, fut conduite au lit d'un barbare sexagénaire, qui , à l'âge de douze ans, avait reçu pour première épouse la belle Nilufer , enlevée par son père Osman. Entre ces deux mariages, il y avait un demi-siècle de conquêtes. Et maintenant, au lieu d'une simple châtelaine ravie par la force , Urchan recevait la fille des Césars, qui lui était livrée librement au milieu des pompes les plus solennelles.
L'année suivante, Urchan, avec toute sa famille et sa cour, vint visiter son beau-père à Skutari [1348], et plusieurs jours s'écoulèrent au milieu des plaisirs de la chasse, et des joies des festins. L'empereur , avec son gendre, était assis à une table; les quatre fils d'Urchan, nés de femmes précédentes, siégeaient à une autre à côté ; et autour les principaux Turcs et Grecs étaient placés sur des tapis étendus à terre. Urchan resta dans le camp et près de la flotte; l'empereur se rendit à Constantinople avec sa fille Theodora et les quatre beaux-fils de la princesse: ils y passèrent trois jours avec l'impératrice-mère et les autres fillesdc Cantacuzène, puis la famille d'Urchan , chargée de présents, revint et» Bithynie (2). Les liens de la nouvelle amitié et de l'alliance de famille ne furent pas ÎISSi'/. forts pour réprimer l'ancienne passion de pillage des Ottomans. Bientôt après la visite d'Urchan , une troupe de guerriers choisis franchit rtlcllespont, et dévasta les v illes de Thrace ; comme les places situées sur le rivage avaient été déjà désolées par les excursions précéden-
(1) CoMiaot. et le Bosphore, I. m, c. 96, t. n,p 685.
(2) /où/., p. 687:
(3) Jbid.,c. 96, t. h, p. 681.
(4) Ibid., I. u,c.95, p. 681.
(5) Le même, I. m,c85, t. h, p. 684.
(1) Urchan, aé en 687 [1288] , époua U fiancée do •eißueur de Btledscbik en 699 [1299], et la fille de l'empereur en 1346.
(2) Cantacwène , ï. iv , c. 4 , t. m , P 717.